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La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 1, 2000

Le thème de ce numéro est « Spécial Premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide ».photo Dolores Angela Castelli

La Suisse et les actions en matière de suicide

Dolores Angela Castelli
Université de Fribourg, Suisse
Stagiaire à l'Université de Montréal
Doctorante en travail social


La Suisse fait partie des six pays du monde dont le taux de suicide se situe parmi les plus élevés. Elle occupe l'un des trois premiers rangs en ce qui a trait au taux de suicide de ses jeunes de 15 à 24 ans 1. Malgré ces constats, le suicide n'est pas considéré comme un problème social, ni même comme un problème de santé publique en Suisse. En conséquence, l'Office fédéral de la Santé publique ne prévoit pas de politique de prévention à ce sujet, alors qu'il en a établi une pour le sida, pour les toxicomanies et pour les accidents routiers. Or, en Suisse, le suicide cause davantage de décès que les accidents de la route ou les morts par overdose. Il faut donc admettre qu'actuellement, une reconnaissance politique et sociale de la problématique du suicide fait défaut au niveau fédéral. Une ouverture semble toutefois s'amorcer avec l'entrée en vigueur de la nouvelle loi fédérale sur l'assurance maladie (LaMal), qui, depuis le début de l'année 1996, prévoit un volet préventif à la prise en charge de la maladie individuelle et de la santé publique (constitution d'une fondation).

Nouvellement créée, une cellule d'intervention de crise en cas de catastrophe prévoit d'intervenir sur demande, en cas de suicide. Rattachée au Service civil (Département de la Défense, de la Protection de la population et des Sports), cette cellule s'inspire d'expériences allemandes en matière de catastrophes et d'intervention suite à des traumatismes. On trouve toutefois en Suisse un certain nombre d'initiatives et d'actions régionales et cantonales intéressantes en matière de suicide.

Les initiatives régionales
Les initiatives régionales de prévention proviennent, le plus souvent, de corps de métier et d'associations actives dans les domaines sociosanitaires. La Main tendue est l'une de ces associations. Essentiellement constituée de bénévoles formés à l'écoute, elle offre un service d'écoute téléphonique anonyme pour des personnes en détresse sur tout le territoire suisse (quatorze postes d'écoute en 1999).

Quant à la Fédération des médecins suisses (FMH), elle a mené, en trois langues, une campagne nationale de prévention du suicide (sensibilisation et formation) à l'intention des médecins généralistes. Un volet de cette campagne abordait spécifiquement le traitement du suicide par les médias suisses, ce qui a conduit à l'élaboration de directives pour la presse.

Le Groupe Caritas-Caps (Coordination action préventive suicide) a également organisé des journées d'information et de sensibilisation sur le suicide dans sept cantons suisses francophones. Ces sessions étaient destinées aux intervenants et aux bénévoles formés à la relation d'aide.

Créée en 1989, l'Association suisse d'intervention de crise et de prévention du suicide (ASICS) a organisé des journées de sensibilisation et de prévention. En 1998, ce sont les sujets de la prévention du suicide et de l'intervention auprès des adolescents qui ont été traités. Jusqu'à présent, l'ASICS n'a pas réussi à transformer la question du suicide en débat scientifique, public et politique.

Les initiatives cantonales
Au plan cantonal, la Suisse a connu de belles initiatives au cours des cinq dernières années. Ceci n'est pas une exception dans ce pays. Étant une confédération de 23 cantons, la Suisse accorde une très grande autonomie et une importante marge de manœuvre aux pouvoirs cantonaux et communaux. La plupart du temps, les politiques fédérales, en particulier les politiques sociosanitaires, valident et reprennent à l'échelle nationale les projets, les pratiques et les actions ayant déjà largement fait leurs preuves aux échelons locaux.

