La revue le Vis-à-vie, vol. 9 nº 1, 1999
Le thème de ce numéro est « Le suicide chez les personnes âgées ».
La dépression chez les personnes âgées
Extraits d'un article de Jane E. Brody paru dans le New York Times du 3 novembre 1998.
Traduction de Claude Saint-Georges
La dépression chez les personnes âgées est un problème peu reconnu et peu traité qui diminue la qualité de vie pour des milliers de personnes qui, autrement, pourraient profiter agréablement de leur retraite. Le phénomène touche à la fois les personnes âgées qui vivent en institution et celles qui demeurent chez elles. Des experts américains estiment que 90 % des personnes âgées en dépression ne reçoivent aucun traitement pour leur condition.
Ces mêmes experts prétendent qu'une personne âgée sur six présente des symptômes de dépression et qu'un million d'Américains âgés souffrent de dépression sévère pouvant conduire au suicide. Entre 1980 et 1992, le taux de suicide chez les 65 ans et plus a progressé de 9 pour cent. Chez les 80 à 84 ans, le taux a augmenté de 35 pour cent.
La majorité des personnes âgées qui se suicident voient leur médecin dans le mois qui précède leur geste et 40 % dans la semaine qui le précède. Rarement le médecin détecte le risque du suicide avant qu'il ne soit trop tard.
L'incapacité de traiter la dépression chez les personnes âgées est coûteuse. Elle conduit à la perte de l'autonomie et de la capacité de vivre seul, ce qui entraîne des pressions sur les familles. La dépression augmente la probabilité que des problèmes de santé physique apparaissent ou s'aggravent. Les personnes âgées déprimées visitent davantage le médecin, ont recours à plus de tests médicaux et ont des séjours plus longs à l'hôpital. Elles sollicitent également plus de contributions de leur entourage et de la société pour une foule de besoins liés à la vie quotidienne.
Le traitement de la dépression chez les personnes âgées se heurte à un ensemble de préjugés et de mythes qui sont présents autant chez les professionnels que dans leur entourage.
Mythe. Il est naturel de devenir progressivement plus déprimé en vieillissant.
Réalité. Selon Barry Liebowitz, un expert des désordres émotionnels liés au vieillissement, du National Institute of Health : "La dépression n'est pas le résultat du processus naturel du vieillissement et ne devrait pas être considérée comme normale. Le vieillissement en soi ne cause pas la dépression."
Mythe. Bien sûr les personnes âgées dépriment, elles ont à subir le deuil de leur conjoint et de leurs amis.
Réalité. Le décès du conjoint, de compagnons de vie et de grands amis provoquent de grandes tristesses et parfois une dépression. Mais à tout âge, la personne qui a de bonnes ressources mentales s'en sort dans l'année qui suit le deuil et, avec de l'aide, retrouve ses moyens et sa capacité de jouir de la vie. Par ailleurs, la dépression non traitée entraîne l'isolement social lequel exacerbe la dépression.
Mythe. Il y a tant de problèmes de santé physique liés au vieillissement, n'est-il pas normal que les personnes âgées soient déprimées?
Réalité. À tous les âges, les personnes qui disposent d'une bonne santé mentale et qui vivent avec une déficience physique ou une maladie chronique apprennent à s'adapter à leurs limitations et à retirer de la vie ce qu'elle a de mieux à leur offrir. Ce n'est pas tant la maladie qui cause la dépression, c'est la dépression qui accroît le risque de maladie, de déclin fonctionnel et même de démence.
Parfois cependant, les conséquences biologiques d'un problème de santé (et non pas la réaction émotionnelle à la maladie) ou encore la médication utilisée pour traiter un problème de santé physique peuvent causer la dépression. Par exemple, près de 40 % des personnes qui ont subi un attaque coronarienne connaissent des changements biochimiques au cerveau qui entraînent la dépression. Certains experts soupçonnent que des personnes âgées deviennent déprimées à la suite d'incidents cardiaques non diagnostiqués.
Détection et traitement
À tout âge, la dépression est difficile à diagnostiquer en raison de la multiplicité des causes et des symptômes. Chez les personnes âgées, le portrait est souvent compliqué par la coexistence de problèmes physiques sévères qui masquent la dépression. Trop souvent la dépression est ignorée parce qu'elle serait compréhensible en regard des autres problèmes de santé qui confrontent la personne.
Que la dépression soit déclenchée par la mort du conjoint, un problème cardiaque ou toute autre cause non décelée, l'assistance professionnelle est requise. Dans tous les cas, la sortie de la dépression facilite le retour au fonctionnement normal pour la personne.
Chez les personnes âgées, les symptômes classiques de la dépression (la profonde tristesse et l'absence de plaisir au contact de personnes et d'activités que l'on affectionne) sont souvent remplacés par de l'apathie et de l'irritabilité, un désintérêt envahissant pour la vie et pour ce qu'elle offre. D'autres repères de la dépression chez les personnes âgées sont la difficulté de concentration, les pertes de mémoire, la perte d'appétit, la diminution de l'énergie physique. Ces symptômes peuvent facilement être assimilés à des signes du vieillissement et ainsi être ignorés.
Le Dr Leibowitz, dans The Decade of the brain, un ouvrage publié par la National Alliance for the Mentally Ill, explique que la dépression présente des aspects chroniques et récurrents et qu'elle requiert des soins à long terme, accompagnés de modifications aux habitudes de vie et, généralement, de changements aux aspects environnementaux de la personne. Le soutien social, particulièrement des membres de la famille, est déterminant.

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