Conception :
Lucie Charbonneau, AQS
Collaboration:
Marc Chabot, Cégep François-Xavier-Garneau
François Chagnon, Centres Jeunesse de Montréal
Germain Dulac, Université McGill
Laurent Garneau, CPS 02
Nathalie Proulx, AQS
Sylvaine Raymond, AQS
Danielle Saint-Laurent, Ministère de la Santé et des Services sociaux
Jean-François Saucier, Université de Montréal
Réalisation et production:
Association québécoise de la prévention du suicide
ISBN 2-9801860-9-0
Dépôt légal :
Bibliothèque nationale du Québec
Bibliothèque nationale du Canada
Décembre 1998
Le suicide chez les hommes : des faits
Informations sur l'interprétation du tableau sur le processus-type de résolution de problème chez les hommes adultes
Facteurs de risque du suicide chez les hommes selon l'âge
Réflexion sur les hommes et le suicide
La socialisation : un facteur inhibiteur de la recherche et de la demande d'aide chez les hommes
Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?
Intervenir auprès des hommes
Ce document portant sur la problématique du suicide chez les hommes a pour buts de présenter les faits liés à ce phénomène, d'apporter certains sujets de réflexion et d'offrir quelques pistes pour mieux intervenir auprès des hommes en difficulté. Pourquoi faire un document centré sur la problématique du suicide chez les hommes ? Les faits parlent d'eux-mêmes.
De 1976 à 1996, le taux de suicide a augmenté de 25% pour les femmes et de 78% pour les hommes. Quatre fois plus d'hommes que de femmes se suicident au Québec et ce sont les hommes de 20 à 40 ans qui présentent le plus haut taux de suicide. Le Québec compte l'un des plus hauts taux de mortalité par suicide chez les hommes des pays industrialisés. Il est donc plus que temps de prêter une attention toute particulière à ce groupe.
En page couverture de ce document, on retrouve l'affiche de la Semaine provinciale de prévention du suicide 1999. Cette illustration nous informe que 80% des suicides sont commis par des hommes. L'image qui soutient le message illustre cette triste statistique, mais aussi l'isolement dans lequel s'enferme trop souvent l'homme souffrant. Cet isolement le prive du soutien formel ou informel qui pourrait lui permettre de diminuer sa détresse. Huit boîtes empilées renferment chacune un homme isolé des autres. Ils ne sont ni déprimés, ni joyeux. Ils sont seuls. Deux boîtes renferment chacune une femme qui, elles aussi, sont isolées.
La première partie de ce document expose certains faits reliés à la problématique du suicide chez les hommes. Dans le premier article, Danielle Saint-Laurent, épidémiologiste au Ministère de la Santé et des Services sociaux, présente les statistiques concernant le suicide chez les hommes. Laurent Garneau, responsable du secteur communautaire du Centre de prévention du suicide 02, nous offre un tableau sur le processus-type de résolution de problèmes chez les hommes adultes. Ce tableau a été élaboré à partir de plusieurs témoignages d'hommes sur leur propre vécu dans des situations difficiles. Pour compléter cette première partie, François Chagnon, conseiller en formation et recherche pour les Centres jeunesse, rapporte dans un tableau condensé une recension d'écrits scientifiques sur les facteurs de risque du suicide chez les hommes, selon leur groupe d'âge.
La deuxième partie du document propose différentes réflexions sur les hommes. Le docteur Jean-François Saucier de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal identifie cinq facteurs globaux au niveau social pour répondre à la question "Pourquoi les hommes se suicident-ils plus que les femmes ? ". Germain Dulac, chercheur associé au Centre d'études appliqués sur la famille de l'Université McGill, oriente sa réflexion sur la socialisation masculine comme facteur inhibiteur de la recherche et de la demande d'aide chez les hommes. Marc Chabot, compositeur, écrivain et enseignant, jette un regard plus philosophique sur la question en s'interrogeant sur les raisons pour lesquelles tant d'hommes se suicident.
Finalement la dernière partie se penche sur l'intervention auprès des hommes en difficulté. Cet article ne représente qu'un avant-goût très parcellaire d'un document présentement en préparation dans le cadre du projet d'Action intersectorielle pour le développement et la recherche sur l'aide aux hommes (AIDRAH). Il s'agit d'un bref résumé des entrevues réalisées auprès d'intervenants oeuvrant avec des hommes en difficulté. Dans le cadre de ces entrevues, les intervenants étaient invités à réfléchir sur les meilleures approches pour intervenir auprès des hommes. Un premier bilan de ces entrevues a été réalisé par Germain Dulac. Lucie Charbonneau, responsable de projets à l'AQS, en a fait un résumé sélectif qui est présenté ici. Le document final du projet AIDRAH ajoutera aux entrevues, les écrits scientifiques portant sur l'intervention auprès des hommes.
Ce court document est loin d'apporter des réponses toutes faites aux nombreuses questions que soulève la sursuicidité chez les hommes québécois. Le suicide est un phénomène complexe et plusieurs facteurs se combinent pour en composer l'étiologie. Nous espérons cependant que cette lecture vous permettra de mieux comprendre cette délicate problématique. Nous remercions sincèrement toutes les personnes et les organismes qui ont contribué à sa création.
Bonne lecture!
Danielle Saint-Laurent, épidémiologiste, Ministère de la Santé et des Services sociaux.
Augmentation importante du suicide au Québec au cours des deux dernières décennies
Le suicide s'est accru de façon importante dans la majorité des états industrialisés au cours des deux dernières décennies. Le Québec n'échappe pas à cette tendance. Depuis 1976, le taux de décès par suicide a connu une hausse progressive avec des périodes de relative stabilité au milieu et à la fin des années 1980 pour ensuite croître de façon marquée. Ainsi, le taux de mortalité par suicide entre 1976 et 1996 a augmenté de 62 % dans la population totale. Chez les femmes, le taux de mortalité entre 1976 et 1996 est passé de 6,8 pour 100 000 personnes à 8,5, tandis que chez les hommes, il est passé de 17,4 pour 100 000 personnes à 31,0, soit des augmentations respectives de 25 % et de 78 % (voir figure 1). Cette augmentation majeure a fait de cette cause de mortalité un problème préoccupant de santé publique pour ne rien dire du problème social que cela soulève.
Figure 1 Taux de mortalité par suicide selon le sexe Québec, 1996

Près de 80 % des décès par suicide sont le fait d'hommes
En 1996, 1 463 personnes sont décédées par suicide au Québec. De ce nombre, 1 136 étaient des hommes, soit près de 80 % de l'ensemble des décès par suicide. Cette surmortalité masculine par suicide caractérise le Québec quand on le compare aux pays scandinaves et aux pays européens qui présentent également des taux élevés de suicide.
La majorité des décès par suicide surviennent chez les hommes de moins de 55 ans
Sur l'ensemble des décès par suicide enregistrés chez les hommes, la majorité survient chez des hommes âgés de moins de 55 ans, soit près de 8 décès sur 10. En 1996, sur les 1 136 décès par suicide chez les hommes, 16 % (186) étaient le fait de jeunes de 15-24 ans, 66 % (753) le fait d'hommes adultes de 25-54 ans et 17 % (193) d'hommes de plus de 55 ans (voir figure 2). Ainsi, contrairement à ce qui est souvent véhiculé dans les médias, le suicide chez les hommes adultes est un phénomène beaucoup plus présent que chez les jeunes ou les hommes âgés. Cependant, si en nombre absolu, davantage de décès sont enregistrés chez les hommes adultes, les jeunes présentent également des taux de mortalité très élevés. D'ailleurs, les taux de mortalité les plus élevés sont observés chez les hommes âgés de 20 à 44 ans.
