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La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 1, 2000

Le thème de ce numéro est « Spécial Premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide ».espace photo

Journée Pré-congrès
Suicide et délinquance, deux problématiques associées

Marc Daigle
Professeur de psychologie à l'Université du Québec à Trois-Rivières


La journée Suicide et délinquance, qui a été en quelque sorte un colloque à l'intérieur du congrès, a rassemblé 130 personnes. C'est là le résultat d'une collaboration fructueuse entre le Ministère de la sécurité publique du Québec, l'Association des Centres jeunesse du Québec et le Service correctionnel du Canada. L'ouverture du colloque a d'ailleurs été faite par les représentants respectifs de ces trois organismes, le ministre Serge Ménard, monsieur Pierre Lamarche et madame Christine Perreault.

Pourquoi avoir appelé ce colloque « Suicide et délinquance » ?

Parce que nous ne voulions pas, comme c'est souvent le cas, parler uniquement des comportements suicidaires des personnes institutionnalisées, comme les jeunes dans les Centres jeunesse et leurs aînés dans les prisons ou les pénitenciers. Certaines recherches tendent à démontrer, en effet, que les difficultés que connaissent ces personnes en institution sont les mêmes que celles qui sont vécues dans la communauté, en milieu dit libre. De sorte que les taux de suicide en milieu fermé, aussi bien qu'en milieu ouvert, pourraient bien s'avérer fort semblables pour ceux que nous étiquetons bien maladroitement « délinquants » et pour l'ensemble de la société.

Le colloque a donc permis de s'intéresser à ces délinquants dont les comportements dérangent la société, mais qui sont aussi porteurs d'une souffrance qui, le plus souvent, se manifeste par des comportements suicidaires.

Trois tables rondes de discussion et une quinzaine de séances de communications libres ont permis de répondre, en partie du moins, aux attentes des participants. Tout d'abord, ils ont pu observer une ressemblance entre les différents types de clientèles qu'on avait ciblées pour le colloque, les clientèles des programmes des Centres jeunesse et celles des services correctionnels. Ces deux clientèles de milieux fermés présentent une ressemblance avec la celle que nous retrouvons hors des murs, dans la mouvance de la toxicomanie, de la prostitution, de la petite délinquance et, plus largement, d'une certaine agressivité exprimée contre autrui.

C'est par cette hétéro agressivité que la dite clientèle se fait souvent remarquer par la société, d'où l'étiquette de délinquance que nous avons utilisée. Plus jeune dans les Centres jeunesse, cette clientèle délinquante, peut-être même agressive, bénéficie encore d'un préjugé favorable, alors qu'on cherche à voir la souffrance derrière ses comportements délinquants. Mais plus tard, dans la rue, en prison ou au pénitencier, les intervenants seront essentiellement mobilisés pour contrer l'expression de la délinquance et beaucoup moins pour soulager la souffrance. D'où le débat, de nouveau soulevé, quant au double rôle que doit tenir l'intervenant travaillant dans ces milieux difficiles. Et d'où, aussi, la fascination qu'exercent les programmes de pairs aidants qui, malgré leurs mérites reconnus, ne permettraient quand même pas de résoudre complètement les dilemmes de l'intervention.

Cette journée de colloque aura finalement permis au milieu de faire plusieurs constats très intéressants, notamment lors des conférences parallèles. En cela, cette rencontre se compare avantageusement à bien d'autres semblables. Toutefois, au plan des consensus à dégager, les conclusions sont peut-être moins claires. Lors des tables rondes, une grande variété de points de vue ont pu s'exprimer : ceux des intervenants, des gestionnaires, des chercheurs et même des ex-détenus. Une saine confrontation s'est même amorcée, mais peu de consensus ont émergé. Là-dessus, le milieu souffre des mêmes faiblesses qu'ailleurs : les grands consensus restent à venir. Pour conclure le colloque, on a d'ailleurs exprimé le souhait que les prochaines rencontres soient des « conférences de consensus », comme le disent si bien nos collègues de la France.

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 (Rév. 28/11/01