Cahier statistique sur la problématique du suicide

Ce Cahier statistique est inclus dans le "Cahier technique de la Semaine provinciale de prévention du suicide, Édition 1999", une production de l'AQS, sous la direction de Lucie Charbonneau

Statistiques Québec/Canada, Québec âge/sexe, Évolution des taux, Taux selon les régions

Dans ce cahier statistique, nous vous présentons d'abord les données canadiennes afin de situer le Québec par rapport au reste du pays. Nous nous concentrons ensuite sur les différences de genre dans les taux de suicide au Québec et ce, depuis le début des années 70. Ainsi, nous pourrons voir l'évolution du taux de suicide au Québec depuis le début de la Révolution tranquille et sa progression fulgurante chez les hommes québécois. Finalement, afin de mettre l'accent sur les régions du Québec, nous examinons les taux et le nombre de suicides pour chacune d'elle.

Pour vous présenter ces données, nous nous sommes basés principalement sur trois documents. Les données canadiennes sont tirées du Vital Statistics de Statistiques Canada (1998). Pour les données portant plus particulièrement sur les différences de genre, nous avons utilisé le chapitre 9 du document D'une génération à l'autre: évolution des conditions de vie. Volume II produit par le Bureau de la statistique du Québec (1998). Ce chapitre s'intitule : Deux causes de décès : le cancer et le suicide et est écrit par Michel Beaupré et Danielle St-Laurent. Pour les données régionales, nous avons consulté Surveillance de la mortalité au Québec : année 1996 produit par le Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (1998).

Le Québec et le Canada

Si le Canada connaît une faible, mais constante augmentation de son taux de suicide (1994: 12,9; 1995: 13,3; 1996: 13,5), c'est surtout lié à l'augmentation que connaît le Québec (voir figure 1). En effet, le Québec est la seule province qui présente une augmentation de son taux de suicide (1994: 17,7; 1995: 19,0; 1996: 19,9). De plus, comme le Québec compte le plus grand nombre de suicides au Canada avec plus de 37% des décès, son poids dans la balance canadienne pèse lourd.

Figure 1
Taux de suicide au Canada et dans les provinces canadiennes
1994-1996

 

En 1996, le pourcentage de suicide commis par des hommes à travers les différentes provinces et territoires canadiens variait entre 76% (Alberta) et 100% (Yukon). De façon générale au Canada, 78,5% des suicides sont le fait d'hommes (voir tableau 1).

 

Tableau 1
Nombre de suicides selon le sexe et pourcentage de suicides masculins 1996

Provinces

Hommes

Femmes

Total

% de suicides masculins

Canada

3093

848

3941

78,5%

Terre-Neuve

36

2

38

94,7%

I.P.E.

10

2

12

83,3%

Nouv.-Écosse

97

19

116

83,6%

Nouveau-Brunswick

80

15

95

84,2%

Québec

1139

329

1468

77,6%

Ontario

832

255

1087

76,5%

Manitoba

101

17

188

85,6%

Saskatchewan

114

25

139

82,0%

Alberta

345

109

454

76,0%

Colombie-Brit.

313

72

385

81,3%

Yukon

6

0

6

100%

T.-N.-O.

20

3

23

87,0%

Le suicide au Québec

 

Âge et sexe

Au Québec, le suicide représente une cause importante de mortalité chez les hommes. Il est la première cause de mortalité chez les hommes de 15 à 39 ans, avec près de 4 décès sur 10. Le message sur l'affiche de la Semaine provinciale de prévention du suicide 1999 indique que 80% des suicides sont commis par des hommes. Cette proportion fluctue d'un groupe d'âge à l'autre. On remarque au tableau 2 que pour les années 1993 à 1996, chez les hommes âgés entre 30 et 59 ans ainsi que chez les moins de 15 ans, le pourcentage de décès n'atteint pas 80%. Pour les autres groupes d'âge le pourcentage d'hommes s'enlevant la vie atteint ou dépasse le 80%. Chez les 20-29 ans et les 85 ans et plus, il excède 86%.

 

Pour les années 1993, 1994, 1995 et 1996, le nombre de suicide chez les hommes de 20 à 50 ans (2886) représente 52% de tous les suicides au Québec (5506). Ainsi, pour ces 4 années, plus de la moitié des personnes décédées par suicide étaient des hommes de 20-50 ans. Osons en parler!