Figure 2

La progression du suicide au cours des deux dernières décennies est plus importante chez les hommes de moins de 55 ans
Déjà en 1976, les taux de mortalité les plus élevés étaient observés chez les hommes de 25-54 ans. Les jeunes de 15-24 ans et les adultes de 55-74 ans présentaient des taux comparables tandis que les hommes de 75 ans et plus affichaient les taux les plus bas.
En 1996, l'écart qui séparait les jeunes des hommes de 25-54 ans a disparu, alors que maintenant, ils présentent des taux similaires. Le fait qui marque l'évolution de la mortalité par suicide chez les hommes entre 1976 et 1996 c'est l'écart qui s'est creusé entre les comportements des hommes de 15-54 ans et de ceux de 55 ans et plus. Entre 1976 et 1996, le taux de mortalité a augmenté respectivement de 84 % chez les 15-24 ans (21,2 à 39,0 pour 100 000 personnes) et de 60 % chez les 25-54 ans (25,7 à 41,0). Chez les hommes de 55-74 ans, cette hausse a été de 44 % (22,0 à 31,6 pour 100 000 personnes) et de 35 % chez les hommes plus âgés (18,1 à 24,5). Cet écart qui s'est accentué entre les hommes les plus jeunes (moins de 55 ans) et les autres, s'explique en grande partie par la progression constante et importante du suicide, depuis le début des années 90, tant chez les hommes de 15-24 ans que chez ceux âgés de 25-54 ans en comparaison avec les hommes plus vieux chez qui on n'a pas observé ce phénomène.
Le suicide d'une personne est une tragédie. Le maintien de la progression de la mortalité par suicide serait une catastrophe. Les hommes adultes doivent être les premières cibles de nos actions préventives. Il est impératif de développer des approches pour les rejoindre, les accueillir adéquatement dans les services de première ligne et expérimenter des modes d'intervention pour agir auprès d'eux.
Informations sur l'interprétation du tableau sur le processus-type de résolution de problème chez les hommes adultes
Laurent Garneau, responsable Secteur communautaire, CPS 02
Le tableau en annexe illustre l'ensemble des informations recueillies lors de rencontres de consultation "terrain" auprès de groupes d'hommes et d'activités de concertation d'intervenants régionaux concernés directement par des problématiques associées au suicide.
Divers facteurs en interaction contribuent à déterminer la perception et le comportement des hommes (20-44 ans) de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, en regard de la demande d'aide :
A : Les modèles masculins "traditionnels" (virils, rationnels, invincibles...) et l'absence de modèles "désirables" engendrent une ambiguïté dans les rôles ainsi que dans la perception de soi et des autres.
B : La présence de préjugés, une méconnaissance de la santé mentale, des services, de l'identification et de la reconnaissance de ses propres signes de détresse alimentent les résistances à la demande d'aide.
C : La dépendance affective de certains hommes à l'égard de leur conjointe fait en sorte que celle-ci est souvent appelée à occuper une position d'importance pour initier la demande d'aide.
Ainsi, dans une perspective où se présente une situation problématique générant une base émotive importante, bon nombre de ces hommes se retrouveront déstabilisés et impuissants, ne sachant identifier et gérer adéquatement la crise. Cette instabilité émotive portera atteinte à leur estime de soi puisque le mythe du "surhomme" ne tiendra plus ses promesses. Cet inconfort aura donc des répercussions sur la capacité de jugement et le comportement de ceux-ci.
Deux avenues seront régulièrement privilégiées pour tenter de dissiper les malaises engendrés par le déséquilibre. Ces hommes opteront régulièrement pour l'isolement, l'accumulation ou la communication dysfonctionnelle. Dans les deux cas, il y aura nécessairement un impact négatif et une détérioration de la situation de vie personnelle, familiale, professionnelle et sociale.
Souvent, les hommes utiliseront des ressources externes d'aide par obligation ou parce qu'une tierce personne (conjointe, contremaître, confrère) aura influencé leur choix.
Processus-type de résolution de problème chez les hommes adultes

François Chagnon, conseiller en formation et recherche, Centres jeunesse de Montréal
Le tableau ci-joint est le fruit d'un long travail. À partir de nombreux écrits scientifiques, François Chagnon a identifié les facteurs de risque plus particulièrement reliés au suicide chez les hommes, selon l'âge. Parce que ce tableau a été réalisé dans le but d'accompagner une communication orale, nous ne pouvons vous présenter ici la bibliographie qui devrait normalement l'accompagner. Le grand O et le petit O donnent une mesure du poids du facteur dans l'étiologie du suicide chez les hommes de cet âge.
De manière générale, les hommes sont réticents à demander de l'aide et ont une perception négative des ressources d'aide. Ils utilisent généralement une méthode de suicide plus létale et perçoivent les tentatives de suicide comme une démonstration de faiblesse, alors qu'un suicide complété serait plus "viril".
Chez les jeunes garçons de 15 à 19 ans on remarque que les comportements agressifs et impulsifs, les troubles de conduite, la consommation de drogue, l'orientation sexuelle (dont la découverte de l'homosexualité) et les pertes interpersonnelles, principalement les peines d'amour, sont les facteurs les plus souvent liés au processus suicidaire. La consommation d'alcool, les difficultés reliées à l'affirmation de soi et les difficultés scolaires, ainsi que la faiblesse du réseau de soutien affectif constituent également des facteurs de risque reliés au suicide chez les jeunes. De plus, les jeunes sont beaucoup plus vulnérables à s'identifier à une personne suicidée (réelle ou fictive) et à imiter son geste à cause de la recherche de modèles liée à leur stade de développement .
L'agressivité, les schizophrénies, la consommation de drogue, la présence du VIH/Sida, les pertes interpersonnelles, principalement les peines d'amour, sont les facteurs les plus souvent liés à l'étiologie du suicide chez les jeunes hommes de 20 à 29 ans. L'impulsivité, la consommation d'alcool ainsi que la faiblesse du réseau de soutien affectif, constituent également des facteurs de risque reliés au suicide chez les jeunes adultes.
Chez les adultes de 30 à 44 ans, l'agressivité, la psychose maniaco-dépressive, la consommation de drogue et d'alcool et le divorce ou la séparation, représentent des facteurs fortement liés au suicide. La présence du VIH/Sida, le stress lié à la performance et à la réussite au travail, ainsi qu'un réseau de soutien affectif déficient, sont également associés au suicide des hommes de 30 à 44 ans.
Les modifications de la vie sexuelle semblent un facteur de risque important dans l'étiologie du suicide chez les hommes de 45 à 64 ans. L'agressivité, la psychose maniaco-dépressive, la chronicité au niveau de la consommation d'alcool, le divorce ou la séparation, le plafonnement de la carrière, la modification de l'image de soi ainsi que la modification de certaines valeurs (crise de l'âge mûr) et la faiblesse du réseau de soutien affectif sont aussi des facteurs liés au suicide pour ce groupe d'âge.
