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La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 1, 2000

Le thème de ce numéro est « Spécial Premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide ».photo Lucie Charbonneau

Le suicide et les hommes

Lucie charbonneau
Responsable de projets, AQS


Le premier congrès international de la francophonie en prévention du suicide a bien reflété la préoccupation sociale qu'est devenue la sursuicidité masculine au Québec. Car ce n'est plus un secret pour personne, la question de la sursuicidité masculine est très préoccupante chez nous. Depuis le début des années 70, le taux de suicide général a connu une progression constante. Mais entre les années 1971 et 1997, alors que le taux de suicide féminin connaît une croissance de 35 %, il bondit de 84 % chez les hommes. En 1997, 1 003 hommes sont décédés par suicide, soit près de 80 % de tous les décès par suicide (1 263) au Québec.

Une dizaine d'ateliers ou de communications ont abordé cette question. Toutes ces communications visaient à mieux comprendre le phénomène du suicide chez les hommes et souvent, à réfléchir sur des pistes d'intervention.

Un symposium, une recherche multidimentionnelle
Le symposium Le suicide chez les hommes : étude multidimensionnelle et intégrative présentait les résultats d'une large recherche menée au Laboratoire d'Étude sur le suicide et le deuil du Centre Fernand-Seguin. Cette étude s'est intéressée à des hommes suicidés et aux membres de leurs familles. Ce groupe spécifique a été comparé à un autre groupe d'hommes, cette fois décédés à la suite d'accidents de la route. Les dimensions familiales ont aussi été mises en parallèle. Le recrutement auprès des familles s'est fait quotidiennement au Bureau du Coroner et à la Morgue de Montréal, à partir de la liste des décès survenus dans les dernières 24 heures. Les participants à l'étude ont été encouragés à prendre le temps de consulter d'autres membres de leur famille avant de donner leur consentement. Les familles ont signé un consentement pour le prélèvement de tissus humains, des relevés sanguins et pour des entrevues ultérieures. Les familles qui ont accepté de participer à ce protocole ont été revues en première entrevue d'autopsie psychologique et d'histoire familiale, quatre mois après le décès. Voici, regroupées dans le tableau 1, les données recueillies au sujet de la personne décédée.

Tableau 1
Données recueillies au sujet de la personne décédée

  • Tissus humains pour analyses biologiques
  • Sang pour analyses génétiques
  • Autopsie psychologique (K-SADS) pour établir la présence ou l 'absence de problèmes de santé mentale
  • Événements et difficultés (LEDS) des douze derniers mois de vie
  • Expériences familiales dans l 'enfance et l 'adolescence (CECA) pour déterminer les facteurs de protection ou d 'adversité précoce
  • Attachement (AAI) afin d 'identifier une typologie des relations d 'attachement
    Questionnaires auto-administrés (tempérament, impulsivité, etc.)
  • Entrevue diagnostique (SCID) pour établir la présence ou l 'absence de problèmes de santé mentale
  • Mesure de deuil (MRD) afin d'évaluer la résolution du deuil
  • Histoire des pertes et séparations
  • Trajectoire de vie

Les résultats obtenus proviennent des travaux de cinq chercheurs qui ont, depuis plusieurs années, arrimé leurs efforts de recrutement afin de recueillir des données auprès des mêmes familles : mesdames Monique Séguin et Karen Dewar et messieurs Michel Tousignant, Gustavo Turecki et Alain Lesage.

Leurs résultats suggèrent que les récepteurs de la sérotonine (5HT2A) sont observés davantage dans le cortex frontal des personnes décédées par suicide. Il semble aussi que la densité des récepteurs 5HT2A soit déterminée par une médiation génétique. Chez les personnes du groupe suicide, les résultats suggèrent également une présence accrue de problèmes de santé mentale (particulièrement des troubles de l'humeur et des troubles d'abus et de dépendance aux substances), davantage de difficultés familiales, de prédispositions à l'impulsivité et une accumulation plus importante d'événements de vie. Les données recueillies auprès des familles de ce groupe semblent indiquer des dimensions de transmissions intergénérationnelles de difficultés, notamment caractérisées par des modes sociaux d'attachement particulièrement évitant et par un deuil plus sévère.