Tableau 2
Nombre de suicides selon l'âge et le sexe et pourcentage de suicides masculins
Québec 1993-96

-

1993

-

1994

-

1995

-

1996

-

-

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

%

10-14

9

6

16

6

5

10

8

4

59,4%

15-19

77

11

86

17

89

17

86

17

84,5%

20-24

112

15

118

19

104

15

110

17

87,1%

25-29

108

15

106

16

102

19

115

20

86,0%

30-34

143

28

122

29

166

30

130

26

77,5%

35-39

130

40

128

36

151

36

165

51

77,9%

40-44

107

41

103

39

123

48

137

55

72,0%

45-49

117

28

83

33

117

40

95

51

71,8%

50-54

67

29

75

19

94

30

80

27

75,1%

55-59

50

14

49

20

62

21

52

26

72,4%

60-64

42

10

44

9

45

14

45

8

81,1%

65-69

28

11

28

5

32

9

43

7

80,4%

70-74

32

7

23

6

25

6

36

8

81,1%

75-79

16

4

21

6

18

2

18

6

80,2%

80--84

7

4

18

4

2

0

14

3

78,8%

85 et +

4

1

7

0

9

1

2

1

88,0%

Total

1049

264

1027

264

1144

298

1136

327

79,1%

 

On remarque au tableau 3 que pour les 4 années présentées, le taux de suicide des hommes de 20 à 44 ans dépasse 35 décès pour 100000 hommes. Chez les hommes de 45 à 59 ans, le taux de suicide varie entre 31,6 à 46,2. En 1994, le taux de suicide des hommes de 80 à 84 atteint le chiffre record de 50,5 avec 18 décès.

 

Tableau 3
Taux de suicide selon l'âge et le sexe
Québec 1993-96

-

1993

-

1994

-

1995

-

1996

-

Âge

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

10-14

3,6

2,5

6,5

2,5

2,1

4,3

3,3

1,8

15-19

31,3

4,7

34,2

7,1

34,9

7,0

33,3

6,9

20-24

45,3

6,3

48,3

8,1

42,5

6,4

44,7

7,2

25-29

36,3

5,2

37,2

5,9

37,3

7,3

43,2

7,8

30-34

42,1

8,5

36,1

8,9

49,4

9,3

39,6

8,3

35-39

40,3

12,6

38,9

11,1

45,2

11,0

48,6

15,3

40-44

37,4

14,4

35,3

13,4

41,1

16,1

44,9

18,1

45-49

46,3

11,1

31,6

12,6

43,3

14,8

34,4

18,5

50-54

34,2

14,6

36,6

9,1

43,5

13,7

35,3

11,8

55-59

31,5

8,4

30,2

11,8

37,4

12,2

30,2

14,6

60-64

27,5

6,0

28,8

5,4

29,5

8,4

29,6

4,8

65-69

21,8

7,1

21,5

3,2

24,2

5,7

32,0

4,4

70-74

34,1

5,5

23,5

4,5

24,6

4,4

34,5

5,7

75-79

26,7

4,2

34,5

6,2

28,6

2,0

27,3

5,8

80--84

20,5

6,2

50,5

6,0

5,4

0,0

36,9

4,2

85 et +

21,2

2,0

35,7

0,0

44,0

1,8

9,3

1,7

Total

29,4

7,1

28,8

7,1

31,3

7,9

31,0

8,5

Évolution des taux comparatifs par sexe

 

Le Bureau de la statistique du Québec (BSQ, 1998) remarque qu'entre 1971 et 1996, le taux général de suicide a augmenté de 3,0 décès par 100 000 chez les femmes et de 15,6 chez les hommes. En 1971, les hommes (15,6) présentaient un taux nettement supérieur à celui des femmes (5,5) et la croissance du taux masculin a été plus importante pendant ces années que chez les femmes. Ainsi, le taux de suicide des femmes a connu une augmentation de 54% de 1971 à 1996 alors que cette augmentation atteint presque 100% chez les hommes.

Depuis 1975, l'évolution du taux de suicide se divise en deux périodes. Jusqu'à 1983, la progression du taux de suicide a été beaucoup plus marquée chez les hommes (68%) que chez les femmes (24%). Cette période est suivie par une baisse chez les femmes, baisse qui cessera en 1991. Entre 1991 et 1996, le taux de suicide des femmes compte une augmentation de 46%.

Chez les hommes, le recul du taux de mortalité par suicide de l'année 1983 a été de courte durée, puisqu'il poursuit sa progression en dent de scie jusqu'en 1989, pour entreprendre une montée quasi constante jusqu'en 1996, avec une augmentation de 26% en 6 ans.