Et enfin, chez les hommes âgés, le veuvage, l'isolement, la solitude ainsi que la maladie chronique et la souffrance apparaissent comme des facteurs de risque importants. De plus, il arrive souvent que la dépression soient non diagnostiquée chez les hommes âgées parce que les médecins auraient tendance à interpréter les symptômes comme des signes normaux du vieillissement. L'agressivité, la rigidité, la consommation d'alcool, la retraite et la modification de l'image de soi qui s'y rattachent sont également des facteurs liés au suicide des hommes de 65 ans et plus.
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Jean-François Saucier, m.d., psychiatre, professeur à la faculté de médecine de l'Université de Montréal
Cette présentation a été entendue lors d'une journée de réflexion sur la problématique du suicide chez les hommes, organisée par Suicide-Action Montréal dans le cadre de la Semaine provinciale de prévention du suicide. Le Docteur Jean-François Saucier, ainsi que Suicide-Action Montréal, ont accepté que cette communication soit reproduite ici.
Le docteur Saucier admet prendre un risque en parlant du pronostic de l'évolution future de la différence entre les hommes et les femmes, dans le taux de suicide. Pour ce faire, il a choisi cinq facteurs globaux qui lui semblent les plus significatifs au niveau social .
Premier facteur
Plusieurs études (dont des études en criminologie) démontrent clairement que les hommes sont plus violents que les femmes. Pourquoi ? Est-ce un aspect de l'étiologie génétique et il faut alors parler du chromosome Y ou bien s'agit-il d'un impact de l'environnement culturel massif qui, en Occident, pousse toujours les hommes dans le même sens de la violence ? Ou bien est-ce l'interaction de ces deux grands facteurs ? On ne le saura jamais.
De toute façon, il s'agit là d'un facteur très stable et on ne pourra s'attendre à ce qu'il change dans un avenir rapproché, à l'instar de la culture occidentale, qui changera peut-être de deux millimètres par siècle.
Deuxième facteur
Durkheim a montré de façon convaincante que dans le monde occidental, les personnes de religion protestante se suicidaient plus souvent que les personnes de religion catholique. Il a invoqué comme hypothèse la tendance individualiste et l'isolationnisme des protestants où chaque individu est seul à dialoguer avec son Créateur, son Dieu. De leur côté, les catholiques ont développé la tendance communautaire où chaque individu dialogue avec son Créateur et avec son intermédiaire, le prêtre. Ils font des prières en groupe, de sorte qu'ils sont beaucoup moins seuls que les protestants.
Si on revient à la différence hommes-femmes, on peut dire qu'en général, l'homme agirait le plus souvent selon le "mode" protestant : plus isolé, plus réservé, sans confident ou très peu. La femme, elle agirait plus souvent selon le "mode" catholique, c'est-à-dire un mode plus communautaire, ayant des confidentes et un réseau de soutien ce qui représente des facteurs de protection contre le suicide.
Ce facteur aussi est très stable, on ne prévoit pas qu'il change dans le prochain siècle.
Troisième facteur
Traditionnellement, l'homme occidental a eu sa principale raison d'être sur le plan social par son rôle de travailleur, son métier, sa profession. Encore aujourd'hui, son succès social dépend principalement du succès qu'il a dans son travail. Il est jugé sur ça. Chez l'homme, la crise typique de la quarantaine est souvent associée au moment où il réalise, qu'il est loin d'avoir atteint dans son travail, le succès dont il avait rêvé plus jeune. Et la comparaison qu'il fait entre lui qui a peu accompli et ses voisins qui ont eu du succès, le déprime et lui donne des pensées suicidaires.
Par contre, la femme québécoise dont le rôle traditionnel était de demeurer à la maison et d'élever les enfants, n'avait pas à prouver sa valeur dans d'autres sphères d'activités. Évidemment, ceci a changé il y a quelques décennies, mais même dans un long premier temps, qui se poursuit encore dans la classe ouvrière, le travail de la femme à l'extérieur était considéré seulement comme une source d'appoint économique et le succès au travail n'était pas une priorité pour elle. C'est seulement au cours de la dernière génération qu'au Québec, les femmes ont fait du travail une carrière qui engage leurs valeurs personnelles. Comme chez les hommes, ce nouveau rôle social entraînerait donc une dépression au cours de la quarantaine ou de la cinquantaine, si le succès escompté au moment de la graduation ne s'est pas réalisé.
Or, ceci est un facteur nouveau dans la société qui pourrait, à la longue augmenter le taux de suicide chez les femmes adultes, mais seulement au niveau professionnel, c'est-à-dire chez les femmes pour qui la carrière est importante. Ce facteur contribuerait peut-être ainsi à diminuer l'écart entre les taux de suicide des hommes et des femmes.
Quatrième facteur
De 1951 à 1986 au Québec, dans les autres provinces canadiennes, dans la plupart des états américains, en Norvège, au Danemark et en Finlande, on a constaté que le taux de suicide avait augmenté parallèlement à l'augmentation du taux du divorce. On a même calculé une augmentation de 1% du taux du divorce qui a été associé, pendant toutes ces années-là, à une augmentation parallèle de 0,33% du taux du suicide. Les deux marchent ensemble. On ne sait pas encore la direction de cette corrélation, qui cause l'autre. Il est possible que ce ne soit même pas le divorce en tant que tel qui est significatif, mais plutôt le divorce comme indicateur de la déstabilisation sociofamiliale dans notre société occidentale.
Ce qu'on sait au niveau du terrain épidémiologique, c'est que les hommes divorcés et les veufs se suicident beaucoup plus souvent que les hommes mariés : leur taux de suicide allant parfois jusqu'à six fois plus. C'est dramatique. La différence est beaucoup moins grande chez les femmes parce que, dans la majorité des cas, ce sont les femmes qui ont la garde des enfants, ce qui constitue un facteur protecteur contre le suicide.
On sait enfin que le taux de divorce s'est nettement stabilisé depuis une dizaine d'années et, espérons-le, pour un bon moment. Ainsi, on peut croire que ce facteur de risque ne contribuera pas au changement dans la différence entre hommes et femmes à cause de cette nouvelle stabilité.
Cinquième et dernier facteur
Dans un article tiré d'un numéro spécial portant sur les "Adolescents en danger de suicide" de la revue "Prisme", Madame Francine Gratton, professeure à l'École des Sciences infirmières de l'Université de Montréal, décrit le climat social du Québec comme facteur d'un risque suicidaire. On sait que pour les garçons de 15 à 19 ans, le taux du suicide a progressé d'environ 2 pour 100,000 au début des années 60 au taux d'environ 16 ou peut-être davantage par 100,000 aujourd'hui. C'est dire qu'il y a 8 fois plus de suicide maintenant chez ces garçons qu'il y a trente ans. Il se pourrait bien que ce taux continue d'augmenter, puisqu'il ne s'est pas encore stabilisé.
Madame Gratton remarque que pour les filles du même âge (15-19 ans), la progression se serait arrêtée vers 1980, alors qu'elle continue pour les garçons. Les filles qui avaient bougé de 1960 à 1980, se sont arrêtées en 1980, c'est-à-dire il y a une quinzaine d'années. Le taux de suicide des adolescentes connaît présentement une stabilisation.