Les trajectoires de recherche d'aide des hommes en difficulté
Membres du Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes (CRIVIFF), les chercheurs Daniel Turcotte et Germain Dulac ont présenté les résultats partiels de leur travail Les trajectoires de recherche d'aide des hommes en difficulté. Cette recherche vise à comprendre le processus par lequel les hommes aux prises avec des problèmes comme l'alcoolisme, la toxicomanie, la violence et les idéations suicidaires en viennent à demander de l'aide. S'appuyant sur une perspective théorique reconnaissant la rationalité des acteurs, cette recherche cerne les circonstances qui amènent les hommes à demander une aide professionnelle et à dégager les éléments qui font obstacle ou qui facilitent leur engagement dans une démarche de changement. La recherche a consisté à analyser, de façon comparative, la démarche de demande d'aide d'hommes aux prises avec différents problèmes.

Les sujets ont été recrutés par l'intermédiaire d'organismes membres de trois regroupements d'organismes communautaires : quarante sujets à l'Association des ressources intervenant auprès des hommes violents (ARIHV), vingt sujets à l'Association québécoise de la prévention du suicide (AQS) et vingt autres sujets à la Fédération des organismes bénévoles et communautaires d'aide et de soutien aux toxicomanes (FOBAST). Des entrevues semi-dirigées s'inspirant des procédures et techniques de l'approche de la théorie "ancrée" ont permis la collecte des données qualitatives auprès de ces 80 hommes.

L'analyse préliminaire des données indique des différences dans la façon dont les hommes parlent de leur problème et dans les attentes qu'ils expriment à l'endroit des organismes d'aide, selon la nature du problème qui les conduit à consulter. Les hommes qui s'adressent à des organismes pour conjoints violents ont de la difficulté à reconnaître leur problème et lorsqu'ils demandent de l'aide, c'est principalement pour essayer de comprendre ce qui leur arrive. Ils sont d'autant plus anxieux que, dans leur cas, la récidive est sévèrement condamnée socialement et légalement. Dans les organismes d'aide pour personnes toxicomanes, les hommes définissent leur problème comme une maladie et ce qu'ils attendent de l'intervention, c'est un accompagnement pour les aider à vivre avec cette maladie. Pour eux, il est acceptable que l'intervention échoue car la rechute fait partie d'un processus normal. Les hommes qui s'adressent aux organismes de prévention du suicide sont des personnes souffrantes qui ont épuisé leur capacité d'endurer la souffrance. Ils espèrent trouver un lieu pour exprimer leur souffrance afin qu'elle soit moins difficile à supporter. Dans leur cas, il est essentiel que l'intervention leur procure le soutien dont ils ont besoin pour continuer de vivre.

Ces premiers résultats montrent l'intérêt de s'attarder à la représentation que les hommes se font de leur situation et à leurs appréhensions face à l'issue de l'intervention, afin de mieux cerner leurs dispositions lorsqu'ils s'engagent dans une démarche d'aide. Les données sur les réactions de leur entourage face à leur démarche et sur leur perception du processus d'aide vont permettre d'enrichir ce portrait initial.

Pratiques de concertation auprès des hommes suicidaires
Le professeur Marc Daigle de l'Université du Québec à Trois-Rivières, s'est intéressé, quant à lui, aux Pratiques de concertation auprès des hommes suicidaires. Les centres de prévention du suicide (CPS), du moins au niveau de leurs interventions téléphoniques, reçoivent presque toujours moins d'appel d'hommes que d'appels de femmes. La situation peut être néanmoins différente lorsque ces CPS agissent en concertation avec d'autres ressources, dont les ressources spécialisées pour les hommes. Il semble, en effet, que la concertation entre les différentes instances soit une voie à privilégier pour réussir à rejoindre les hommes suicidaires.

Dans sa recherche menée auprès des CPS, le professeur Daigle a relevé que des liens créés avec des organismes ou des milieux plus masculins pouvaient apporter une augmentation de la clientèle de ces centres. Inversement, il a trouvé que chez la clientèle des organismes d'aide aux hommes, la problématique suicidaire était très présente. L'agressivité, dirigée contre soi ou contre les autres, était également très élevée, même chez les hommes qui n'avaient pas manifesté de violence conjugale.

