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La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 2, 2000

Le thème de ce numéro est « Suicide et orientations sexuelles ».photo Brigitte Fournierphoto André Marcoux

L'intervention dans la région de Chaudière-Appalaches

André Marcoux avec la collaboration de Brigitte Fournier, médecin conseil en maladies infectieuses à la RRSSS Chaudière-Appalaches


Créé en avril 1998, le Groupe régional d'intervention sociale (G.R.I.S.) Chaudière-Appalaches) intervient auprès des personnes homosexuelles. Les interventions ont d'abord été mises sur pied en 1996 par la Direction de la santé publique, de la planification et de l'évaluation, en collaboration avec des membres de la communauté gaie de la région. Ces derniers ont décidé de créer le G.R.I.S. Chaudière-Appalaches et de poursuivre les actions entreprises.

Les réalités en Chaudière-Appalaches
Certaines caractéristiques régionales, probablement présentes aussi dans d'autres régions similaires, sont propices à accentuer le sentiment d'isolement et la détresse psychologique dans lesquels sont plongées les personnes homo-
sexuelles. L'étendue géographique et l'absence de transports en commun rendent les regroupements difficiles, particulièrement pour les jeunes homosexuels. Les lieux de socialisation étant rares, les gais et lesbiennes de Chaudière-Appalaches doivent se rendre dans la région de Québec pour se retrouver. De plus, mis à part les services dispensés par le G.R.I.S., aucun autre service n'est spécifiquement destiné à cette clientèle dans la région.

L'approche
Au départ, nos activités visent la prévention des MTS et du VIH auprès de la communauté gaie de la région. Cependant, l'approche qui soutient tout le travail réalisé est globale. Elle se base sur le fait généralement reconnu que la majorité des problèmes de santé mentale vécus par les homosexuels
-plus particulièrement les jeunes- sont le résultat du stigmate social rattaché à l'homosexualité. En favorisant une meilleure acceptation de leur orientation sexuelle et en développant un environnement social bonifié autour des personnes gaies et lesbiennes, on vise à amélio-rer leur estime de soi. Ainsi, selon certains experts, une meilleure estime de soi réduirait les problèmes de santé mentale et de détresse psychologique et favoriserait l'adoption de comportements sécuritaires, particulièrement en matière de santé sexuelle.

Les réalisations
Depuis ses débuts, le G.R.I.S. Chaudière-Appalaches a réalisé plus de 400 interventions en démystification de l'homosexualité auprès des jeunes, particulièrement en milieu scolaire. De jeunes gais et lesbiennes spécialement formés interviennent sous forme de témoignages et d'animation. Ces rencontres visent à informer les étudiants des niveaux secondaires 3, 4 et 5 et du niveau collégial sur les MTS et sur l'homosexualité. Elles ont aussi pour objet de dédramatiser certaines situations de vie et d'aider ceux qui vivent leur orientation sexuelle difficilement. De l'information est aussi fournie sur les services disponibles dans la région.

En plus de ces activités, le G.R.I.S. offre des groupes de discussion pour gais et lesbiennes et un service de parrainage. Nombre de jeunes qui ont difficilement accès à ces groupes en raison de l'isolement géographique dans lequel ils se trouvent, préfèrent communiquer par le biais du courrier électronique. Cette approche confidentielle leur offre une écoute et une possibilité d'interaction intéressantes. Les homo-
sexuels de la région ont aussi accès à la ligne sans frais Gai Écoute pour obtenir des renseignements sur l'homosexualité, pour profiter d'une écoute attentive ou pour connaître les ressources de la région. Un bottin est également disponible. Il regroupe les coordonnées d'un ensemble d'intervenants sensibilisés grâce à une formation provinciale sur l'homo-sexualité. Ils sont disposés à recevoir une clientèle gaie et lesbienne. Pour faire également connaître ces services aux personnes qui ne s'identifient pas comme homosexuelles, une liste est publiée dans tous les hebdos régionaux de la région.

Dès le départ, des ententes de colla-boration ont été conclues avec les CLSC de la région. Ceux-ci ont accepté de participer aux démarches dans les milieux scolaires pour y mener des interventions de démystification. De plus, les CLSC reçoivent en référence les personnes homosexuelles en détresse ou leurs proches, qui éprouveraient le besoin d'un suivi individualisé.

Parmi les nombreux témoignages reçus par courrier électronique -particulièrement de la part des jeunes- certains sont extrêmement révélateurs de l'intense détresse psychologique et des périodes de doutes ou de remises en question qu'ils vivent avant de réaliser leur coming-out. Ces messages montrent bien qu'à cette étape de leur vie, certains envisagent le suicide comme seule porte de sortie. Voici quelques-uns des courriels reçus :

«...Je m'appelle François, j'ai 16 ans et j'ai peur d'être homosexuel. Je ne sais pas trop quoi faire, quoi penser. J'ai peur de la réaction des autres personnes. Je me sens drôle. Je sais que mes parents et mes amis détestent les homosexuels, que ça les dérange. Je ne sais pas trop comment agir pour ne pas éveiller les soupçons à l'école. Aidez-moi ! J'ai envie d'en parler, je vous laisse mon e-mail... ».