L'hypothèse avancée serait que les gains dans le statut de la femme, bien qu'encore très insatisfaisants pour plusieurs, auraient quand même donné aux jeunes femmes un espoir dans l'avenir qui les protégerait contre le suicide. D'autre part, ce gain acquis par le statut de la femme aurait pu être perçu comme positif par les jeunes hommes, dans le sens d'une plus grande égalité du couple, d'une meilleure communication et d'une vie plus riche ensemble. Mais il semble évident aujourd'hui, qu'une grande partie des hommes ont perçu ce gain de statut de la femme comme provoquant une perte de leur propre statut, entraînant plus de violence (par exemple, le drame Polytechnique) et aussi probablement plus de suicides. Et ce dernier facteur continue sa progression.
En conclusion, nous aurions trois facteurs stables (les trois premiers), un facteur en mouvance (le facteur carrière chez la femme qui augmente peut-être un peu l'écart chez les femmes professionnelles) et le dernier facteur qui est en mouvance continuelle, celui du statut féminin qui pourrait augmenter l'écart pour toute la société pour un bon bout de temps encore. De sorte que le pronostic est peu favorable, à moins d'intervention massive auprès des hommes.
La socialisation : un facteur inhibiteur de la recherche et de la demande d'aide chez les hommes
Germain Dulac, docteur en sociologie
Les intervenants, les cliniciens, les bénévoles vous le diront : les hommes et les femmes n'ont pas la même attitude face à la santé et à la maladie. Cette différence est manifeste lorsque l'on regarde des statistiques. Les femmes consultent davantage et utilisent plus de médicaments que les hommes. Lorsque les hommes consultent le médecin, c'est rarement pour un bilan de santé, encore moins pour faire de la prévention. Comment expliquer cette différence ? Les hommes seraient-ils moins atteints par la maladie ? Certes non, le taux de mortalité des hommes est plus élevé pour tous les groupes d'âge de la population. C'est bien leur attitude qui est différente, ils tardent souvent à consulter et ils le font pour des problèmes plus aigus. Ils viennent alors régler un problème et ils s'attendent à avoir un résultat immédiat. Cette attitude est néfaste pour les hommes et souvent, elle demande des coûts sociaux élevés, c'est pourquoi il faut essayer de mieux la comprendre.
La socialisation est l'un des facteurs qui permet d'expliquer le comportement des hommes face à la santé et la maladie. La perception d'un symptôme et l'étiquetage comme problème est quelque chose de subjectif et déterminée par la sensibilité individuelle et la culture d'un groupe de référence. On comprendra que la culture masculine est déterminante dans la perception et l'étiquetage d'une situation comme problématique.
Les hommes ont souvent de la difficulté à percevoir qu'ils ont un problème de santé car l'idée d'avoir un problème est incompatible avec les rôles masculins. La socialisation et les rôles masculins ne favorisent pas l'expression des sentiments et le contact avec la vie personnelle intérieure, mais requièrent plutôt la compétence, le succès et la réalisation de soi, la confiance en soi, l'agressivité, l'audace et la témérité. C'est pourquoi, un homme n'admet avoir un problème qu'après une longue période pendant laquelle il ne reconnaît pas les symptômes aussi sérieux soient-ils.
Même la décision de faire quelque chose est tributaire de la culture masculine. La socialisation masculine accentue les attributs tels que l'autonomie, et l'on sait que l'estime de soi des hommes est tributaire de la capacité à agir de manière autonome. Ainsi, rechercher et demander de l'aide peut être interprété socialement comme un signe de faiblesse, un signe de non-masculinité. Les coûts pour l'estime de soi sont d'autant plus grands que les hommes ne sont pas enclins à révéler leurs émotions ou que le fait de révéler leurs émotions est associé à un manque de virilité, à une faiblesse. Pour certains, on peut même penser que la demande d'aide touche à l'estime de soi, car elle est souvent interprétée comme un aveu d'incompétence, d'imperfection, d'incapacité. La culture masculine valorise l'accomplissement de soi, le succès et l'indépendance. Ainsi la demande d'aide signifie que l'individu n'est pas à la hauteur des attentes sociales en regard desquelles il a été socialisé. Pour ces individus, la demande d'aide n'est pas envisagée comme moyen de bonifier leur situation, mais comme une démarche stigmatisante, une menace à leur ego, ce qui les place dans une position de vulnérabilité.
Si certains hommes ayant besoin d'aide essayent désespérément de garder le contrôle et leur style de vie, c'est souvent au prix de pertes sociales et affectives importantes. De plus, il faut mentionner que ces hommes qui veulent garder le contrôle à tout prix, nient leur souffrance. En effet, les hommes sont socialisés à être stoïque face à l'adversité. Une telle attitude ne laisse que peu de place à l'expression de la souffrance et de la douleur.
Pour les proches, les amis et les autres aidants, il importe avant tout de reconnaître que la socialisation des hommes est un facteur inhibiteur de la recherche et de la demande d'aide de manière à intégrer cet aspect de la vie des hommes dans l'intervention.
Marc Chabot, professeur de philosophie, Cegep Francois-Xavier Garneau
Monsieur Chabot a eu la générosité de nous offrir le texte de la conférence qu'il a prononcée à Rimouski, le 6 février 1998 et au Cegep F.-X.-Garneau, le 11 février 1998. Il nous fallait choisir, au fil de ces 18 pages, les passages que nous avions le plus envie de partager avec vous. La tâche fut ardue car tout, dans ce texte, nous semble pertinent et grandement intéressant. Voici donc le fruit de nos efforts...
Pour répondre à cette question impossible, il me faudrait d'abord répondre à plusieurs autres questions : Qu'est-ce qu'un homme ? Comment le fabrique-t-on ? Que pensons-nous qu'il devrait être ? Y a-t-il en l'homme un dégoût de vivre qu'on ne rencontre pas chez les femmes ? Y a-t-il un instinct de destruction spécifiquement mâle ? Y a-t-il, dans l'univers masculin, des fragilités que nous n'aurions pas encore identifiées et qui mènent au suicide ? L'homme est-il fait pour vivre ? Est-ce que sa mise au monde est plus complexe ?
Je préfère vous le dire tout de suite, je ne détiens pas de telles réponses. Je n'ai ni le savoir, ni l'expertise pour m'aventurer dans ces territoires. Et, sans désespérer, sans même vouloir vous mener dans la désespérance, je pense que nous n'aurons pas une réponse nette à ces questions avant bien longtemps. Mais cela ne constitue pas une raison pour cesser de penser. Je vais donc tenter de répondre à cette question : pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ? Et je vais vous proposer plusieurs réponses. Mais mes réponses seront parfois contradictoires. Il ne faut pas avoir peur de ne pas savoir, de se contredire, de se retrouver devant des paradoxes. Nous ne sommes pas ici dans un domaine scientifique, même si nous parlons parfois le langage des sciences et si nous inventons des concepts comme la la prévention du suicide.
Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?
D'abord, nous occupons une place vide dans le néant. Nous sommes là par hasard ou par amour. Nous habitons le corps d'une femme, la tête d'un homme ou les deux. On nous parle. On nous fabrique. On s'occupe à nous sortir du néant ou à nous y enfoncer. On nous dit : "viens" ou "pourquoi es-tu là ?". On nous rêve, on nous veut, on nous désire, on nous rejette, on nous nie. Mais toujours on nous parle.