Le BSQ (1998) conclue que quatre faits caractérisent l'évolution du taux de mortalité par suicide au cours des 25 dernières années : 1) l'accroissement de l'écart entre les taux observés chez les hommes et les femmes, 2) l'augmentation de la mortalité entre 1976 et 1983, 3) une tendance à la baisse entre 1983 et 1990 et 4) la hausse du taux de suicide depuis les années 90 (Voir tableau 4 et figure 2).

 

Tableau 4
Nombre de suicides et taux par 100000 habitants selon le sexe
Québec, 1975-1996

-

Nombre de suicides

-

Taux par 100000

-

Années

Hommes

Femmes

Hommes

Femmes

1975

479

203

16,7

7,2

1976

556

220

18,4

7,7

1977

672

242

22,4

7,9

1978

751

251

24,3

8,3

1979

683

251

22,0

8,1

1980

755

233

24,8

7,5

1981

795

252

25,3

8,0

1982

862

284

26,8

9,0

1983

907

280

28,1

8,9

1984

834

247

25,7

7,7

1985

871

241

26,8

7,3

1986

885

262

26,8

7,9

1987

910

255

27,3

7,6

1988

858

235

25,5

6,9

1989

818

220

23,8

6,3

1990

902

202

26,1

5,7

1991

898

207

25,8

5,8

1992

984

272

28,0

7,5

1993

1049

264

29,4

7,1

1994

1027

264

28,8

7,1

1995

1144

298

31,3

7,9

1996

1136

327

31,0

8,5

 

Figure 2
Taux comparatif de mortalité par suicide selon le sexe
Québec, 1971-1996

Régions du Québec

 

Le Québec comptait, en 1996, 16 régions sociosanitaires en plus des Terres Cries-Baie-James et du Nunavik. Tel qu'indiqué à la figure 3, pour les années 1994, 1995 et 1996, ce sont les hommes de la région du Nord-du-Québec (52,8) qui présentent le plus haut taux de suicide, suivis par ceux de l'Abitibi-Témiscamingue (44,4) et de Chaudière-Appalaches (43,1). Pour ce qui est des femmes, ce sont les régions de Chaudière-Appalaches (10,5), de Québec (10,2) et de Mauricie-Coeur du Québec (9,8) qui sont les plus touchées. Comme vous le constatez, les données des régions des Terres Cries-Baie-James et du Nunavik sont absentes de la figure 3 (voir page suivante).

Comme on le remarque au tableau 5, dans la majorité des régions du Québec, le taux de suicide a augmenté de façon continue depuis 1990. On retrouve les plus fortes augmentations dans les régions de la Côte-Nord (52,5%), de Québec (36,7%) et de Laval (31,6%). Alors que la région de Lanaudière ne comptait aucune augmentation du taux de suicide depuis 1990, les régions du Nunavik (-10,5%) et des Terres Cries-Baie-James (-92%) connaissaient une baisse. De façon générale, le Québec a connu une hausse de 10,4% entre 1990 et 1996.

Il faut cependant être très prudent dans l'interprétation de ces données puisque le suicide est un événement rare. Ainsi, quand on calcule les données provenant d'une région peu habitée comme le Nunavik ou le Nord-du-Québec, il est possible que les taux varient énormément d'une année à l'autre. En effet, un seul suicide dans ces régions peut faire grimper le taux de suicide de 30 à 60 décès par 100000 habitants ce qui représente une hausse de 100%. Pour minimiser cette variation, les données sont ici présentées en calculant le taux moyen de suicide sur une période de trois ans.

 

Pour les années 1994, 1995 et 1996, ce sont les régions du Nunavik (65,4), de la Côte-Nord (30,3), de l'Abitibi-Témiscamingue (27,1) et de Chaudière-Appalaches (26,9) qui présentent les plus haut taux de suicide. Les Terres Cries-Baie-James (2,0), la Montérégie (15,0), Montréal-Centre (15,0) et Laval (17,5) avaient les plus bas taux. Nous verrons au tableau 6 que les régions de Montréal et Montérégie, bien qu'elles offrent de très bas taux de suicide, comptent le plus grand nombre de décès par suicide.

