La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 1, 2000
Le thème de ce numéro est « Spécial Premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide ».
Les tests et les mesures en la prévention du suicide
Réal Labelle
Professeur en psychologie clinique à l'Université du Québec à Trois-Rivières
Au cours des dernières années, on porte un intérêt de plus en plus marqué à la mise au point de procédures d'évaluation du potentiel suicidaire. Certains y voient une avenue prometteuse en matière de prévention du suicide, d'autres s'interrogent encore sur la pertinence d'une telle pratique. Loin de prétendre trancher la question, je crois que les praticiens et les chercheurs de langue française devraient s'inscrire dans ce mouvement, afin de déterminer le bien-fondé de ces outils dans leurs pratiques quotidiennes.
C'est dans ce contexte que j'ai démarré au sein du CRISE (Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie), le projet de recherche Points de repères, en collaboration avec Janie Houle, étudiante doctorante à l'UQAM (Université du Québec à Montréal). Portant sur les principaux outils de langue française, les travaux ont permis de réaliser une recension des écrits dans le domaine des tests et des mesures en la prévention du suicide, de repérer et de recueillir les principaux instruments disponibles en français et d'analyser ces outils en dégageant les lignes directrices de leur utilisation.
Au congrès, l'atelier sur ce thème regroupait quarante participants de l'Europe et du Québec. Quatre formateurs québécois y ont présenté les résultats de cette étude, tout en abordant les aspects historique, psychométrique et clinique de l'évaluation de la suicidalité. Quatre communications ont été présentées dans la première moitié de cette activité d'une journée, suivies en après-midi d'une discussion sur les principaux instruments de mesure répertoriés.
C'est Michel Forget, psychologue et auteur de travaux portant sur l'évaluation du potentiel suicidaire qui a transmis le premier exposé. Retraçant les « manières de faire » des Américains et des Québécois, sa communication portait sur l'origine de la mesure en la prévention du suicide. La deuxième présentation, celle de Lise Lachance, professeure en méthodes de recherche en psychologie à l'UQAC (Université du Québec à Chicoutimi) a traité de la fidélité, de la validité, de la sensibilité et de la spécificité des instruments de mesure en suicidalité. Madame Lachance a aussi abordé diverses considérations liées aux problèmes méthodologiques dans l'élaboration et la traduction des échelles. La troisième communication la mienne examinait les principaux enjeux cliniques associés à l'évaluation de la suicidalité. J'ai parlé de l'appréciation de la suicidalité selon deux niveaux d'estimation, l'estimation sociale et l'estimation individuelle. J'ai aussi observé quatre traditions d'évaluation (épidémiologique, médicale, psychologique et communautaire) et décrit différents modèles cliniques de détection. Enfin, le dernier exposé, celui de Janie Houle, abordait les principales étapes de réalisation de la recherche Points de repères. Brièvement, cette étude a permis de recenser les principaux livres, revues, articles et sites Web dans le domaine tout en repérant une soixantaine d'instruments de mesure en la prévention du suicide (15 français et 45 anglais).
À partir d'un guide du participant, la discussion a porté sur le développement, le contenu, l'administration et les propriétés psychométriques des mesures d'enquête, des échelles cliniques, des échelles clinico cognitives et des échelles multidimensionnelles en la prévention du suicide. Un certain nombre d'instruments ont été présentés : l'Échelle de dépistage du risque suicidaire, l'Échelle de désespoir de Beck, l'Échelle des idéations suicidaires de Beck, l'Échelle de probabilité du suicide, la Grille de l'urgence-risque suicidaire, l'Index du potentiel suicidaire, l'Indice de détresse psychologique, l'Inventaire de dépression de Beck, l'Inventaire des raisons de vivre, le questionnaire des idéations suicidaires, le questionnaire de souffrance psychologique, le questionnaire d'opinion sur le suicide, les questions de l'enquête Santé Québec et le test des attitudes sur le suicide.
La journée s'est clôturée par des recommandations au niveau de la mesure en la prévention du suicide et par un désir de regroupement de collègues québécois et français autour de ce thème.

|
 |