Je parle avec des mots. J'effectue un remplissage du néant. Je parle et vous écoutez. Nous sommes tous attentifs. Je parle et vous vous parlez en même temps. Vous êtes en train de vous dire : "je n'y avais pas pensé" ou "je savais déjà tout cela". Le suicide est un retour au silence. Le retour du néant. Plus rien ou presque de l'autre ne peut être entendu. Parfois, parce que nous sommes aveugles, plus rien de l'autre n'existait depuis des jours, des mois, des années.
Les hommes ont, plus que les femmes, un problème de langage. Ils ne savent pas se dire. On pourrait aussi écrire : nous ne savons pas les entendre. Ils ne savent pas occuper l'espace, remplir le néant avec des mots. Nous sommes le langage. Par le langage, je construis un lieu d'où quelque chose de moi peut être entendu. Pour le moment, les femmes savent mieux que les hommes que les mots ne sont pas là pour rien, mais les femmes ont besoin des hommes, de tous les hommes et les hommes ont besoin des femmes pour apprendre, et nous avons besoin de nous pour y croire. Nous sommes tous des décodeurs de langage. Le suicide est un échec, un cas limite, une transgression. La dernière. Le suicide, c'est toujours un humain qui est en train de dire : là où je suis, personne n'entend.
L'univers masculin, chez les jeunes et chez les adultes, est si faible en langage qu'il suffit d'un rien pour franchir les limites. La limite pour dire qu'il n'y a pas de raisons pour vivre.
Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?
Parce qu'ils sont des hommes.
Un homme, c'est-à-dire un être humain à qui on a dit qu'il devait vivre dans le soupçon. À qui on a dit, depuis une vingtaine d'années, qu'être homme est une maladie, à qui on a dit qu'il devait même douter de son humanité parce qu'il est un homme. À qui on ne cesse de répéter qu'il est malhabile, qu'il est coupé de ses émotions, qu'il s'enferme dans son silence, qu'il est violent, qu'il est un mauvais père, un mauvais baiseur, un mauvais amant, un être sans compassion, un sous-développé affectif, un violeur potentiel.
En même temps, il peut être un héros. Tout régler d'un coup de poing. Devenir chevalier servant. Sauver l'humanité une arme à la main. Une femme peut lui dire : "Sauve l'humanité et je retourne à la maison", comme on peut le voir dans Independance Day.
Et parce qu'il n'est plus le définisseur de ce qu'il doit être, parce qu'il a du mal à savoir ce que c'est qu'être un homme, parce qu'il attend une réponse d'ailleurs mais qu'il n'y a plus d'ailleurs, il est de plus en plus torturé, contradictoire, malade, indécis, flou, brisé, ébranlé, abject et brillant à la fois.
Mais il est aussi suicidaire. Il vit dramatiquement son problème d'identité parce qu'il ne réussit pas à être un homme et ne sait plus ce que c'est qu'être homme. Alors, les questions reviennent :
...qu'est-ce que n'aurait pas perdu le monde si je n'avais pas vu le jour ? Qu'en dirait le soleil ? Et qui donc vivrait alors dans ma chambre ?1
Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?
Je ne crois pas que l'on se suicide pour une raison générale, pour une conception générale de la vie. Mais cette idée générale que l'on peut se faire de ce qu'est vivre permet le suicide.
Je pense que les hommes se suicident parce que, dans notre société, on propose (surtout aux hommes), la mort volontaire comme une solution pour résoudre nos problèmes. La mort volontaire est de plus en plus présentée comme un fait divers. Une banalité. La fin des tourments, la fin apparente des tourments, une libération, un acte osé, une solution radicale, un droit. Un geste héroïque. Une claque sur la gueule à la société, la dernière grimace d'un homme au monde, la transgression ultime. Mais c'est aussi une rupture de langage, la fin du dialogue. Le bout du monde. Le silence.
Il y a dans le suicide des hommes, un échec camouflé en geste héroïque. Je dirais que la chose est énorme, mais elle est là. Il y a, dans le suicide des hommes, un échec déguisé en acte libre et volontaire. En écrivant cela, je ne dis pas que les hommes qui se suicident sont lâches, je veux surtout dire que c'est ainsi qu'on nous propose de penser notre vie d'homme. Et c'est justement parce que c'est ainsi qu'il me semble urgent de questionner sérieusement le concept de mort volontaire.
Aucun humain ne peut prétendre vivre en évitant pendant 70 ans une ou plusieurs crises existentielles. Mais il est rare que l'on insiste sur le fait que les crises existentielles sont des fragments de vie. Un moment pénible, souffrant. D'une temporalité brève ou longue, mais toujours un fragment de la vie, un fragment du temps.
Aucun humain n'échappe vraiment aux crises existentielles et c'est durant ces crises qu'il a besoin plus que jamais de se rappeler qu'il est un humain. Mais il n'est jamais facile de raconter que la solitude est en train de nous manger de l'intérieur.
Affronter la souffrance n'est possible qu'ensemble, même si nous savons bien que nous ne pouvons jamais comprendre précisément la souffrance de l'autre. Les crises existentielles n'ont pas vraiment de solution définitive, elles sont là comme une fatalité.
Mais nous ne comprendrons rien au suicide tant et aussi longtemps que nous le réduirons à une maladie. Une crise existentielle n'est pas une maladie, c'est un passage obligé dans la vie d'un être. Un passage terrible dans une société qui réduit toute la vie à un divertissement, à un amusement vidéo, au spectacle. Un passage terrible dans une société qui n'en a que pour le ludique, qui camoufle le mal d'être.
Une crise existentielle est un moment où la solitude nous prend à la gorge. Elle fait douter de l'autre, des autres, de l'amour, de l'amitié, de ma propre existence dans le monde.
Comme le disait un personnage dans une nouvelle de Tolstoï :
...c'est de moi-même dont je suis fatigué, c'est moi la chose intolérable qui est mon tourment. (...) je ne parviens pas à m'éloigner de moi-même.2
Il y a des moments dans la vie où l'on devrait s'interdire de se fréquenter parce qu'on n'est plus fréquentable.
Un homme qui aime est un homme qui accepte et prend le risque de "s'éloigner de lui-même". Il se laisse habiter par une autre. Il se sait regardé, il se sait regardant. La "fatigue de soi", la terrible "fatigue de soi" n'est plus là.
C'est toujours de soi qu'on s'épuise. Un homme qui pense au suicide est souvent un homme qui est épuisé de lui-même, de ce qu'il est ou de ce qu'il n'est pas, de ce qu'il n'arrive pas à être. Il s'enlise en lui-même. Nos yeux ne sont pas faits pour se regarder.
Tout cela n'est pas spécifique au masculin, on s'entendra là-dessus. Mais le "moi" masculin est depuis plusieurs années en reconstruction, peut-être même faudrait-il dire en déconstruction.
Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?
Parce qu'ils sont seuls et qu'ils vivent les enseignements de la culture, à savoir que la solitude est bonne pour les hommes. Ils doivent en supporter les bonheurs et les souffrances. Et cette solitude n'est plus pensée. Mais elle élimine toute rencontre avec les autres. Les enseignements d'une culture qui propose l'enfermement en soi, la prison, le cachot.