Ces dernières données ont été recueillies auprès de 89 hommes qui fréquentaient des groupes de soutien ou de thérapie. Dans ce cas-ci, l'expertise des CPS pourrait être mise à profit dans les groupes pour hommes, compte tenu que ces groupes s'intéressent généralement moins à l'agressivité retournée contre soi-même (auto-agressivité) qu'à celle s'adressant à autrui. Les résultats de cette recherche devraient permettre d'améliorer les pratiques de concertation en prévention du suicide

Chez des jeunes hommes homosexuels ou bisexuels
Le professeur Michel Dorais, de l'Université Laval à Québec, a fait porter sa communication sur les Mobiles de tentatives de suicide chez des jeunes hommes homosexuels ou bisexuels. Depuis quelques années, plusieurs études (y compris avec groupes témoins) menées dans divers pays ont montré que les jeunes hommes homosexuels ou bisexuels étaient plus à risque de commettre des tentatives de suicide que leurs confrères hétérosexuels. La présente recherche vise à mieux comprendre les mobiles spécifiques qui incitent les jeunes homosexuels à attenter à leurs jours. Elle a été conduite auprès d'une quarantaine de jeunes hommes de toutes orientations sexuelles, ayant déjà fait une ou des tentatives de suicide. Cette contribution vise à faire mieux connaître les facteurs de risque et les conditions prédisposantes chez certains jeunes homosexuels ou bisexuels qui font qu'ils se retrouvent particulièrement à risque sur le plan des conduites suicidaires.

Pour les jeunes hommes qui se sentent homosexuels ou qui sont identifiés comme tels, le goût de vivre est entamé par la peur d'être rejetés par leurs proches et leurs pairs (ou par le fait de l'être effectivement), par le harcèlement homophobe et ses violences. La famille et l'école, en particulier, envoient souvent au jeune un message constant de dévalorisation. Une des voies pour le jeune homme identifié comme homosexuel, isolé et sans ressources, est de mettre fin à ce cauchemar au moyen du suicide. Les résultats de cette étude sont comparables à ce qu'ont trouvé d'autres chercheurs tels que David Plummer ou Robert Owen.

Les jeunes hommes homosexuels ou identifiés comme tels ne font pas tous des tentatives de suicide. Il faut comprendre pourquoi certains d'entre eux en font et évaluer les facteurs de résilience qui font en sorte que ces jeunes ayant fait une tentative de suicide s'en sont finalement sortis. Cette analyse n'est pas terminée. Cependant, monsieur Dorais souhaite avoir déjà mis en lumière une réalité tragique et méconnue. Pour reprendre l'expression méprisante dont on se sert pour les harceler : trop de jeunes croient encore qu'il vaut mieux être mort qu'être fif.

Socialisation masculine, suicide et prévention
Le symposium Socialisation masculine, suicide et prévention tentait de démontrer l'influence de la socialisation masculine dans l'étiologie des comportements suicidaires des hommes. La socialisation masculine exerce son influence, d'une part en facilitant l'émergence de certains facteurs de risque et, d'autre part, en inhibant certains facteurs de protection. Elle véhicule l'idée que le suicide est plus acceptable chez les hommes que chez les femmes et facilite, par le fait même, l'adoption de ce comportement par les hommes. De plus, la socialisation masculine tolère et encourage l'agressivité et l'impulsivité de même que la consommation d'alcool et de drogue chez les hommes, alors que ces éléments sont tous considérés comme des facteurs de risque importants du suicide. Elle favorise également une plus grande accessibilité aux armes à feu, diminuant ainsi les chances de secourir la personne à temps. Par ailleurs, la rigidité du rôle masculin entraîne une stigmatisation sociale qui place l'homosexualité au rang des facteurs de risque de certains comportements suicidaires. Finalement, la socialisation masculine augmente la vulnérabilité des hommes face à la perte d'emploi et à la rupture amoureuse.

En plus d'exercer son influence facilitatrice, la socialisation masculine inhibe l'émergence de facteurs de protection contre le suicide. Elle contribue en effet à réduire l'éventail de mécanismes d'adaptation dont les hommes disposent puisqu'elle valorise l'autonomie et l'indépendance, tout en stigmatisant l'expression de la souffrance et la demande d'aide. Ainsi, en situation de crise, les hommes qui sont coupés des sources potentielles d'aide se privent d'un soutien qui pourrait s'avérer essentiel. De plus, les années post révolution tranquille semblent offrir de meilleures possibilités d'avenir aux femmes, alors qu'elles laissent les hommes dans un flou identitaire.

Ainsi, la socialisation nous apparaît comme un dénominateur commun dans la problématique du suicide chez les hommes, de par son influence facilitatrice ou inhibitrice auprès des facteurs clés du processus suicidaire. Que faut-il faire pour briser cette synergie létale ?

