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La revue le Vis-à-vie, vol. 11 nº 1, 2001

Le thème de ce numéro est « Suicide et marginalité ».photo auteur

Troubles des conduites et suicide à l'adolescence

Johanne Renaud, MD, MSc, FRCPC
Hôpital Ste-Justine


Le taux de suicide chez les adolescents du Québec est parmi les plus élevés tant sur le plan national que dans l'ensemble des pays industrialisés. Les statistiques indiquent une augmentation des taux de suicide chez les Québécois âgés de 19 ans et moins, de 1980 à 1996 (de 11,1 par 100,000 habitants à 20,5 par 100,000). Le suicide est actuellement la première cause de mortalité chez les adolescents, suivi de près par les accidents.

Des études récentes par autopsies psychologiques des jeunes décédés par suicide ont permis de dégager que la présence d'un ou de plusieurs troubles psychiatriques se retrouvait dans plus de 90 % des cas de suicide complété. Le trouble de l'humeur (par exemple, la dépression majeure) constitue le principal trouble rapporté. On trouve également l'abus de substances (alcool ou drogues) et le trouble des conduites. Ce court article porte plus particulièrement sur le trouble des conduites en tant que facteur de risque associé au suicide complété.

Caractéristiques du trouble des conduites ?
Le trouble des conduites au sens psychiatrique se définit comme un ensemble de conduites répétitives et persistantes, dans lequel sont bafoués les droits fondamentaux d'autrui ou les normes et règles sociales correspondant à l'âge du sujet (par exemple, conduites agressives où des personnes sont blessées ou menacées, vandalisme, fraudes ou vols, violation grave des règles établies, etc.). Ces jeunes ont tendance à minimiser leurs problèmes de comportement. Même leurs parents ne sont pas toujours bien informés des comportements qu’ils ont manifestés. Ces comportements durent habituellement depuis au moins une année et ont entraîné une altération significative du fonctionnement social, familial et scolaire chez ces jeunes. Chez les moins de 13 ans, on pourra retrouver des fugues prolongées et des périodes d'école buissonnière répétées. Souvent un trouble de l'hyperactivité aura été présent préalablement au développement du trouble des conduites. On retrouvera chez les parents de ces jeunes ce même type de problématique et une association avec des troubles d'abus de substances.

Plus les comportements seront apparus tôt (avant l’âge de 10 ans) et plus le risque de développer une personnalité antisociale à l’âge adulte sera élevé. Lorsque les troubles apparaissent pour la première fois à l’adolescence, les aptitudes à la socialisation semblent meilleures et entraînent moins le développement d’une personnalité antisociale. Parmi les jeunes présentant un trouble des conduites et ayant développé un mode de vie délinquant, c’est-à-dire une personnalité de type antisocial, passé le cap de la vingtaine, ceux-ci demeureront à très haut risque de suicide.

Troubles des conduites et suicide
Les moyens utilisés pour se suicider seront souvent drastiques (arme à feu, pendaison) et les moments de crise seront d'apparition rapide et marqués par des sentiments de rage et de désespoir. Une tentative de suicide antérieure ou des antécédents familiaux devraient alerter les cliniciens. L'utilisation de drogues et d'alcool entraîne une plus grande perturbation du contrôle sur les impulsions et facilite le passage à l'acte. La présence de plusieurs troubles à la fois, comorbidité entre les troubles des conduites et un trouble de l'humeur ou un trouble anxieux parfois atypique sont possibles. Des antécédents personnels de mauvais traitements physiques ou sexuels devaient être considérés dans l'évaluation. Les autres facteurs de risque rapportés par la littérature, dont les événements déclencheurs comme les arrestations, les suspensions scolaires et les comparutions en Cour sont aussi à évaluer. D'autre part, les conflits familiaux et interpersonnels sont également à regarder attentivement.

Étant donné la nature des conduites par définition répétitives et persistantes, les traitements déployés pour ces problématiques devraient être pluridisciplinaires et viser des objectifs de réussite réalistes. La composante suicidaire arrive au décours de ces problématiques fort complexes et doit être évaluée en fonction de l'évolution du trouble. Des modèles de fonctionnement ancrés et répétés doivent être travaillés par étape de façon intensive et à long terme avant d'être modifiés. La prévention de tels comportements permettrait d'éviter des conséquences négatives à plus d'un niveau. Le travail auprès des familles à risque, mettant l'accent sur la prévention de la consommation de substances, sur le décrochage scolaire et sur le dépistage des maladies psychiatriques à l'enfance et à l'adolescence semble ressortir comme point d'entrée dans l'aide à apporter.

L’intervention
Au plan de l’intervention, les approches seront individualisées selon le milieu de vie du jeune. Dans plusieurs cas, les jeunes devront recevoir cette aide via les services de psycho-éducation et de rééducation des Centres jeunesse, étant donné les familles souvent chaotiques, désorganisées ou en situation d’abus. Les approches psychothérapeutiques utilisant la résolution de problèmes, la thérapie familiale ou la thérapie comportementale seront à privilégier selon les cas. Des interventions de groupe permettant de travailler la socialisation et d’intégrer les règles à observer sont aussi pertinentes. Dans les cas plus sévères, la judiciarisation des dossiers et la présence de conséquences légales s'avéreront thérapeutiques. Enfin, la médication en tant que complément au traitement pourra être bénéfique dans les cas le nécessitant.

Devant une problématique suicidaire reliée au trouble des conduites, la concertation intersectorielle et continue des services auprès des jeunes entre les différents milieux d'intervention s’avère essentielle et permet d’espérer l'amélioration de l'évolution de cette problématique sévère.

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72  9 août 2004 
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 (Rév. 31/05/04