Ce n'est pas seulement une question de sentiment. Cessons de nous réjouir de cette découverte assez niaise finalement, qui veut que les hommes soient incapables d'affirmer leurs sentiments. Voilà maintenant vingt ans qu'on le dit, qu'on le répète, qu'on travaille à faire parler les hommes. Plus on le dit, plus ils se taisent, plus ils se ferment.
Retrouvons en nous les pouvoirs de la recherche, non seulement pour faire pleurer les hommes, mais pour découvrir comment fonctionne un être humain qui ne choisit pas le langage pour dire qui il est.
Si les hommes pensent qu'ils sont lorsqu'ils font, il faut admettre que notre société n'a plus beaucoup de choses à leur offrir. Les hommes attendent. Ils ne travaillent plus, ils ont du mal à fonder une famille. Ils n'ont bien souvent qu'une existence aléatoire dans cette société. Tout leur échappe, en commençant par eux-mêmes, mais aussi le monde, l'amour, les femmes, les enfants, le travail, le bonheur et le goût d'être. Et quand j'écris que tout leur échappe, je ne parle pas de l'homme qui se voudrait propriétaire de tout cela.
Je pense surtout à un homme qui vit avec l'idée qu'il n'existe pas seulement pour lui-même, mais avec les autres et pour les autres.
Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?
L'homme se suicide parce qu'il est désoeuvré, il faut insister sur le mot. Désoeuvré : qui n'exerce pas d'activité précise. Inactif. Inoccupé. Oisif.
Derrière la plupart des suicides, il y a du désoeuvrement. Désoeuvré social, sans travail. Désoeuvré psychologique, sans projet de vie. Désoeuvré affectif, sans aucun amour à vivre.
Il se pourrait bien que le désoeuvrement de chaque être, le désoeuvrement de l'âme mène directement à la négation de son être. Et l'être peut résister longtemps. Il peut se tuer lentement. Ça commence par la noyade dans l'alcool, la dérive dans les drogues. Vivre encore oui, mais le plus possible à côté de soi, le plus loin possible de soi.
Quand il est impossible de s'oublier pour les autres, on commence à s'oublier soi-même. On s'installe ailleurs. Parfois même en s'amusant. Le désoeuvrement d'un premier trip, d'une première cuite. Les petits plaisirs que procure cette absence de soi. Il n'y avait rien d'autre à faire que de quitter les lieux. La fierté est mince, mais le goût de vivre aussi.
Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?
On pourrait se demander plutôt : pourquoi tant d'hommes doivent-ils faire des efforts inouïs pour se tenir en vie devant les autres ?
L'individualisme mal compris est confondu avec l'égoïsme. L'individualisme mal compris dit : tout est en toi.
Mais si, en moi, il n'y a plus rien, je me sens foutu.
Avant le suicide, il y a toujours la disparition lente ou précipitée des autres. Dans son essai intitulé La souffrance, le philosophe Bertrand Vergely écrit :
Quand on se tue, cela mobilise un nombre considérable de personnes. (...) cela a des effets que l'on ne mesure pas dans l'espace de l'humanité.
Un peu plus loin, il ajoute :
qu'on le veuille ou non, tout suicide conduit à alimenter la tristesse collective, ainsi que la piètre opinion que certains sont tentés de donner de l'humanité.3
Quand je pense au suicide d'un homme en particulier je ne peux m'empêcher de penser à cette mobilisation des autres, à cette mobilisation qui peut nous mener très loin du bonheur. L'homme qui se suicide est un homme qui a perdu ses forces. D'abord celles de raisonner, mais aussi celles d'espérer, celles qui pourraient lui faire entrevoir un bonheur possible.
L'espace humanitaire se rapetisse. Je ne le répéterai jamais assez : l'humain n'existe qu'accompagné.
INTERVENIR AUPRÈS DES HOMMES EN DIFFICULTÉ
Germain Dulac, Ph.D, chercheur associé au Centre d'études appliquées sur la famille de l'Université McGill
Lucie Charbonneau, responsable de projet à l'AQS
Nous vous présentons ici un premier compte-rendu de la deuxième partie du projet de recherche que l'Action intersectorielle pour le développement et la recherche sur l'aide aux hommes (AIDRAH) mène conjointement avec le Centre d'études appliquées sur la famille de l'Université McGill. Actuellement, le chercheur associé à ce projet, Monsieur Germain Dulac, travaille très fort pour mettre en place tous les éléments de la version finale, prévue pour juin 1999.
Ce texte est un résumé des entrevues réalisées auprès d'intervenants dans le cadre de la phase II du projet AIDRAH. Ces intervenants, qui oeuvrent principalement auprès d'hommes en difficulté, étaient invités à réfléchir en groupe (focus group) sur les meilleures approches à adopter pour intervenir efficacement auprès de cette clientèle. Germain Dulac a fait un premier bilan de ces entrevues. Nous présentons ici un résumé sélectif de ce bilan.
Le suicide est un phénomène complexe qui demande une intervention large. Il serait très réductionniste de croire qu'une intervention portant exclusivement sur la personne suicidaire (homme ou femme) pourrait avoir un impact significatif pour prévenir le suicide. Dyck (1996) rapporte que pour qu'un programme ait un impact significatif sur une population, il doit offrir plus d'un type d'intervention ; un programme de prévention du suicide se doit d'être multidimensionnel, parce que le suicide l'est. Ainsi, pour prévenir le suicide chez les hommes, il faut aller au delà de l'intervention de crise auprès des seuls hommes suicidaires. Toute la société doit mettre l'épaule à la roue afin de développer un environnement qui contribue au bien-être des hommes (et des femmes). Une stratégie d'intervention large s'attaquera à l'ensemble des facteurs associés au suicide chez les hommes.
Évidemment, le but de ce court chapitre n'est pas de présenter un programme complet de prévention du suicide, mais bien de vous offrir la vision de différents travailleurs interrogés sur l'intervention auprès des hommes en difficulté. Comme nous l'avons vu dans plusieurs textes de ce document, les hommes sont généralement réticents à demander de l'aide et ont une perception négative des ressources d'aide. Comment faire pour changer cette attitude ? Ce texte ne prétend pas donner de recettes, mais il se veut une invitation à réfléchir à nos pratiques et à nos propres attitudes face aux hommes en difficulté.
Voir la souffrance autrement
Dans le premier document produit par AIDRAH (Dulac, 1997), il a été mis en lumière que les hommes sont réticents à demander de l'aide. Ainsi, il arrive souvent que ce soit les proches, les conjointes, les employeurs et parfois même des intervenants du système judiciaire, qui consultent d'abord pour les hommes en difficulté. Selon certains travailleurs interrogés dans le cadre de la recherche, cette réalité fait en sorte que l'intervenant se trouve placé d'un point de vue où il voit d'abord les problèmes causés par l'homme en difficulté à son entourage plutôt que de voir la souffrance vécue par cet homme. Un tel point de vue peut facilement entraîner un discours de blâme et de culpabilisation envers la personne plutôt que l'écoute bienveillante et la responsabilisation (la reprise en charge de sa vie, de ses comportements).