Pour répondre à cette question, le Réseau Hommes Québec (RHQ) présente une approche toute particulière pour soutenir les hommes qui veulent amorcer un changement dans leur vie. En effet, le RHQ a pour mission d'offrir un réseau de groupes autogérés d'entraide et des lieux de partage et de réflexion pour permettre aux hommes d'améliorer leur capacité d'être et d'agir en tant qu'hommes, et d'assumer leur masculinité d'une manière acceptable pour eux et pour les milieux dans lesquels ils évoluent.

Certaines pratiques novatrices en intervention auprès des hommes suicidaires peuvent éviter le déclenchement ou l'aggravation de la crise. L'homme en difficulté consulte généralement à la suite d'une perte dans sa vie due à des événements qu'il ne contrôle plus : perte de la conjointe, du travail, du permis de conduire, etc. Ce sont des déclencheurs à la prise de conscience. Il a attendu jusqu'à la crise et il est désemparé parce que demander de l'aide, c'est descendre encore d'une coche. Cette crise peut représenter un passage pour un changement existentiel profond. Il s'agit donc d'une occasion que l'intervenant doit saisir de façon rapide. Car la plupart des hommes qui ne sont pas rencontrés rapidement après une demande d'aide perdent leur disponibilité à entrer en contact avec leurs difficultés. Ils veulent être accueillis tout de suite, sinon ils se ferment et dans ces conditions, ce sera très long avant de pouvoir rétablir le lien de confiance.

Le symposium s'est terminé par un échange entre les participants dans la salle et les six conférenciers : Lucie Charbonneau, Janie Houle, Germain Dulac, Pierre Gareau, Mario Beaulieu et Michel Lavallée.

Projets d'intervention innovateurs
Janie Houle et Charles Pinard ont présenté les différentes étapes qui ont mené à la conception, l'implantation et l'évaluation des quatre Projets innovateurs d'intervention auprès des hommes suicidaires, ainsi que de leurs proches. Ces projets de recherche, orientés vers le soutien des hommes suicidaires et de leur entourage (PROSHSF), s'adressent d'abord aux hommes suicidaires, mais aussi à leurs proches. Comme on peut le voir au tableau 2, les objectifs poursuivis sont doubles.

Tableau 2
Objectifs poursuivis par les PROSHF

POUR LES HOMMES SUICIDAIRES

POUR LES PROCHES

Premier objectif :
améliorer le soutien moral

Premier objectif :
améliorer le soutien moral

Objectifs spécifiques :
1. Augmenter la connaissance des ressources du milieu
2. Augmenter l'utilisation des ressources du milieu
3. Améliorer la communication avec les proches

Objectifs spécifiques :
1. Augmenter la connaissance des ressources du milieu
2. Augmenter l'utilisation des ressources du milieu
3. Améliorer la communication avec l'homme suicidaire

Deuxième objectif :
résoudre la crise suicidaire

Deuxième objectif :
Améliorer les connaissances et les habiletés d'intervention

Objectifs spécifiques :
1. Diminuer les idéations suicidaires
2. Augmenter le niveau de résolution de la crise :
- Prendre conscience de sa difficulté
(problème de toxicomanie ou dépression)
- Débuter les démarches d'aide auprès
d'organismes en santé mentale ou en toxicomanie
- Améliorer l'ajustement à la vie quotidienne

Objectifs spécifiques :
1. Augmenter les connaissances théoriques sur le suicide, la toxicomanie, la dépression et la masculinité
2.Améliorer les habiletés d'intervention par rapport au suicide, à la toxicomanie, à la dépression et à la masculinité

Troisième objectif :
améliorer la santé mentale

Troisième objectif :
résoudre la crise

Objectifs spécifiques :
1. Diminuer les symptômes de dépression
2. Diminuer les symptômes de dépendance à une substance psychoactive (alcool, drogues)
3. Diminuer la consommation de substances psychoactives (alcool, drogues)

Objectif spécifique :
1. Améliorer l'ajustement à la vie quotidienne

Les Rencontres d'information s'adressent aux proches (conjoint(e), membres de la famille ou ami) qui désirent aider la personne suicidaire. Cette dernière n'est pas invitée. Cette rencontre a pour but de vérifier l'efficacité de ce service déjà offert à Suicide-Action Montréal (SAM) aux proches des hommes à risque suicidaire élevé.

Le Parrainage téléphonique s'adresse à un proche (conjoint(e), membre de la famille ou ami), qui désire aider la personne suicidaire. Les objectifs sont d'offrir un suivi et un soutien quotidien aux proches et de rencontrer les objectifs généraux des projets pilotes.

