![]() |
Le suicide : comprendre et intervenirLa prévention la plus importante consiste d'abord à parler du problèmeCette deuxième partie élargit l'information à l'entourage des personnes suicidaires, c'est-à-dire les proches de la personne suicidaire et les personnes endeuillées suite à un suicide. Ce qu'ont en commun ces personnes avec la personne suicidaire, c'est le même besoin d'exprimer verbalement le lourd fardeau émotif engendré par la situation difficile. Est-ce possible de leur venir en aide? Comment pouvons-nous les soutenir? PARLER D'ABORD DU PROBLÈME veut également soulever une réflexion autour d'un aspect vécu par plusieurs personnes qui sont en relation d'aide: la notion de secret autour du suicide.
ENTRE LE SILENCE ET LE SECRETOù que nous nous trouvions dans la chaîne de relation humaine entourant la problématique du suicide (l'entourage d'une personne suicidaire, les membres de la famille, le ou la conjointe, les amis, les collègues de travail, les compagnons d'écoles, les professeurs, des voisins, ou même les intervenants professionnels), nous sommes fréquemment confrontés à une même réalité: celle du silence. C'est pourquoi il est essentiel de parler du suicide, de tenter de briser ce silence qui, malheureusement, entoure encore cette problématique. Une fois le contact établi avec la personne suicidaire, nous faisons face à une autre dimension du problème, celle du secret. En effet, la demande de secret survient lors de la confidence. Il s'installe entre la personne suicidaire et la personne à qui elle demande de l'aide (peu importe cette personne). Un processus identique prévaut dans le cas d'une personne endeuillée suite à un suicide ou d'un proche d'une personne suicidaire qui demande de l'aide. C'est donc dire que quand une personne franchit la première étape de se confier à quelqu'un pour parler de sa détresse et de sa douleur, il s'installe presque toujours un rapport exclusif entre deux personnes. Toutes les deux se verront enfermées dans une nouvelle forme de silence commandée par l'exigence du secret. - Est-ce possible d'ouvrir ce cercle d'enfermement sans perdre la confiance de la personne qui se confie, qui parle, qui demande enfin de l'aide? - Est-ce possible, sans trahir la personne, d'ouvrir à d'autres personnes signifiantes la possibilité de constituer un réseau d'aide essentiel? S'il n'y a pas de réponse évidente à ces questions, il faut toutefois entrevoir des possibilités d'action à notre portée pour que le soutien et l'entraide puissent jouer leur rôle. Du secret à la discrétionLa personne suicidaire est une personne en général isolée qui a une faible estime d'elle-même. La présence d'idées ou de comportements suicidaires l'amène généralement à craindre la réaction de ses proches. Quelquefois, elle accepte difficilement de se confier. Et lorsque nous gagnons sa confiance et qu'il est alors possible de l'interpeller de façon directe: « Est-ce que tu penses actuellement au suicide? » et « Pourquoi penses-tu au suicide? », elle est, de façon générale, disposée à nous répondre, mais souvent à une condition essentielle et exigée de sa part: « Peux-tu garder le secret ? » ou « Il faut que tu n'en parles à personne ». Cette promesse, qui nous place dans une situation embarrassante, est dangereuse. Nous nous sentons bien sûr honorés de la confiance qu'elle nous porte, mais aussi responsable d'une autre vie. Et si la personne se suicide, nous regretterons amèrement cette promesse. Porteur de son secret, nous aurons le sentiment d'avoir commis une erreur en refusant d'en parler à autrui pour lui venir en aide. Un besoin essentielPar cette promesse, ce que la personne suicidaire demande, c'est la discrétion. Et nous pouvons nous engager à être discret: « Je ne peux te faire la promesse de n'en parler à personne car pour t'aider, il faudrait demander de l'aide (un parent, un ami, le psychologue de l'école, le CLSC, le centre de prévention du suicide de la localité, etc.). Mais je peux te promettre d'être très discret; nous choisirons ensemble les personnes ou les ressources pouvant te venir en aide. » Toutefois, il est important de se rappeler que lorsque la vie d'une personne est en danger, il faut utiliser la confidentialité afin d'assurer la sécurité des personnes en crise. Le soutienMalgré la demande de garder le secret, il est possible d'établir un réseau d'aide nécessaire à une démarche de résolution adéquate en amenant la personne suicidaire à y collaborer. Les quelques questions suivantes peuvent servir à initier cette démarche: « As-tu déjà parlé de tes intentions suicidaires à une autre personne que moi? » « Comment cette personne a-t-elle réagi? », « Aimerais-tu lui en reparler? » Ou encore, « Près de toi, quelles sont les personnes qui pourraient t'aider? », « Accepterais-tu de leur en parler? » En installant ce contact, nous lui promettons un certain niveau de discrétion (confidentialité) tout à fait normal dans sa situation. Nous répondons adéquatement à sa demande, tout en évitant de nous retrouver isolés avec la personne et ses intentions suicidaires. Ce document © 1995-2004 AQPS, adaptation par Françoise Roy
|
|||||
|
|||||