Quelques travailleurs interrogés soulignent que l'intervenant doit développer une autre vision de la souffrance des hommes. Le clivage entre l'intervenant qui est le bon gars sans problème et le client qui ne l'est pas, ne fait que renforcer tout le processus de socialisation qui oppose l'image du bon et celle du méchant. Les comportements d'un homme ne reflètent pas toujours ce qu'il est véritablement. Quand un homme fermé s'ouvre un peu et qu'il se sent accepté comme un être humain, la confiance s'établit et il peut dépasser tout un système de protection personnel qu'il a longuement construit autour de lui et laisser émerger l'être souffrant. L'attitude humaine, ouverte et non jugeante de l'intervenant peut permettre d'amorcer un processus de changement. Quand un homme identifie et nomme son problème et qu'il ne se sent pas jugé, il a beaucoup plus de chance de persévérer dans son cheminement thérapeutique.
Selon certains travailleurs interrogés, il est difficile de croire que toutes actions, tous comportements sont le produit d'un libre arbitre, d'un choix rationnel. Cela signifierait que la personne est totalement responsable des conséquences de ses choix. Adopter une telle vision de ces problématiques c'est faire fi de tous les déterminismes sociaux et surtout, c'est rejeter le blâme sur la personne en difficulté et lui laisser porter seule le poids de ses idéations suicidaires, de ses comportements antisociaux, etc.. Des travailleurs interrogés considèrent que la lecture d'un problème ne doit pas être culpabilisante, même si le comportement demeure inacceptable. La culpabilité, selon eux, ne peut être un appel au changement, à la possibilité de dire : " Oui, j'ai des comportements que j'aurais intérêt à changer ", mais plutôt un constat d'échec et de déchéance personnelle. Il faut être capable de voir le comportement problématique intégré dans le temps et dans un contexte social donné et le percevoir comme potentiellement modifiable.
Des travailleurs interrogés remarquent que l'intervenant peut développer l'empathie et la compassion nécessaires pour comprendre la souffrance de l'homme en difficulté en s'interrogeant sur la façon dont ils aimeraient être accueillis, reçus. En l'accueillant comme un être humain, sans accepter ses comportements inadéquats, l'intervenant aide l'homme à se respecter lui-même et à se responsabiliser en reprenant du pouvoir sur sa vie, sur ses comportements.
Intervenir en fonction de la trajectoire des clients
Souvent, les hommes qui consultent le font pour quelqu'un d'autre. Ils consultent parce que leur femme, leur patron, leur mère, etc. leur ont dit que cela n'allait pas. La motivation est extrinsèque, car l'homme en difficulté n'a pas conscience de vivre des difficultés. Un travailleur interrogé considère donc qu'il faut lui faire reconnaître son problème de façon très concrète :
Tu prends combien de bières? 15 par jour? Toi, tu dis que ça fait pas de problème. Mais pour ta femme, pour ton patron, penses-tu qu'il y a un problème? Après 15 bières par jour, tu te trouves dans quel état? Tu te couches toujours intoxiqué? ¨Ça te coûte combien par jour? 20$ par jour, 140$ par semaine? Alors ça te coûte 560$ par mois de consommation!
En ayant recours à des aspects très concrets de la vie, ce travailleur interrogé croit qu'on peut amener l'homme en difficulté à voir sa situation de façon objective.
Certains travailleurs interrogés oeuvrant dans des organismes en prévention du suicide ont observé que c'était souvent des tiers (ami, conjointe, mère) de l'homme suicidaire qui appelaient pour demander de l'aide. Après avoir donné l'information aux tiers, les intervenants demandent que l'homme suicidaire appelle lui-même. Environ 50% des gars ne rappellent pas. Ces travailleurs interrogés ajoutent que, même quand c'est l'homme qui prend lui-même l'initiative de communiquer avec une ressource d'aide, il arrive fréquemment que sa femme l'y ait précédé. Quelques travailleurs interrogés disent adopter une attitude plus pro-active et rappellent eux-mêmes le gars suicidaire avec la permission des tiers. La plupart du temps, cet appel est très bien accueilli par l'homme en difficulté.
Selon l'expérience de plusieurs travailleurs interrogés, l'homme en difficulté consulte généralement à la suite d'une perte dans sa vie due à des événements qu'il ne contrôle plus : perte de la conjointe, du travail, du permis de conduire, etc.. Ce sont des déclencheurs à la prise de conscience. Il a attendu jusqu'à la crise et il est désemparé parce que demander de l'aide c'est descendre encore d'une coche. Cette crise peut représenter un passage, un déclencheur pour un changement existentiel profond.
Des travailleurs interrogés notent que certains hommes sont plus " résistants " et malgré les nombreuses crises qu'ils traversent, ils résistent longtemps avant de demander de l'aide. Par exemple, un homme peut boire pendant très longtemps avant d'arriver à un bas-fond physique, psychologique, matériel. Par contre, avec les drogues dures, le fond du baril arrive plus vite. Il semble que les femmes résistent moins, tombent plus vite et donc, consultent plus rapidement.
Quand l'homme en difficulté en arrive à demander de l'aide, certains travailleurs interrogés remarquent qu'il peut demander à la ressource d'aide de le prendre en charge, de solutionner pour lui ses problèmes. L'interprétation que font certains travailleurs interrogés de cette dépendance est que le gars a, depuis toujours, définit son bonheur à partir des autres. Il faut lui remettre la responsabilité de son état et de son mieux-être en lui soulignant que cela lui appartient et que cette responsabilité commence dès qu'il franchit la porte de la ressource pour demander de l'aide.
Accueillir l'homme en difficulté
Le premier contact avec l'homme en difficulté se fait souvent au téléphone. Certains travailleurs interrogés soulignent que lors de ce premier contact, l'homme présente souvent des résistances, des peurs. Il parle alors de tout, sauf du problème qui l'amène à faire appel à la ressource. Ce "bavardage" permet de briser la glace. Il est cependant important de prendre le temps de mesurer l'urgence et le danger pour l'homme au téléphone ou pour ses proches. Ce premier appel doit briser la barrière de la demande d'aide. Pour ce faire, il faut réagir rapidement et offrir, dans la mesure du possible, un rendez-vous dans les 24 heures.
Si ce sont les tiers ou la conjointe qui appellent, certains travailleurs interrogés, avec la permission des appelants, relancent l'homme en difficulté. Généralement, un tel appel est très bien reçu et il peut provoquer une excellente occasion de briser la barrière de la demande d'aide. L'autre est toujours libre de raccrocher, mais souvent, il ne demande pas mieux que d'entrer en contact avec la ressource.
Certains travailleurs interrogés rapportent que la plupart des hommes qui ne sont pas rencontrés rapidement après une demande d'aide perdent leur disponibilité à entrer en contact avec leurs difficultés. Ils veulent être accueillis tout de suite, sinon ils se renferment et alors, ce sera très long avant de pouvoir rétablir le lien de confiance. Ils croient, à tort, que si le rendez-vous est reporté à plus tard, c'est que la situation n'est pas si urgente qu'ils l'avaient cru. Les vieux mécanismes de fonctionnement reprennent alors le dessus.
Quand un homme en difficulté se décide à appeler pour demander de l'aide à une ressource dont il garde le numéro de téléphone depuis plus d'un an, plusieurs travailleurs interrogés indiquent qu'il ne doit pas tomber sur un répondeur. Si tel est le cas, il est fort possible qu'il ne rappelle jamais. Par contre, s'il ressasse ses problèmes depuis plus d'un an et que quelqu'un est là pour lui, cela risque de faire une bonne prise de contact, car le gars en a gros sur le gros et depuis longtemps.
