La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 3, 2001
Le thème de ce numéro est « Suicide et Premières Nations ».
Nous ne sommes pas des oiseaux ou le revers de la médaille
Arlene Laliberté
Doctorante en psychologie communautaire à l'UQAM
Quand on pense aux Autochtones, trois images viennent tout de suite à lesprit : celle du vieux sage Indien coiffé de ses plumes, assis, jambes croisées, fumant sa pipe tranquillement ; celle du jeune et valeureux guerrier, toujours garni de ses plumes, combattant les pauvres cow-boys à la manière dHollywood ; ou encore, limage plus moderne du gros Indien paresseux, saoul, assis devant sa télé en attendant son chèque de « BS ». Aux lecteurs qui ont deviné que ces trois représentations ne sont que des préjugés véhiculés au sujet des Autochtones, je dis bravo ! Vous gagnez le prix de la compréhension. Pour les autres, voici un portrait général des Autochtones du Québec. Où sont-ils ? Qui sont-ils ? Et que mangent-ils en hiver ?
Il était une fois
Voici dabord un petit lexique, outil de dépannage pour vous aider à na-viguer entre le « politically correct » et lincident diplomatique. Lorsque Christophe Colomb « découvrit » lAmérique, il se croyait en Inde. En toute logique, les habitants devaient donc être des « Indiens » (même chose pour le maïs : « blé dinde » mais ça, cest une autre histoire). Quand on sest rendu compte que Christophe Colomb sétait égaré, quil ne se trouvait pas en Inde mais sur un « nouveau » territoire plus tard baptisé Amérique, lappellation de ses habitants devint alors « Indiens dAmérique ». Cest plein de bon sens. Sauf que lexpression « Indiens dAmérique » était beaucoup trop longue pour les voies de communication de lépoque. On sest donc contenté de les appeler les « Sauvages ». Bien quau début, ce terme fût uniquement employé pour décrire létat naturel dans lequel vivaient ces personnes (on rencontre ce vocable dans tous les vieux bouquins dhistoire), il est rapidement devenu péjoratif et synonyme de linfériorité de cette « nouvelle » race. On est donc revenu au patronyme « Indiens ». Et lon recommence !
Il y a Autochtones et Autochtones
Aujourdhui, il existe plusieurs possibilités pour désigner le peuple indigène du continent américain : Indien, Indien dAmérique ou sa version comprimée, Amérindien. Il y a aussi Autochtone, Aborigène, Indigène et Premières Nations, sans oublier Eskimau, Inuit et Métis. Mêlant, dites-vous ? Je vous comprends. En fin de compte, qui
est qui ? Et comment doit-on les appeler ?
Petit lexique dappellation
Pour désigner un descendant des premiers habitants de lAmérique, le terme « Indien » nétant plus très à la mode, il a été remplacé par « Amérindien ». « Premières Nations » est le nom adopté « dempowerment ». Les « Inuits », bien quhabitant eux aussi cette terre depuis des milliers dannées, sont exclus des appellations précitées pour des raisons dadministration gouvernementale. Autrefois appelés « Eskimau », on les désigne maintenant sous lappellation dInuit. Le terme « Métis » connaît la même particularité. Bien que généralement utilisé pour désigner une per-
sonne née du mariage mixte
dun(e) Amérindien(e) et dun(e) « Blanc(che) » (un autre terrain glissant...), il désigne aussi « les Métis », un groupe spécifique vivant principalement dans lOuest canadien, régi par des lois qui lui sont propres. Au Québec, il nexiste pas de village métis comme on pourrait en retrouver plus à louest du Canada. Pour désigner un Autochtone habitant au Québec, on peut utiliser indifféremment lun des deux termes
synonymes, Amérindien ou membre des Premières Nations ou bien Inuit, selon le cas. Il y a, cependant, des désignations à rayer définitivement de son vocabulaire : sauvage, kawiche, peau-rouge, squaw et chef, pour ne nommer que celles-là.
