Vis-à-vie, volume 8, no. 2, 1998

Que pouvons-nous faire pour prévenir le suicide chez les hommes ?

par Lucie Charbonneau


Voilà une question difficile à laquelle il n'existe encore aucune réponse simple ou facile. Faute de réponse, je vous convie à partager avec moi certains constats tirés d'écrits scientifiques glanés à gauche et à droite, portant sur les hommes et le suicide. Ces constats nous indiquent certains facteurs de vulnérabilité et de risque sur lesquels il serait possible d'agir selon les ressources de nos milieux respectifs et qui pourrient avoir un impact positif dans la prévention du suicide chez les hommes. À vous donc de chercher les réponses, selon vos moyens !

L'expression des affects

Hommes et femmes présentent des différences au niveau de leur santé mentale ainsi que de la perception et de l'interprétation des difficultés qu'ils rencontrent. Au niveau de la maladie mentale, les hommes vivent surtout des troubles de comportement, de paraphilie et des troubles explosifs. Ils extériorisent leurs affects. Les hommes suicidaires perçoivent leurs problèmes comme étant des problèmes sociaux et réfèrent aux programmes sociaux, au système légal, au système scolaire, etc.

Avec ces informations, que pouvons-nous faire pour prévenir le suicide chez les hommes ?

Au niveau de la demande d'aide

Les hommes éprouvent de la difficulté à reconnaître leurs problèmes et à demander de l'aide. S'ils éprouvent des problèmes (physiques ou mentaux), souvent, ils prolongent indûment l'attente avant de se décider à consulter. Trop souvent, pour eux, les difficultés représentent un véritable échec à leur virilité ou à l'image d'eux-mêmes.

Avec ces informations, que pouvons-nous faire pour prévenir le suicide chez les hommes ?

Réseau social (soutien)

Les réseaux masculins sont majoritairement composés de compagnons de travail et offrent peu de soutien émotif. Le réseau de soutien social des hommes (comme des femmes d'ailleurs) est en majorité composée de femmes. Les hommes sont très réticents à consulter le réseau d'aide formel. Ceci s'explique en partie par le fait que notre société (dont font partie les professionnels de la santé) est moins accueillante face aux hommes qui expriment ou vivent des difficultés. D'ailleurs les femmes qui ont des conjoints malades seraient moins satisfaites de leur relation conjugale que les maris ayant une femme malade.

Avec ces informations, que pouvons-nous faire pour prévenir le suicide chez les hommes ?

Socialisation et stéréotypes

Dans la perception masculine, la tentative de suicide est un comportement féminin et des jeunes hommes affirment qu'ils auraient honte de survivre à une tentative. Par contre, un suicide fatal est perçu comme un comportement masculin. Ces jeunes hommes de l'étude de Canetto (1997) étaient très critiques face aux personnes qui parlent de leurs idées ou tentatives alors que les jeunes femmes étaient plus empathiques à leurs pairs qui présentent des idéations. Pour les garçons il est honteux de révéler ses idées suicidaires et ils sont très sensibles à la désapprobation sociale face au suicide. Par ailleurs, pour eux, le suicide est un droit. Si ces constats américains s'appliquent chez nous, on constate l'ampleur de la tâche... Alors, avec ces information, que pouvons-nous faire pour prévenir le suicide chez les hommes ?

Différents facteurs liés au suicide

Ces différents facteurs se retrouvent dans tous les documents où l'on parle prévention du suicide.

Les hommes qui se suicident sont âgés entre 15 et 50 ans et utilisent, en général, des méthodes de suicide plus létales. L'abus de drogue et d'alcool, la présence de désordres psychiatriques ainsi que des difficultés au niveau de l'identité ou de l'orientation sexuelle augmentent les risques de passage à l'acte. Les transitions écologiques se présentent comme des périodes particulièrement critiques : entrée ou fin des études, chômage, incarcération, divorce, retraite, etc.

Avec ces informations, que pouvons-nous faire pour prévenir le suicide chez les hommes ?

Nous disions donc : « Que faire ? »

Je crois qu'il faut poursuivre nos recherches, nos lectures, nos réflexions afin de connaître et de comprendre les facteurs associés au suicide chez les hommes. Il faut également se baser sur les connaissances déjà acquises pour passer à l'action, modifier nos pratiques. Il est essentiel de prendre le temps d'échanger avec les organismes de nos milieux et d'évaluer nos ressources, nos modes d'intervention, notre potentiel afin de mettre en place des actions concertées. Le colloque de juin prochain permettra ce type d'échanges essentiels à l'avancement de notre pratique et j'ai bien hâte de vous y rencontrer.


Bibliographie

Belle, D. (1987). Gender differences in the social moderators of stress in Barnett RC R Bierne L. (Eds). Gender and Stress (pp. 257-277). New-York : The Free Press.

Burman B. & Margolin G. (1992). Analysis of the association between marital relationship and health problems ; an interactional perspective. Psychological Bulletin, 112(1), 39-63.

Canetto, S.S. (1997). Meaning of gender and suicidal behavior during adolescence. Suicide and Life threatening Behavior, 27(4), 339-351.


Lucie Charbonneau
CRISE

 


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