Lors d'un premier contact téléphonique, des travailleurs interrogés soulignent l'importance de donner l'information exacte sur la ressource, sur le type d'intervention : bref, il faut donner l'heure juste, sans raconter d'histoire. Il faut également faire du renforcement positif pour cette première demande et amener l'appelant à réaliser que la première étape est franchie. La ressource vérifiera également si la demande d'aide est arrivée au bon endroit et si l'organisme peut soutenir cette demande et offrir le soutien nécessaire. Si la motivation de l'appelant est faible, l'intervenant peut l'inviter à prendre un temps de réflexion tout en lui reflétant beaucoup de respect face à sa réticence. Il est convié à rappeler n'importe quand.
L'accueil individuel
Pour la première rencontre, les travailleurs interrogés suggèrent de garder à l'esprit la question " Comment voudrais-je être reçu, moi, quand je franchis le pas de cette porte ? ". Ainsi, la politesse est de mise, non comme une convenance sociale, mais plutôt comme le respect à accorder à toute personne humaine. L'accueil sera chaleureux et dès son entrée à la ressource, le nouveau venu trouvera une place pour lui : un mot de bienvenue, une chaise, un café. Cet accueil vise à faire baisser l'anxiété de cette première démarche et la honte de ne pouvoir résoudre ses problèmes lui-même. Maintenir le gars dans l'anxiété et la honte serait irrespectueux et réduirait ses possibilités de prise en charge.
Pour plusieurs travailleurs interrogés, il faut créer un esprit d'accueil et d'ouverture afin que l'homme en demande d'aide sache qu'il peut parler, qu'il sera pris au sérieux et écouté. La première étape est l'accueil du vécu de l'individu et la libération de ses émotions : écouter le gars, le laisser pleurer et dire tous les aspects amers qu'il a vécus, etc.. S'il arrive en crise, s'il n'en peut plus, s'il gueule, on lui laisse exprimer ses émotions, ventiler, frapper un punching bag (les femmes le font aussi). Le besoin premier de la personne qui fait une demande d'aide, c'est de sentir qu'il va pouvoir apaiser sa crise. Une fois la crise apaisée par l'expression du vécu et des émotions, une place se crée pour la reconstruction.
Obstacles idéologiques et organisationnels aux services pour les hommes
Selon certains travailleurs interrogés, il y a une résistance à parler des hommes parce que si on parle des hommes, on parlera moins des femmes. Il est parfois difficile de faire admettre que les hommes peuvent également être des victimes, que les hommes vivent aussi de la souffrance. Certaines travailleurs interrogés ont été choqués d'entendre que les gars se suicident pour éviter de passer devant la justice (après un délit, de la violence conjugale ou un homicide). Ils considèrent qu'il y a dans une telle affirmation une incompréhension du mécanisme de la souffrance. Il existe une guerre de genre qui porte beaucoup de haine et un manque de compréhension réciproque. De plus, quelques travailleurs interrogés craignent qu'en ces temps de " rationalisations " budgétaires, le fait de revendiquer de l'argent pour soutenir une cause (suicide, violence, etc. chez les hommes) entraîne inexorablement des coupures pour les autres problématiques (pauvreté, victimisation, etc. chez les femmes) déjà sous financées. Ce manque de fonds ne fait qu'envenimer le débat entre les ressources pour hommes et les ressources pour femmes.
Par ailleurs, certains travailleurs interrogés indiquent que le comportement de l'homme qui arrive en crise chez une ressource pour demander de l'aide, peut être mal interprété par la personne à l'accueil. L'homme qui se présente les poings serrés, qui est en pleurs et en colère, est perçu comme un méchant qui a perdu le contrôle. La personne à l'accueil ne voit que la pointe apparente du comportement, sans percevoir le lot de souffrance qui le provoque. Plutôt que de tenter d'apaiser cette souffrance, trop souvent on appelle inutilement le 911.
Plusieurs obstacles organisationnels se dressent entre l'homme en difficulté et sa demande d'aide. Quelques travailleurs interrogés remarquent que peu de services sont offerts aux hommes, mis à part quelques programmes récents pour les pères. Les services sont offerts lorsque les hommes sont dysfonctionnels, criminalisés ou entre les deux. Il faut s'occuper des hommes et créer de l'espace pour eux.
Un autre obstacle organisationnel que des travailleurs interrogés perçoivent se traduit dans le délai d'attente entre le moment où l'homme en difficulté (et généralement en crise) demande et celui où il reçoit de l'aide. Ce délai n'est pas mauvais en soi parce qu'une des caractéristiques fréquente de la problématique masculine, c'est d'avoir tout de suite ce que l'on veut. Ainsi, un court délai n'est pas nécessairement mauvais. Cependant, lorsque le délai s'étire durant un mois et demi, deux mois, six mois, il y a un danger que l'homme en demande décroche tout simplement du système et retrouve ses vieux comportements (conduite suicidaire, consommation, violence, etc.).
De plus, selon certains travailleurs interrogés, il existe une confusion entre une relation d'aide de deux ou trois séances et une véritable intervention. La première permet à l'homme en difficulté de retrouver son équilibre, de surmonter la crise et de changer certains comportements. Pour certains, c'est suffisant et pour d'autres, cela peut représenter une étape indispensable pour créer une alliance avec la ressource. L'intervention vise à amener les hommes à faire un travail en profondeur sur leurs comportements, leurs connaissances, sur ce qu'ils vivent et ce qu'ils font. En tenant compte de cette différence, il sera peut-être plus facile de bien diriger les hommes en difficulté vers l'aide nécessaire.
Amorcer un changement
Pour terminer, laissons la parole à un intervenant qui nous invite individuellement et collectivement au changement.
Le changement individuel et social fait partie d'un tout. Il faut voir le changement de façon systémique. Le changement est nécessairement individuel et collectif. Le travail individuel est indispensable, mais on ne peut penser changer la société sans qu'il n'y est d'abord une prise en charge collective. On aura beau tenter d'aider les hommes à changer, il faut aussi agir plus largement, changer les hommes en général.
À travers la thérapie, les gars commencent à découvrir leur histoire, à faire l'histoire des hommes et ils constatent la dimension collective, systémique de la problématique. Il faut un changement pour recouvrer mon humanité, pour que je puisse m'appuyer sur une société qui me respectera, dans laquelle je pourrai être complètement humain. Quand les hommes peuvent voir cela de leur côté à eux, qu'ils s'aperçoivent de la présence de quelque chose d'artificiel dans ce qui existe, alors naturellement, ils veulent changer. C'est un gain personnel très grand qui peut avoir des retombées sur toute la société en général.
L'homme qui évolue réalise que le changement à faire n'est pas seulement personnel, mais également social. Il faut des changements au niveau de la famille, du travail, des organisations ainsi que sur le plan des relations hommes / femmes et sur les différentes formes d'oppression : les enfants, le racisme, les personnes handicapées, l'âgisme, le classisme, etc..
Le changement personnel est indispensable pour l'homme en difficulté, mais le changement social est essentiel pour provoquer une amélioration durable de la condition humaine, homme ou femme.
Bibliographie
Dulac, G. (1997). Les demandes d'aide des hommes. AIDRAH: Montréal.
Dyck, R. J. (1996). Prévention du suicide, abolition des frontières. Recueil de textes du VIIIe colloque provincial. Chicoutimi: Association québécoise de la prévention du suicide
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