Sur le plan mésosocial, c'est l'Unité de crise pour adolescents et jeunes adultes (UCA), ouverte à Genève en 1996, (Belle-Idée, département de psychiatrie, hôpitaux universitaires de Genève), qui a été la pionnière. Son action de prévention tertiaire est axée sur la prise en charge et l'accompagnement de jeunes suicidaires et suicidants de 16 à 22 ans. L'Unité d'étude et de prévention du suicide, qui fait partie de ce service, élargit l'offre de soutien aux familles, de même qu'à l'entourage immédiat et à l'entourage éloigné du suicidant/suicidaire.

À Lausanne, l'Unité multidisciplinaire de santé des adolescents (UMSA, Centre hospitalier universitaire Vaudois) offre des services aux adolescents en difficulté. Au plan national, l'UMSA poursuit aussi, en collaboration avec l'Institut de médecine préventive et sociale de Lausanne, des études épidémiologiques sur la condition des adolescents.

Parmi les expériences de prévention primaires et secondaires, soulignons le projet de prévention du Tessin mené par la Section de la formation professionnelle, dans le cadre du programme national École et Santé. Ce programme s'adresse aux apprentis (formation professionnelle) et à leurs employeurs, de même qu'aux écoles et aux institutions fréquentées par les jeunes.

Suite à deux études portant sur la santé de la population du canton de Fribourg, une commission a été mandatée par le Conseil d'État pour produire un rapport sur le phénomène du suicide, rapport qui a été complété en 1999. Ce mandat serait-il le signe d'une nouvelle sensibilité politique à l'égard de ce phénomène ?

Au plan micro social, dans le canton de Berne notamment, l'accompagnement d'endeuillés par suicide est assuré par un pasteur 2. Cet engagement, comme d'autres du même type, témoigne du fait que la postvention est le plus souvent laissée aux soins des initiatives personnelles.

Conclusion

Faute de réseaux d'action spécifiques en matière de suicide, les situations délicates ou d'urgence sont en général référées et traitées par des réseaux déjà en place, dont le mandat est en fait bien plus large. C'est le cas, entre autres, des services publics médico-psychologiques (pour enfants et adolescents), des services psychosociaux (pour adultes), des réseaux scolaires de prévention de la violence ou celle du malaise lié à l'adolescence. À Fribourg, le Cycle d'orientation de Pérolles 3 a mis sur pied des programmes de formation de pairs et d'enseignants médiateurs, ainsi qu'une formation au debriefing pour plusieurs enseignants, comités d'élèves et groupes de communication 4. Une cellule d'intervention de crise et un protocole d'intervention sont déjà en place. Mais contrairement au Cycle d'orientation de Pérolles, tous les autres cycles d'orientation ne font pas état, loin s'en faut, du même dynamisme et des mêmes ressources.

Il est vrai, par contre, qu'une prise de conscience et une certaine ouverture semblent s'amorcer sur la question du suicide en Suisse. Ce pays connaît, en effet, une grande variété d'acteurs et d'actions. L'évaluation et la délimitation du champ et des compétences de chacun, la collaboration entre les spécialistes et les différents corps de métier, de même qu'un véritable débat de société autour de la question du suicide constituent encore, pour l'instant, de grands défis à relever en Suisse.

1 Rapport du Groupe d'étude sur la prévention du suicide dans le canton de Fribourg, 1999, page 1.

2. Ancien propriétaire et directeur d'un laboratoire d'analyse biochimique, ce pasteur détient un doctorat en théologie portant sur l'accompagnement des endeuillés par suicide.

3 Les cycles d'orientation constituent la formation secondaire (jeunes de 12 à 16 ans) dans le système de formation scolaire suisse.

4 Créés à l'intention de jeunes violents ou victimes de violence, les groupes communication sont des groupes thérapeutiques comprenant un maximum de huit élèves, sous la conduite de deux psychologues.

* L'auteur entend exprimer ses remerciements particuliers à madame Francine Gratton, pour son précieux concours à la révision de cet article.

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 (Rév. 28/11/01