i i
i
i
ACCUEIL  ACTIVITÉS  AIDE et RESSOURCES  DONS  DOCUMENTATION  NOUVELLES  MEMBRES  ENGLISH 
i
i
i
i Le suicide...
i
i
i
i La revue le Vis-à-vie
i Volume 14
i Volume 13
i Volume 12
i Volume 11
i Volume 10
i Volume 9
i Nº 3 article 10
i Volume 8
i
i
i
i Des outils pour la vie
i
i
i
i Les dossiers
i
i
i
i Les publications
i
i
i
i Les thématiques
i
i
i
i  
i
i
i
i Pour commander
i
i
i
i
i
Recherche
i

 
i
i Recherche avancée
i

i
i Revenir i Documentation i Le Vis-à-vie i Volume 9 i Nº 3 article 10  
i

La revue le Vis-à-vie, vol. 9 nº 3, 1999

Le thème de ce numéro est « Suicide et maladie mentale ».

Les troubles mentaux comme facteurs de risque des suicides complétés : les apports de la technique d'autopsie psychologique

Richard Boyer, M.A. (Soc.) Ph.D.
Chercheur, Centre de recherche Fernand-Seguin
Directeur scientifique, Centre de recherche de l'Institut universitaire de gérontologie sociale du Québec
Chercheur agrégé, Université de Montréal


L'un des plus intenses débats au Québec dans le domaine de la la prévention du suicide est, sans contredit, celui concernant le rôle des troubles mentaux dans la dynamique du suicide. Cet article a pour objectif de faire état des connaissances scientifiques sur cette question en partant des études menées avec la technique d'autopsie psychologique. Pour bien situer cette question, il est essentiel de définir les deux principaux concepts mis en relation et de poser les paramètres de cette discussion.

Deux concepts bien définis

La problématique du suicide est très complexe. Nous n'avons qu'à penser qu'aux différentes variantes de ce phénomène qui, souvent, s'entrecoupent au niveau conceptuel. Toute démarche scientifique doit donc poser explicitement le domaine à l'étude. Le chercheur a la responsabilité d'informer le lecteur de ses référents conceptuels, tandis que le lecteur, lui, doit s'y restreindre afin de bien interpréter les résultats des recherches. Il est donc important de mentionner ici que nous ne faisons référence qu'au suicide complété. Il en est de même pour la définition du concept de trouble mental. Nous ne nous référons ici qu'au concept de troubles mentaux tels que définis par l'Association américaine de psychiatrie.

Société vs individus

Enfin, il est aussi très important de réaliser que l'hypothèse des troubles mentaux, facteurs de risque dans le suicide complété, est tirée d'autopsies psychologiques. Celles-ci ont tenté d'identifier les caractéristiques des personnes qui se sont suicidées, en les comparant souvent aux caractéristiques de d'autres groupes d'individus qui ne sont pas suicidés. Ces recherches ne peuvent donc pas être utilisées pour comprendre le phénomène des suicides complétés au niveau social. Par exemple, ces études n'ont pas la prétention d'expliquer pourquoi le taux de suicide est plus élevé au Québec que dans d'autres provinces ou d'autres pays, ni d'établir pourquoi certains sous-groupes de la population se suicident davantage. Il est incorrect de tenter d'expliquer des phénomènes individuels simplement par des phénomènes observés au niveau social, tout comme il est périlleux de faire la sociologie du suicide uniquement avec des données individuelles. En corollaire, les données individuelles seront utiles pour identifier des solutions pour des individus alors que les analyses sociologiques seront plus utiles pour identifier des solutions au suicide à titre de problème sociétal.

La technique des autopsies scientifiques

La relation entre troubles mentaux et suicide complété trouve ses évidences scientifiques les plus solides dans des études menées à l'aide de la technique de l'autopsie psychologique. Cette méthode de collecte de données désigne l'ensemble des techniques visant à reconstruire les circonstances psychologiques et sociales entourant le décès d'une personne suicidée. La collecte de données s'effectue en entrevues face à face avec des personnes ayant très bien connu les personnes décédées. L'information ainsi obtenue est souvent complétée par l'examen des dossiers médicaux et judiciaires de la personne décédée.