« ...J'ai vu votre site et je serais intéressé à en savoir plus sur le support que vous apportez. Je suis gai, il y a deux semaines, j'ai voulu me suicider, mais je ne suis pas passé à l'acte, j'ai reculé à la dernière
seconde. J'ai avalé 11 comprimés extra-fort de Tylenol et je me suis mis à avoir peur. Je suis suivi présentement par un psychologue, mais je n'ai personne dans mon entourage à qui en parler. Merci ! »

« ...J'ai besoin d'aide et je crois que je vis une bonne dépression et quelquefois j'ai envie de mourir. C'est très embrouillé dans ma tête. Ça va pas du tout ! Aidez-moi S.V.P. J'espère une réponse de vous ! »

« ...Je suis un gars de 15 ans, j'ai fait des rencontres par l'intermédiaire de l'Internet et j'ai vécu de belles expériences comme des mauvaises. Je me suis souvent questionné sur plein de choses et j'essayais de comprendre ou de trouver des réponses et je remercie le bon Dieu de me garder encore en vie !!! puisque moi aussi j'ai déjà pensé au suicide... En tout cas, je vais vous dire que c'est pas toujours évident, mais faut tenir bon et pas lâcher...».

Lors de nos interventions en milieu scolaire, nous avons été confrontés aux nombreux tabous et aux fausses croyances sur l'homosexualité qui y sont véhiculés. Le refus de reconnaître et d'accepter la réalité homosexuelle est parfois tellement fort que, dans certains milieux, les infirmières ont dû retirer de leur bureau des affiches touchant le thème de la diversité des orientations sexuelles. De nombreux enseignants n'abordent jamais le sujet de l'homosexualité dans le cadre de leur cours, soit par préjugés, soit par sentiment d'incompétence ou de peur de convertir les jeunes à l'homosexualité. Souvent, les profs qui en parlent à leurs étudiants ont à leur disposition des manuels qui, hélas ! entretiennent les mythes et les préjugés. Lors de nos interventions, nous avons été à même de constater qu'une grande majorité des enseignants d'orientation homosexuelle ne s'affichent pas comme tel dans leur milieu. Ce genre d'abstention contribue à rendre cette réalité encore plus invisible, privant ainsi les jeunes de modèles homosexuels positifs.

Dans un tel contexte de négation de la réalité homosexuelle, on peut présumer de la difficulté, pour un jeune, d'accepter son orientation sexuelle et de la dévoiler aux autres. On peut aussi aisément imaginer les résistances de ces milieux à accepter la tenue de rencontres abordant l'homosexualité. En dépit de l'ouverture de certains établissements scolaires, des relances répétées et de nombreux contacts téléphoniques personna-lisées sont le plus souvent nécessaires. Dans la majorité des cas, nous avons constaté que c'est grâce au concours anonyme d'enseignants eux-mêmes homosexuels ou connaissant bien une personne homosexuelle, qu'un grand nombre
d'interventions ont pu être réalisées.

Face aux difficultés rencontrées dans plusieurs milieux, nous avons invité un vaste éventail d'intervenants d'établissements scolaires (infirmières, psychologues, travailleurs sociaux, enseignants et directeurs d'école) à assister à la formation de sensibilisation sur l'homosexualité. Malheureusement, les personnes ayant le plus de préjugés face à l'homosexualité se sentent généralement peu concernées par ces formations et elles se déplacent difficilement pour y participer. Ces rencontres permettent pourtant de réduire bon nombre de malaises et de préjugés. En plus, elles ont apporté une nouvelle synergie dans notre milieu et créé une certaine ouverture face à la
réalité homosexuelle.

Le milieu scolaire est fortement interpellé par la problématique de l'homosexualité. L'ouverture des intervenants joue un rôle primordial dans le sentiment de bien-être du jeune homosexuel. Tous les intervenants et enseignants du milieu scolaire oeuvrant auprès des jeunes auraient donc avantage à être mieux préparés et sensibilisés à cette réalité. C'est là un sujet qui devrait être traité dans le cadre de leur formation de base et même lors des journées de formation continue. En augmentant leur confort face à l'homosexualité, les intervenants et les enseignants pourraient offrir un meilleur accueil aux jeunes homosexuels qu'ils côtoient.

L'expérience nous a démontré que dans notre région, les interventions et les services mis en place répondent à un réel besoin. Dans une certaine mesure, nous estimons avoir réussi à réduire l'isolement de ces personnes. Favoriser le mieux-être et prévenir le phénomène du suicide chez les jeunes homosexuels est un travail ardu et de longue haleine. Malgré certains acquis, il nous reste encore beaucoup de travail à accomplir.

Nous croyons que l'intervention auprès des jeunes constitue une option intéressante en raison des effets bénéfiques pour les jeunes homosexuels eux-mêmes, mais aussi pour les répercussions sur leur environnement social. En effet, les autres jeunes les côtoyant seront à leur tour générateurs de changements sociaux et comportementaux. On peut
communiquer avec le G.R.I.S. Chaudière-Appalaches
par téléphone (418) 774-4210
ou par courriel
Egal@writeme.com

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 (Rév. 28/11/01