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i Revenir i Documentation i Le Vis-à-vie i Volume 9 i Nº 3 article 6  
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La revue le Vis-à-vie, vol. 9 nº 3, 1999

Le thème de ce numéro est « Suicide et maladie mentale ».

Suicide et maladies mentales : peut-on se permettre de ne pas faire de liens ?

Brigitte Lavoie
Directrice générale, Suicide-Action Montréal


Comme beaucoup d'autres, j'ai été ébranlée par certains résultats de recherche indiquant qu'un pourcentage élevé de personnes suicidées avaient eu, dans l'ordre, des symptômes de dépression et des problèmes de toxicomanie. Bien sûr, ces résultats décrivent le profil des suicidés, il faut néanmoins éviter de les généraliser à toutes les personnes suicidaires. Mais si on veut avoir un impact réel sur les taux de suicide, peut-on nier le profil de ceux qui sont maintenant décédés ?

À Suicide-Action Montréal, nous avons discuté des conséquences de ces résultats. La réflexion n'est pas terminée. Nous profitons cependant de ce Vis-à-vie pour partager certains éléments de réflexion, en espérant qu'ils pourront contribuer au débat.

Un lien sans conséquences ?

Au cours de différentes discussions, nous avons entendu plusieurs membres de l'AQS mentionner que si les journalistes et les politiciens s'emparaient de ce lien «suicide égale maladie mentale», il en pourrait en résulter des conséquences négatives importantes. La première, c'est le danger de la déresponsabilisation de la famille, des proches. Il y a plus de 20 ans qu'on tente de faire en sorte que tous se sentent concernés, reconnaissent les signes et agissent. Est-ce qu'on ne prend pas le risque que l'entourage ait l'impression qu'il ne peut rien faire ?

On peut s'inquiéter aussi que la psychiatrie ou la médication soient perçues comme les seules réponses possibles au phénomène du suicide. Il y a aussi le danger que l'on n'intervienne pas auprès des personnes qui menacent de se suicider, si elles ne présentent pas d'autres symptômes. Un autre danger, c'est celui de la stigmatisation des personnes suicidaires. Toutes ces inquiétudes constituent des raisons bien légitimes pour polariser le débat, pour s'inquiéter et vouloir démontrer que les tenants de cette position ont tort, parce qu'ils décrivent une partie de la réalité seulement.

Nous partageons ces préoccupations et il faut certainement en tenir compte pour que le message diffusé publiquement ne porte pas autant de conséquences négatives. Mais nous croyons aussi qu'il y a encore plus de conséquences négatives à polariser le débat.

Se rapprocher pour solutionner

Nous croyons qu'une partie de la solution réside dans un rapprochement entre les tenants des différentes positions. Au cours des dernières années, il y a eu un rapprochement entre les intervenants qui travaillent auprès des hommes et ceux qui ont toujours eu comme intérêt la prévention du suicide. Ce rapprochement a permis d'identifier des pistes de solutions communes. Même s'il n'y a pas que des hommes qui pensent au suicide, nous ne pouvions pas rester indifférents au fait qu'un plus grand pourcentage d'hommes se suicident. Il fallait réviser nos pratiques pour avoir un impact sur les taux de suicide.

Certains éléments nous font croire qu'un rapprochement entre les intervenants qui ont à coeur la prévention du suicide et ceux qui se préoccupent de maladie mentale est aussi souhaitable, peut-être même indispensable. Et il y a des indices qu'un tel rapprochement est en train de se réaliser.

Au cours de la dernière année, le C.P.S. de Québec a organisé une conférence sur le suicide et la dépression, celui de St-Jérôme en a tenu une sur les troubles de personnalité et le suicide. Voici des exemples qui démontrent que les centres de prévention du suicide se questionnent et font des liens théoriques et pratiques sur la question. Quand on regarde également la liste de signes précurseurs de suicide présentés depuis longtemps dans les formations de base sur l'intervention de crise, on constate que plusieurs de ces signes correspondent aux symptômes de dépression. Sommes-nous si loin de ceux qui se préoccupent de santé mentale ? Nous les appelons des signes précurseurs, eux les nomment des symptômes. Peut-être y a-t-il avantage à s'asseoir avec eux plutôt que de poursuivre le débat sur la place publique, endroit où nos paroles sont souvent reprises sans nuance.

Ce que S.A.M. a décidé de faire

À S.A.M., nous souhaitons que notre action ait un impact sur les personnes les plus à risque de se suicider. C'est en fonction de ces groupes que nous allons évaluer nos pratiques. Nos actions découlent en effet des réponses à un certain nombre de questions. Est-ce que ce que nos services rejoignent les clientèles qui sont les plus susceptibles de se tuer ? Est-ce qu'une intervention spécifique est nécessaire pour les aider ? Est-ce que nos formations atteignent les intervenants travaillant auprès de ces clientèles ? Qui sont les partenaires avec lesquels nous devrions développer des liens pour exercer un impact maximal sur ces groupes ? En travaillant avec ces partenaires, nous souhaitons mieux comprendre leur position, nous souhaitons également leur faire mieux comprendre la nôtre et les faire profiter de notre expertise. Nous espérons, également, développer un message qui tiendra compte de nos préoccupations respectives.

Après 15 années d'existence, S.A.M. réaffirme sa mission de prévenir le suicide et ses impacts. Pour avoir une portée sur les taux de suicide, nous comptons non seulement offrir des services de qualité, mais nous souhaitons également travailler avec d'autres intervenants qui détiennent une partie de la solution.

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 (Rév. 02/10/01