Au cours des trois dernières décennies, on peut répertorier plus de 25 études américaines ou européennes menées à l'aide de cette technique. Dès 1959, Robins et ses collaborateurs réalisent à St-Louis l'une des premières études de ce type. Ils rapportent que 94 % de l'échantillon souffraient d'une maladie mentale au moment du suicide. Un peu plus de la moitié de ces personnes souffraient de dépression et à peu près un tiers, d'éthylisme chronique. La très forte majorité des recherches réalisées par la suite confirme que chez les jeunes adultes et les adolescents, les troubles mentaux sont des facteurs de risque significatifs dans le suicide complété.

Il faut cependant reconnaître que les premières études ne sont pas parvenues à contrôler plusieurs biais potentiels propres à cette technique de collecte de données auprès de tierces personnes. Cependant, au fur et à mesure que progressait leur expérience de cette technique, les chercheurs en la prévention du suicide sont parvenus à contrôler systématiquement la plupart de ces biais et la qualité de ces recherches n'a cessé de progresser. Sur la base de ces expériences et des limites méthodologiques observées dans ces recherches, Clark et Horton-Deutsch (1992) ont énoncé les règles essentielles pour mener ces études avec un maximum de fiabilité et de validité.

De nouvelles bases

L'étude québécoise de Lesage et collaborateurs (1994) menée à l'aide de cette technique de recherche est l'une des plus récentes à ce jour. Elle a donc pu profiter de l'expérience passée et faire progresser plusieurs éléments de cette technique de recherche. Le devis de recherche cas-témoin de l'étude (suicides complétés vs accidentés de la route et personnes toujours vivantes) situe cette recherche à la fine pointe des autopsies psychologiques.

Les résultats de cette recherche sont congruents avec ceux de d'autres recherches réalisées sur la base d'autopsies psychologiques, tant pour l'ensemble des troubles mentaux que pour des troubles mentaux spécifiques. Les auteurs rapportent que plus de 90 % des cas de suicide présentaient un trouble psychiatrique dans les six mois précédant leur suicide. Cette prévalence est significativement différente de celles qui ont été observées au sein des deux groupes témoins. La dépression majeure, l'abus ou la dépendance aux substances psychoactives, la schizophrénie et le trouble de personnalité limite sont les principales psychopathologies impliquées dans le suicide. La forte co-morbidité dans les cas de suicide renforce le concept clinique de la triade létale : dépression, dépendance aux substances psychoactives et trouble de la personnalité (Blumenthal, 1988). L'étude réitère aussi le fait que la tentative de suicide constitue un facteur de risque important. Seuls les suicidés avaient fait une tentative au cours des six mois précédant leur décès. Sur une plus longue période, 40 % des cas de suicide avaient fait une tentative au cours de l'année antérieure à leur décès, comparativement à moins de 2 % chez les personnes victimes d'accidents de la route et chez les sujets témoins de la population générale.

Les autopsies psychologiques : un outil de prévention

Ces données indiquent que les intervenants en prévention du suicide doivent absolument prendre ces résultats de recherche en considération afin de mieux évaluer le risque suicidaire d'un individu. Cela implique qu'ils doivent être adéquatement renseignés sur les multiples aspects des troubles mentaux. Des efforts supplémentaires devraient être faits afin d'aider les intervenants à dépister rapidement et efficacement la présence d'un trouble mental chez les personnes faisant appel à leurs services.

Références

Blumenthal, SJ. (1988). Suicide : a guide to risk factors, assessment, and treatment of suicidal patients. Medical Clinics of North America. 72, 937-971.

Clark, DC. Horton-Deutsch SL. (1992) Assessment in Absentia :the value of the psychological autopsy method for studying antecedents of suicide and predicting future suicides. pp. 144-182. In R.W. Maris, A.L. Berman, J.T. Maltsberger, R.I. Yufit (eds) Assessment and prediction of suicide. The Guilford Press, New York, 697p.

Lesage, A., Boyer, R., Grunberg, F., Vanier, C., Morissette, R., Ménard-Buteau, C., Loyer, M. (1994) Suicide and mental disorders : A case control study of young men. American Journal of Psychiatry. 151:7.

Robins, E. et al. (1959). The communication of suicide intent : A study or 134 consecutive cases of successful (completed) suicide. American Journal of Public Health. 49: 888-889.

i
 
i
 (Rév. 03/10/01