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La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 1, 2000

Le thème de ce numéro est « Spécial Premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide ».espace photo

Faut-il hospitaliser systématiquement toute tentative de suicide ? Oui, non, peut-être...

Johanne Renaud M.D.
Patricia Garel M.D.

Hôpital Sainte-Justine


Animée par madame Marie Choquet, la table ronde portant sur l'hospitalisation systématique des personnes ayant fait une tentative de suicide réunissait à la même tribune Johanne Renaud, Danielle Paquette, Claude Renard et Xavier Pommereau.

La prise en charge thérapeutique des jeunes ayant fait une tentative suicidaire est un sujet qui fait actuellement l'objet de grandes divergences d'opinion. Alors qu'en Europe, la tendance est à l'hospitalisation systématique, nous, en Amérique du Nord, nous optons plutôt pour une intervention découlant de l'évaluation à l'urgence. Or, à l'urgence, l'hospitalisation n'est demandée que si l'on y constate des conséquences médicales à la tentative ou en cas de diagnostic psychiatrique imposant une observation en milieu psychiatrique interne. Dans tous les cas, l'intervention de crise ou la prise en charge en clinique externe sont privilégiées.

Le but de cette table ronde était donc d'ouvrir la discussion sur cette délicate de prévention secondaire et tertiaire, là où la terminologie mérite une attention toute particulière. Car les divergences d'opinions semblent en partie reliées aux différents termes employés. Trois pays étaient représentés à cette table ronde : le Canada, la France et la Belgique. Pour vous, lecteurs du Vis-à-vie, nous allons résumer la position de l'Hôpital Sainte-Justine face à l'hospitalisation des jeunes. Nous vous offrons aussi une brève synthèse de la discussion qui a suivi les présentations à cette table ronde.

À l'hôpital Sainte-Justine
Il y a maintenant sept ans, une équipe de crise a été mise sur pied à l'hôpital Sainte-Justine de Montréal par les docteurs Johanne Boivin et Patricia Garel. Il s'agit d'une équipe multidisciplinaire ayant développé une expertise clinique en pédopsychiatrie, particulièrement auprès de la clientèle adolescente. Cette équipe est composée d'intervenants de formations diverses (travailleuses sociales, psychologues, infirmières) qui tous, abordent la situation clinique indépendamment de leur expertise spécifique. Un groupe de médecins psychiatres complète l'équipe.

Dans le cadre d'une consultation pédopsychiatrique effectuée par le pédiatre de l'urgence, cette équipe de crise intervient pour évaluer la situation d'un adolescent dans une perspective globale. L'intervenant effectue un premier recueil de données, lequel est ensuite complété par le pédopsychiatre de l'équipe. Cette évaluation vise à identifier la présence d'une psychopathologie chez le jeune, à situer l'adolescent et la crise suicidaire qu'il présente dans un contexte familial, scolaire et social. Lors d'une entrevue avec le jeune et ses parents, ou avec les intervenants du milieu social ou scolaire qui l'accompagnent, nous tentons de retracer les éléments déclencheurs et les événements stressants, tout en recueillant l'information susceptible de mieux éclairer la situation actuelle, compte tenu de l'histoire du jeune et de ses antécédents personnels et familiaux. Cette démarche permet de donner un sens aux comportements du jeune, tout en établissant les bases d'une alliance thérapeutique dans le cadre d'une intervention à l'urgence.

En plus d'identifier une éventuelle psychopathologie et de dégager le sens de la crise à ce moment de la vie du jeune, cette évaluation de la situation, tant au niveau des facteurs de protection qu'à celui des facteurs de risque, permet d'orienter l'adolescent et sa famille vers les ressources adéquates. L'hospitalisation fait partie des ressources envisageables, mais elle n'est pas systématique. Un accompagnement actif est donné au jeune dans ses démarches de suivi et l'équipe demeure disponible en tout temps, au cas où les choses ne se passeraient pas tel que prévu.

Des compréhensions divergentes
La discussion a fait clairement ressortir d'importantes différences dans la compréhension respective des équipes des trois pays. Malheureusement, le temps de discussion disponible s'est avéré bien trop court pour qu'une analyse approfondie des enjeux de chacune de ces positions puisse s'actualiser. Malgré le manque de temps, la qualité de chacune des présentations a fait l'unanimité. La salle regroupait des gens du Québec et de l'Europe. Il est très intéressant de constater que leurs questions, conformément au thème S'entendre pour agir, visaient généralement une meilleure compréhension des approches proposées par chaque pays. Il est bien possible qu'au-delà des questions de vocabulaire et d'âge des sujets en cause, les divergences d'opinions sur la question de l'hospitalisation systématique reposent, entre autres, sur des éléments culturels, théoriques et philosophiques entourant la tentative de suicide et la psychopathologie.

D'autres rencontres permettront d'aller plus loin dans cette réflexion, en particulier par le biais de séances de discussion de cas cliniques d'adolescents suicidaires. C'est donc une histoire à suivre.

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 (Rév. 28/11/01