Vis-à-vie, volume 8, no. 3, 1998

Table ronde sur le thème « Suicide et téléromans »

Compte-rendu par l'Association québécoise de la prévention du suicide


La question du traitement du suicide dans les téléromans est une préoccupation quotidienne pour quiconque s'intéresse à la prévention. Au cours du colloque, une table ronde réunissant trois auteurs de téléromans et deux membres du CRISE nous a permis de discuter d'une partie de la question, soit celle du suicide dans les téléromans. Nous ne rapportons ici qu'une partie de la discussion, soit celle portant sur l'impact que peut avoir le suicide ou une tentative de suicide dans un téléroman.

Les participants à la table ronde étaient : Guy Fournier, auteur entre autres de Jamais deux sans toi, Les héritiers Duval et Entre Ca'dieux; Sylvie Lussier, co-animatrice de l'émission Bête pas bête et co-auteure avec Pierre Poirier du téléroman Quatre et demi; Guy A Lepage, auteur réalisateur et comédien de la série Un gars une fille; Lucie Charbonneau, membre du Crise s'intéressant particulièrement au suicide chez les hommes et Brian Mishara, directeur du CRISE.

La position des auteurs est claire. Ils sont évidemment bien conscients qu'il peut y avoir un impact lorsqu'ils abordent une problématique sociale, dont le suicide. Ils considèrent que le suicide est une réalité et qu'à ce titre, la télé étant une fenêtre sur certaines parties de notre réalité, ce serait de la censure que d'éviter complètement d'en parler.

« (..) faire mourir un personnage est une décision importante; si on décide de le faire, c'est parce que on a une histoire à raconter. En tant qu'auteur, on le fait parce que l'histoire mène à ça (...) Si la télé ne reflète pas ce qui se passe dans la réalité, on se ferme les yeux. » Guy A Lepage . « (...) et on devrait réviser le document Le suicide comprendre et intervenir, où on nous répète qu'en ce qui concerne la problématique du suicide, la première chose à faire, c'est d'en parler. » Guy Fournier.

Du côté des chercheurs comme de celui des participants, on semble assez d'accord pour dire qu'on ne doit pas exercer de censure mais que les auteurs devraient, par contre, s'ils veulent vraiment refléter la réalité, montrer correctement toute l'ambivalence d'un geste suicidaire, tous les efforts qui peuvent avoir été faits avant d'en arriver là et toute l'horreur du geste en tant que tel ainsi que de l'impact sur l'entourage. Bref, on trouve que la complexité et la nature multi-factorielle d'une crise suicidaire n'est jamais clairement montrée à la télé et que c'est cette vision partielle de la réalité qui peut contribuer à la banalisation et à la romantisation des conduites suicidaires. Lucie Charbonneau a surtout insisté sur le fait que la simplification des gestes suicidaires dans les téléromans et le grand manque de mise en contexte renforce la tolérance de la société face au suicide dans le sens de l'acceptation des gestes suicidaires comme réponse à des difficultés.

Monsieur Mishara soulignait pour sa part que si nous disposons de données sur l'impact du traitement médiatique de suicides de personnes réelles, peu de recherches se sont intéressées jusqu'à maintenant au suicide de personnages fictifs. Ce qu'on peut conclure des données dont on dispose, c'est que les médias ont une influence; et ce du seul fait qu'ils sont disponibles pour la quasi-totalité de la population mais on ne sait pas encore grand chose sur l'influence que peut avoir le suicide dans les téléromans. Ce que l'on suppose, c'est que l'impact est potentiellement négatif pour les personnes vulnérables, en crise suicidaire au moment du visionnement d'un épisode où il y a geste suicidaire.

Au moment des questions et commentaires des participants, l'intervention de Madame Anne-Marie Carrière est peut-être celle qui résumait le mieux ce que nous pouvons conclure de cette partie du débat. Elle émettait l'opinion que le spectateur n'est pas qu'un récepteur passif qui gobe tout ce qu'il reçoit sans analyse critique et qu'en ce sens, on s'inquiète parfois peut-être trop (ce qui allait dans le même sens qu'une intervention de Guy A Lepage rappellant qu'à la télévision, il y avait aussi des émission d'information et d'intérêt public comme Découvertes, Droit de parole, Le point, Le match de la vie, etc. qui apportent un éclairage et des informations factuelles accessibles à tous). Madame Carrière concluait donc que le danger ce n'est pas de parler de suicide, c'est de trop simplifier le discours et l'auteur, avec son droit d'expression a aussi des responsabilités. Un scénariste décidant d'utiliser la problématique du suicide devrait se faire un devoir de le faire comme il faut et d'offrir des alternatives au suicide à l'intérieur même du scénario.

Un début de débat fort intéressant et très certainement à poursuivre...

 

Association québécoise de la prévention du suicide

 


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