La revue le Vis-à-vie, vol. 9 nº 3, 1999
Le thème de ce numéro est « Suicide et maladie mentale ».
Un modèle écologique
Jean Caron, Ph.D.
Professeur au département des sciences du comportement, Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue
Professeur invité au Centre de recherche de l'Hôpital Douglas, Département de psychiatrie Université McGill
Membre du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie, Université du Québec à Montréal
La théorie d'accession et de préservation des ressources développée par Caron (1996) s'appuyant sur les travaux de Selye (1974) et de Dohrenwend et Dohrenwend (1978), a comme postulat de base que l'être humain, comme tout être vivant, a besoin d'accéder et de préserver des ressources matérielles et sociales, lesquelles lui permettront de maintenir son intégrité biologique et de favoriser son développement. L'accessibilité aux ressources et leur préservation est fonction de la capacité d'exercer des rôles dans quatre écosystèmes : la famille, l'école ou le travail, les activités de loisirs, lesquels sont englobés dans l'écosystème communautaire. Enfin la qualité de ces écosystèmes est affectée par des conditions économiques, culturelles, politiques et physiques.
Selon ce modèle, des perturbations apparaissent chez l'être humain suite à l'accroissement du stress psychologique. Les symptômes qui peuvent être transitoires ou s'incruster de façon pathologique proviendraient de l'incapacité d'accéder aux ressources matérielles et socio-affectives des écosystèmes ou de les préserver. Plusieurs facteurs peuvent alors être en cause, seuls ou en interactions, soient : 1- la pauvreté en ressources des écosystèmes, 2- des perturbations dans les écosystèmes qui entraînent des pertes en ressources ou encore qui en empêchent l'accès de façon temporaire, 3- l'incapacité à produire les compétences instrumentales ou cognitives nécessaires à l'accomplissement des rôles attendus dans les écosystèmes, 4- des prédispositions biologiques rendant l'individu plus sensible à l'effet du stress généré dans ses efforts d'exploitation des ressources.
Dans le cas du suicide, la symptomatologie apparaissant serait de nature dépressive ou apparentée à celle-ci et principalement caractérisée par des sentiments d'impuissance et de perte d'espoir de retrouver des ressources perdues ou d'accéder à de nouvelles ressources, perçues essentielles à la survie.
Références
Caron, J. (1996). Una teoria ecologica de la intervencion comunitaria: acceso y conservacion de los recursos. Intervencion psicosocial, 14, 53--68.
Dohrenwend, B. P., Dohwenrend, B. S. (1978). Some issues on research on stresssful life events. Journal of Nervous and Mental Disease, 166, 7-15.
Selye, H. (1974). Stress sans détresse. Montréal : Édition La Presse.

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