La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 1, 2000
Le thème de ce numéro est « Spécial Premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide ».
Brian Mishara, directeur du Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE) de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), a ouvert le premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide par une conférence sur le suicide et le cinéma.
Conférence d'ouverture Le suicide au cinéma
Brian L. Mishara Ph.D.
Professeur de psychologie à l'Université du Québec à Montréal et directeur du CRISE
Depuis que D.W. Griffith a réalisé le film « The Suicide Club » (Le cercle du suicide), au début du XXe siècle, des milliers de scènes de suicide ont été montrées à l'écran. Dans sa présentation, le professeur Mishara a tiré certaines conclusions sur la façon dont le suicide est habituellement présenté au cinéma. Ses propos étaient illustrés par des extraits de films très « parlants ».
Brian Mishara a d'abord constaté que le suicide était souvent glorifié au cinéma. Le suicide, en effet, y est souvent présenté comme un acte héroïque ou comme la « bonne chose » à faire dans une situation difficile. Il est très rare que les personnes qui se tuent à l'écran souffrent, même lorsqu'elles utilisent des moyens qui, en réalité, sont très douloureux. Au cinéma, l'image de la mort est celle d'une belle mort : les proches réagissent rarement à cet événement et leurs réactions, sauf exceptions, sont peu souvent celles de gens traumatisés par le décès.
Les intervenants qui travaillent en prévention du suicide constatent qu'il existe de l'ambivalence dans le processus suicidaire et que la personne suicidaire souffre souvent de dépression ou d'un autre problème de santé mentale. Au cinéma, cependant, la décision de se tuer est presque toujours prise sans ambivalence aucune et, sauf de très rares exceptions, il n'y a pas de signes de dépression ou de problèmes de santé mentale. De même, au cinéma, malgré le choix de moyens qui semblent très létaux, il arrive souvent que la personne suicidaire ne meure pas ou soit sauvée miraculeusement à la dernière minute. Dans certains extraits, on voit une personne sautant d'un gratte-ciel être sauvée juste avant de s'écraser au sol, une personne essayant de se pendre qui ne meurt pas parce que la corde se détache du mur ou même, une personne qui essaie de se tuer avec une arme à feu mais qui en est empêchée in extremis.
Au cinéma, certaines tentatives de suicide et la plupart des décès par suicide ne sont pas pris au sérieux et il n'est pas rare qu'une scène de suicide soit incluse dans un film comme élément humoristique.
La prévention du suicide n'est pas une grande préoccupation au cinéma. En général, lorsqu'on en parle, on apprend que les meilleures façons de prévenir le suicide sont de tomber en amour avec une belle jeune fille, de discuter de ses problèmes avec un ami qui, invariablement, répondra que la vie est belle, etc. Le plus souvent, le type de prévention qu'on présente sur grand écran est une intervention miraculeuse, tout à fait imprévue (et généralement invraisemblable), qui sauvera la vie du héros à la toute dernière minute.
À la fin de sa présentation, Brian Mishara a invité les participants à considérer les effets puissants que l'image du suicide au cinéma exerce sur les croyances et sur les comportements des spectateurs. Il s'est demandé si le cinéma ne faisait que refléter les croyances et les préjugés populaires concernant le suicide ou bien si l'image du suicide véhiculée par Hollywood et par d'autres milieux cinématographiques à travers le monde pouvait former ou influencer des conceptions erronées de la réalité du suicide et de sa prévention.

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