Vis-à-vie, volume 8, no. 3, 1998

Conférences de clôture : Plein l'dos

Conférences de Marie-Josée d'Amours et Brian Mishara
Compte-rendu par l'Association québécoise de la prévention du suicide


Pour terminer le colloque, Marie-Josée D'Amours et Brian Mishara ont présenté le programme Plein l'dos et les résultats de la recherche qui visait à en évaluer l'impact.

Contexte de la recherche

Depuis que Marie-Josée D'Amours a présenté son projet à un groupe de collègues lors d'une journée d'échange organisée par le CPS de Québec, il y a quelques années, plusieurs personnes et plusieurs organismes ont démontré leur intérêt face à ce programme et l'ont utilisé.

Dans certains cas, le programme a été adapté pour répondre aux besoins spécifiques des milieux scolaires visés.

Il y avait donc, au début de 1996, quelques versions du programme Plein l'dos. Un processus d'évaluation a été mis en branle. Cette évaluation devait comparer les effets des différentes versions du programme en plus de tenir compte des résultats obtenus chez un groupe témoin qui ne bénéficierait pas du programme. Cette évaluation visait quatre groupes:

L'équipe de recherche a donc interrogé 723 enfants (715 au post-test) à l'aide d'une grille d'entrevue semi-structurée.

Les chercheurs ont conçu les questions de l'entrevue pré-test et post-test à partir des objectifs du programme Plein l'dos et ont ajouté des questions sur le suicide et les idées suicidaires possibles des enfants interrogés.

Les objectifs du programme Plein l'dos :

Résultats

D'abord, on a pu constater que les enfants aiment parler de n'importe quoi, ce sont bien souvent les adultes qui ont des craintes. Malgré le fait qu'au début de chaque entrevue, on spécifiait bien à l'enfant qu'il pouvait refuser de répondre ou arrêter l'entrevue quand il le voudrait, aucun n'a fait de telles demandes.

Les chercheurs ont donc amassé une grande quantité de données qui continuent à être analysées et qui seront présentées dans un rapport officiel. Nous présenterons ici, brièvement, les premiers résultats à retenir.

La première question que se posaient les utilisateurs du programme Plein l'dos et évidemment les chercheurs était la suivante : Pour tous les enfants qui ont bénéficié du programme, y a-t-il des changements significatifs par rapport aux objectifs du programme ?

Il semble que pour l'ensemble des enfants, il n'y ait pas grand chose de changé; on note une augmentation du nombre de sources d'aide identifiées comme ressources potentielles pour un ami suicidaire. C'est tout ce qui peut être soulevé comme changement significatif pour l'ensemble des enfants.

Un effet positif du programme Plein l'dos, dans sa version incluant un travail à la maison à faire avec un parent, mérite d'être mentionné. Pour ce groupe, il y a une augmentation significative de la mention « parler à un parent pour obtenir de l'aide » entre le pré-test (12 % ) et le post-test (50 %) . Cet effet est absent dans tous les autres groupes.

Sous-groupe d'enfants ayant déjà réfléchi au suicide

Parmi les enfants interrogés, 10 à 15 % ont déjà pensé au suicide. Ce ne sont pas des enfants suicidaires (sauf dans 6 cas).

Dans ce groupe d'enfants que nous dirons plus sensibles à la problématique du suicide, plusieurs effets ont été relevés :

Conclusion : Le programme Plein l'dos a-t-il des effets ?

Si on vise à changer les connaissances et les habiletés d'une grande proportion des participants à ce programme, il n'y a pas d'indication que ce programme attteint de tels objectifs. D'autre part, il importe de spécifier qu'il n'y a pas la moindre suggestion nulle part que ce programme aurait des effets négatifs.

Même s'il n'y a pas d'effet significatif pour la majorité des enfants, il y a des effets positifs dans le sous-groupe d'enfants ayant déjà pensé au suicide non suicidaires, non à risque. L'application du programme Plein l'dos s'avère donc avoir des effets positifs pour ce groupe.

Cependant, il est évident que le travail à domicile sur la résolution de problèmes a un effet important : il s'agit d'un exercice puissant pour ouvrir la communication parents-enfants qui mérite d'être intégré à un tel programme.

Selon Brian Mishara, l'absence d'effets significatifs chez une plus grande proportion des enfants est possiblement une question de dosage. À l'intérieur de deux périodes de 45 minutes même le meilleur contenu du monde est insuffisant. Le développement de séries beaucoup plus nombreuses d'activités de ce type aurait probablement un effet plus grand.

À suivre...

 

Association québécoise de la prévention du suicide

 


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