Figure 3
Taux comparatif moyen sur trois ans, selon le sexe et la région sociosanitaire
Québec, 1994, 1995, 1996

Tableau 5
Taux comparatif de suicide selon les régions sociosanitaires, taux moyen sur trois ans et % d'augmentation du taux de suicide pour ces années
Québec, 1990-1996

Régions du Québec

1990-91-92

1991-92-93

1992-93-94

1993-94-95

1994-95-96

% d'augmen tation

Bas St-Laurent

16,5

17,1

16,2

19,0

20,3

23,0%

Saguenay-Lac-St-Jean

18,7

19,4

21,9

23,2

23,3

24,5%

Québec

16,9

18,3

19,3

21,6

23,1

36,7%

Mauricie, C.-du-Québec

20,1

21,5

23,4

22,1

23,4

16,4%

Estrie

17,7

18,7

19,7

23,4

21,9

23,7%

Montréal-Centre

13,0

14,0

14,7

14,7

15,0

15,4%

Outaouais

16,6

19,0

20,1

20,1

18,8

13,4%

Abitibi-Témiscamingue

23,1

24,2

23,8

25,2

27,1

17,3%

Côte-Nord

19,9

19,1

22,5

27,6

30,3

52,3%

Nord-du-Québec

16,2

19,7

18,7

18,4

17,6

8,6%

Gaspésie-Î-de-la-Mad.

14,4

13,2

12,1

13,8

18,4

27,8%

Chaudière-Appalaches

23,6

24,3

24,4

24,8

26,9

14,0%

Laval

13,3

13,3

15,3

14,8

17,5

31,6%

Lanaudière

18,3

17,1

17,4

17,6

18,3

0%

Laurentides

19,9

18,6

18,7

19,8

20,4

2,5%

Montérégie

14,3

15,3

15,8

15,9

15,0

4,9%

Nunavik

73,1

76,0

54,1

47,9

65,4

-10,5%

Terres cries Baie-James

26,0

19,0

15,0

14,2

02,0

-92%

Ensemble du Québec

16,3

17,1

17,8

18,5

19,0

10,4%

En 1996, les régions de Montréal (309), de Montérégie (206) et de Québec (148) comptaient à elles trois, plus de 45% de tous les décès par suicide du Québec. Par ailleurs, les Terres Cries-Baie-James (1), le Nord-du-Québec (5) le Nunavik (15) présentent le plus petit nombre de suicides.

 

Tableau 6
Nombre de suicides selon les régions
Québec, 1992-1995

Région du Québec

1992

1993

1994

1995

1996

Bas St-Laurent

27

40

32

46

47

Saguenay-Lac-St-Jean

56

61

70

71

65

Québec

117

117

145

165

148

Mauricie, C.-du-Québec

115

101

112

103

119

Estrie

44

64

55

77

53

Montréal-Centre

281

290

258

284

309

Outaouais

58

64

61

61

56

Abitibi-Témiscamingue

42

34

34

49

43

Côte-Nord

21

24

25

35

32

Nord-du-Québec

3

6

2

4

5

Gaspésie-Î-de-la-Mad.

17

15

7

23

27

Chaudière-Appalaches

92

91

88

101

116

Laval

52

38

64

50

68

Lanaudière

64

55

64

73

69

Laurentides

76

71

82

97

84

Montérégie

183

230

189

200

206

Nunavik

3

10

3

3

15

Terres cries

Baie-James

5

2

0

0

1

Ensemble du Québec

1256

1313

1291

1442

1463

La figure 5 vise à mettre en lumière la différence entre le nombre de suicides et le taux de suicide. Cette figure présente, sous la forme de bâtonnets (histogramme), le nombre réel de suicide par région en 1996. La ligne brisée (courbe simple) montre le nombre de suicides calculé sur une population potentielle de 5000000 habitants. Habituellement, le taux de suicide est calculé pour une population de 100000 habitants. Cependant, pour faciliter la lecture de ce graphique qui se permet de comparer l'incomparable, il s'est avéré plus intéressant d'utiliser ce mode de présentation.

 

Figure 5
Nombre de suicides et taux de suicide par 500000
Québec, 1996

 

En comparant le nombre et le taux de suicide, on remarque que leur courbe respective n'évolue pas de façon parallèle. Ce qui frappe le plus, c'est la différence entre les régions peu habitées (Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Nord du Québec) et les régions très habitées (Québec, Montréal-Centre, Montérégie). Dans les premières, le taux de suicide (la ligne) est beaucoup plus élevé que le nombre (les bâtonnets), alors que dans les secondes (particulièrement à Montréal), c'est le contraire.

Ainsi, quand on analyse les données du suicide, il faut toujours tenir compte de cette double réalité : le taux et le nombre de suicides afin de mettre nos énergies aux bons endroits.


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