Le Projet Accès direct vise les proches (conjoint(e), membres de la famille ou ami) qui désirent aider la personne suicidaire. Les objectifs : d'abord identifier, avec l'aide du proche, la problématique de l'homme suicidaire et vérifier s'il répond aux critères d'éligibilité du service approprié. Puis, au cours de la semaine suivant la première rencontre, favoriser la référence de l'homme suicidaire auprès de l'organisme partenaire et voir à sa prise en charge dans les cinq jours suivant sa demande.

Et enfin, les Rencontres familiales s'adressent aux proches et à l'homme suicidaire lui-même s'il accepte de venir aux rencontres. Leur objectif est d'amorcer, à l'aide des comportements fonctionnels, un début de réponse aux difficultés rencontrées par les proches et l'homme suicidaire.

Un protocole d'évaluation a été mis en place pour chacun des projets.

Comprendre et mieux intervenir
La communication du psychothérapeute Gilles Tremblay était centrée sur La détresse des hommes : comprendre et mieux intervenir. D'abord, monsieur Tremblay a rappelé que les hommes se retrouvent davantage en dépression après une séparation et se suicident quatre fois plus souvent que les femmes. Ils sont davantage enclins à utiliser des substances psychoactives et plus réticents à demander de l'aide. Il y a un manque de ressources spécifiques pour les hommes et souvent, les interventions sont mal adaptées aux demandes masculines. D'ailleurs, intervenir auprès des hommes suscite souvent un inconfort, une peur et un désarroi.

L'atelier a permis d'explorer les réticences et les jugements implicites biaisant l'intervention auprès des hommes. Après avoir clarifié certaines bases théoriques explicatives à partir des processus de socialisation et de formation de l'identité masculine, il a également fourni quelques pistes pour l'intervention auprès des hommes.

Etre femme et intervenir auprès des hommes
Julie K. Campbell, du Centre de prévention du suicide le Faubourg a abordé la délicate question du genre dans l'intervention auprès d'une clientèle masculine, dans un atelier intitulé Être femme et intervenir auprès des hommes.

Elle a souligné les enjeux propres à ce contexte d'intervention et a cherché à identifier comment il est possible de s'y ajuster. Madame Campbell a finalement présenté certains outils qui peuvent aider les femmes à travailler auprès de la clientèle masculine.

Campagne de promotion
Laurent Garneau, du CPS 02, de la région du Saguenay Lac Saint Jean, a présenté la Campagne de promotion de la demande d'aide auprès des hommes qui a été menée dans cette région.

Cette campagne a pris ses assises sur le fait que, généralement, les hommes parlent moins de leurs intentions suicidaires et font peu appel aux ressources d'aide. Ils ont souvent recours à des moyens violents pour s'enlever la vie. De plus, les hommes ayant des problèmes d'abus et de dépendances à la drogue, à l'alcool et à d'autres substances sont identifiés comme étant un groupe à haut risque de suicide.

Après avoir évalué leur stratégie d'action auprès de groupes d'hommes et de comités d'experts, les membres du CPS 02 ont lancé cette campagne multimédia Demander de l'aide... c'est fort ! Celle-ci vise à modifier certains stéréotypes traditionnels masculins et à diminuer les résistances à la demande d'aide. Son caractère positif, universel et en amont des problèmes, en font une première en son genre au Québec. En appui à cette campagne, d'autres volets du plan d'action ont donné lieu à la création de structures permanentes destinées à assurer une continuité d'action et à développer de nouvelles alliances intersectorielles (milieu industriel, régie régionale, CLSC, organismes communautaires, groupes sociaux, médias, etc.).

À ce jour, plus d'une centaine d'organismes et d'établissements ont emboîté le pas. Des milliers de personnes ont été interpellées et conscientisées. Certains milieux, jadis réticents à aborder des problématiques sociales, ont été joints et sensibilisés. Finalement, ils ont adhéré au mouvement de changement.

Conclusion
Au Québec, les hommes présentent des taux de suicide plus élevés que les femmes et ce, depuis de nombreuses années. Cependant, c'est depuis peu que l'on commence à les considérer comme un groupe à risque et que l'on s'intéresse à eux de façon spécifique au niveau de la prévention du suicide. La présence de nombreuses communications sur la question des hommes dans le cadre du premier congrès de la francophonie en prévention du suicide témoigne du changement d'attitude qui s'amorce face à la détresse des hommes. Et c'est là un pas considérable !

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 (Rév. 28/11/01