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La revue le Vis-à-vie, vol. 10 nº 3, 2001Le thème de ce numéro est « Suicide et Premières Nations ». Le suicide en milieu autochtone : un point de vue traditionalisteCharles Coocoo Selon certains de nos aînés, le premier suicide dans notre communauté serait survenu vers 1975 : un homme qui travaillait de nuit en forêt sur une machine à couper les arbres. Quand le jour arrivait, il souffrait de constater les dégâts quil avait lui-même infligés à la beauté de la forêt. Dans les années 1980, les suicides se sont multipliés et aujourdhui encore, nous avons la douleur de voir certains de nos jeunes senlever la vie. Lun de nos aînés, à qui nous avions demandé la raison de tous ces pro-blèmes avec les jeunes, a expliqué. « ...Cest parce que nous avons abandonné nos cérémonies et nos rituels traditionnels. Il va nous falloir les faire revivre à nouveau ». La rencontre de deux mondes Les premières conversions se seraient déroulées dans un climat de La prise de contrôle de nos « âmes » sest faite conjointement avec celle de nos territoires, alors quon nous forçait à la sédentarisation. Ces robes noires, qui ont usurpé la place de nos aînés et de nos guides spirituels, voulaient nous persuader que nos croyances et nos cérémonies millénaires étaient au service du démon. Tuer lIndien dans lenfant Combien dentre nous ont subi des abus sexuels par ceux-là même qui nous imposaient de nous confesser à toutes les semaines ? Nous avons été forcés au silence, de moins en moins capables de parler à nos parents -bien souvent dominés par linfluence de lalcool- ou à nos grands-parents, dominés par linfluence du curé de la communauté. Pour nous, il est bien difficile de séparer le problème du suicide de tous ces efforts pour « tuer lIndien dans lenfant » ! Lenfant sacré Lenfant nappartenait pas quà ses parents, cest toute la communauté, principalement la famille élargie, qui était responsable de son développement. Je me souviens de ce mode de vie en forêt durant mon enfance, avant la séparation davec ma famille pour aller au pensionnat. Quand les parents partaient à la chasse ou que la famille connaissait des difficultés, lenfant était gardé par ses grands-parents et le soir, il pouvait sentendre raconté des histoires, des légendes et des berceuses, ainsi transmises depuis bien longtemps. En Atikamekw, le mot « enfant » se dit « awashish », qui peut se traduire par « petit être de lumière ». Lors de la cérémonie du nouveau-né, toute la communauté était réunie en cercle autour dun feu sacré. Entrant dans le cercle par une ouverture du côté de lEst, la mère commençait la cérémonie en souhaitant la bienvenue à ce petit être, en lui disant vouloir quil fasse la connaissance de toute sa parenté. Elle le présentait dans les quatre directions cardinales. Ensuite, les grands-parents lui disaient quils étaient eux aussi responsables de son éducation. Toutes les personnes réunies dans le cercle prenaient ainsi lenfant à tour de rôle et, dans un murmure, se présentaient à lui. La mère faisait ensuite loffrande de tabac dans le feu sacré, pour affirmer la parenté de lenfant avec le cosmos Quelques mois plus tard, on célébrait la cérémonie des premiers pas, alors que lenfant était accueilli parmi les humains qui marchent sur terre. Lenfant y entendait déjà parler du rôle quil aurait à jouer pour soutenir sa communauté. Tous les passages de la vie étaient accompagnés de rituels qui rappelaient la dimension sacrée des rapports entre lindividu et la communauté. Chacun des âges était célébré et valorisé dans le cercle de la vie. Le retour aux sources
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