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La revue le Vis-à-vie, vol. 9 nº 2, 1999

Le thème de ce numéro est « Quelques réflexions sur la prévention du suicide chez les jeunes ».

Réflexions sur la prévention du suicide chez les jeunes

Réal Labelle, Ph.D.
Professeur à l'UQTR


Question

Qu'aimeriez-vous dire aux intervenants qui travaillent auprès des jeunes en prévention du suicide, sachant que plusieurs d'entre eux se demandent quoi faire ?

Réponse

On aimerait leur dire, tout simplement, d'être secourable et d'être attentif à la souffrance de ces jeunes.

D'abord, être secourable suppose un savoir-être et un savoir-faire. Porter assistance demande respect et authenticité. Ces jeunes cherchent autour d'eux des personnes-ressources qui s'intéressent à eux, qui estiment leur individualité, qui croient en leur bonne volonté et qui se préoccupent du caractère confidentiel des confidences. Plus encore, ces jeunes ont besoin d'être en face d'adultes " vrai ", capables de contact direct et personnel. Venir à la rescousse de jeunes en proie au désespoir sous-tend aussi des habiletés en relation d'aide de la part de l'aidant. On réfère ici à la capacité d'accueil et de recueil d'information. On n'insistera jamais assez sur les habiletés de communication et d'évaluation de l'intervenant. Aller à la rencontre de l'autre et entrer en relation avec autrui exigent une présence, une écoute et une empathie hors pair. Comment avoir accès à l'expérience suicidaire d'un jeune, si l'aidant ne parvient pas à maîtriser les éléments essentiels l'amenant à pénétrer l'univers souffrant de celui-ci ?

Par ailleurs, il semble important de bien faire l'arrimage entre les problèmes ciblés et les services à offrir. À cet égard, la grille de Blumenthal et Kupfer (1988) est très utile. Rappelons brièvement son fonctionnement. Au niveau I, le jeune apparaît plus vulnérable qu'à l'accoutumé et ce, en raison de tracas quotidiens importants (par exemple., divorce des parents, etc.). À ce stade-ci, toute personne significative peut aider le jeune à développer ses habiletés de résilience (voir à ce sujet l'article de Joseph, 1994). Au niveau II, le jeune présente des problèmes psychologiques (p. ex., état dépressif, etc.) qui nécessitent une intervention plus poussée. À cette étape-ci, l'intervention d'un psychologue ou d'un médecin est souhaitable afin d'envisager des interventions professionnelles. Enfin, au niveau III, le jeune affichant un trouble psychiatrique (p. ex., schizophrénie, etc.) exige l'aide d'un spécialiste, en l'occurrence d'un médecin-psychiatre, pour traiter le trouble mental.

Ensuite, être attentif à la souffrance du suicidaire semble primordial en intervention. À l'instar de Shneidman (1999), nous considérons le suicide non pas comme un problème mais comme une solution à une existence insupportable. Tout vestige d'espoir est disparu et toute délivrance d'une douleur implacable est impensable. Dans ce contexte, pour comprendre l'expérience suicidaire, l'intervenant doit comprendre chez le jeune sa souffrance et son seuil de tolérance à la douleur psychologique. Il doit alors s'attaquer à l'angoisse et tenter de la neutraliser. Il doit parvenir à créer un espace dans lequel le jeune arrive à la certitude qu'un éventuel soulagement à sa souffrance est possible. Pour ce faire, il faut permettre au jeune d'explorer sa souffrance en trouvant des moyens pour l'altérer et de le confronter expérientiellement à sa propre mort. Ce processus semble salvateur et semble mener à une transformation saine (pour plus d'information, voir Bordeleau, 1997). Toutefois la prudence est de mise. Trop souvent les aidants ont l'impression d'avoir été vérifier la souffrance du jeune en se réfugiant derrière des rationalisations qui les amènent à se satisfaire de questions binaires comme : "Avez-vous l'intention de mourir, oui ou non ?" Or, l'essentiel se retrouve à cette enseigne : " Où souffrez-vous et comment puis-je vous aider à diminuer cette souffrance ? ".

Si ce secourisme et cette attention à l'égard de la souffrance humaine apparaissent comme des éléments fondamentaux à considérer auprès des jeunes suicidaires, il n'en est pas moins possible qu'il y ait d'autres facteurs. Lesquels ? L'expérience de chacun dans le domaine et les nombreux travaux publiés, ou en cours, ont sûrement autres choses à dire à cet effet.

Notes

Blumenthal, S.J. & Kupfer, D.J. (1988). Overview of early detection and treatment strategies for suicidal behavior in young people. Journal of Youth and Adolescence, 17(1), 1-23.

Bordeleau, D. (1997). Face au suicide, l'expérience suicidaire, perspective archétypale. Beauport Québec : Publications MNH inc.

Joseph, J.M. (1994). The resilient child : preparing today's youth for tomorrow's world. New York : Plenum Press.

Shneidman, E.S. (1999). Le tempérament suicidaire, risques, souffrances et thérapies. Bruxelles : De Boeck Université.

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 (Rév. 30/09/01