Qui sont-ils ?
Le Québec compte 11 nations autochtones sur son territoire : les Abénaquis, les Algonquins, les Attikamekws, les Cris, les Hurons-Wendat, les Malécites, les Micmacs, les Mohawks, les Innus (auparavant appelés Montagnais), les Naskapi et les Inuits.
Où sont-ils ?
Sur lensemble du territoire québécois, on dénombre 56 commu-nautés autochtones, communément appelées « réserves indiennes ». En consultant la carte, vous pouvez
constater que ces communautés couvrent une grande partie du Québec. Les Abénaquis se retrouvent dans la région Centre du Québec, les Algonquins habitent en Abitibi-Témiscamingue, les Attikamekws se concentrent dans la région de la Mauricie, les Hurons-Wendat résident près de Québec, les Malécites et les Micmacs se trouvent respectivement dans les régions du Bas du fleuve et de la Gaspésie, les Innus longent la Côte-Nord, les Mohawks sont regroupés dans la grande région de Montréal et les Cris, les Naskapis et les Inuits peuplent le Nord de la province. Plusieurs autochtones ayant quitté leurs communautés respectives pour diverses raisons, les études et le travail, notamment,
sinstallent le plus souvent dans une ville avoisinante de leur réserve ou dans de grands centres urbains comme Montréal ou Québec. Cette population « dautochtones urbains » peut recourir aux services dun Centre dAmitié autochtone. Nombreux au Canada, ces organismes à but non lucratif offrent à leurs membres et à la population en général des services daide à la recherche demploi, des ateliers dinformation et de relation daide et plusieurs activités socioculturelles.

Que mangent-ils en hiver ?
Bien quayant des caractéristiques communes, la plupart de ces groupes se distinguent les uns des autres par leur langue, leurs traditions et leurs coutumes. Lévangélisation et la sédentarisation des Autochtones ont contribué à la perte de leur mode de vie et à lapparition de problèmes sociaux dans leurs communautés. Par contre, étant un peuple résilient et créatif, un mouvement de réappropriation culturelle est en train
de gagner les communautés autochtones de lAmérique du Nord. Ces divers groupes se partagent symboles, traditions et art. Chacun deux a su sadapter en diversifiant ses activités de subsistance. Ainsi, on peut rencontrer de nombreuses
PME dans des communautés autochtones -entreprises de
construction, coopératives, institutions bancaires,
produits dexportation- qui offrent des produits et des services variés. On compte aussi quelques entreprises denvergure plus impressionnante, comme « Air Creebec » et « First Air », deux compa-gnies de transport aérien appartenant respectivement aux Cris et
aux Inuits.
Également les Autochtones ont su sin-
sérer sur le marché de lemploi en modifiant des aptitudes et des façons de faire traditionnelles. Certaines communautés étant restées semi-nomades, elles pratiquent encore le piégeage, la chasse et la pêche pour subvenir à leurs besoins. Bon nombre de personnes autochtones travaillent au reboisement des forêts. Certaines nations forment elles-mêmes les travailleurs en sylviculture et prônent le développement durable par la gestion intégrée des ressources. Quelques Autochtones sont propriétaires de pourvoiries et dautres y travaillent. Certaines communautés ont mis sur pied un centre dinterprétation de la culture offrant des ateliers sur leur langue, leur artisanat et leurs façons de faire traditionnelles.
Plusieurs villages sont fiers daccueillir des touristes. Et certains des artistes autochtones connaissent une renommée internationale.
Bref...
Cétait là un très court portrait de quelques-uns des aspects parmi les moins connus des communautés autochtones du Québec. Cest, en quelque sorte, une invitation à découvrir ce peuple méconnu. Alors, la prochaine fois que vous penserez aux Autochtones, ne pensez pas « plumes ». Pensez diversité, dynamisme et persévérance. Et laissez donc les plumes à leurs légitimes propriétaires, les oiseaux.
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