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La revue le Vis-à-vie, vol. 11 nº 1, 2001Le thème de ce numéro est « Suicide et marginalité ». Sans domicile fixe : un risque pour la vie ?Sophie Trudel Bien que litinérance chez les adolescents soit un phénomène qui existe de tout temps, il semble en recrudescence depuis une quinzaine dannées, au Québec (1). Cette augmentation est inquiétante, étant donné la multitude de problèmes auxquels font face ces jeunes sans-abri. Laccentuation du potentiel suicidaire chez eux est également connue. Par le biais de différentes politiques, les deux paliers gouvernementaux ont montré la nécessité dagir pour améliorer cette situation préoccupante. Le gouvernement fédéral a établi, en effet, des mesures pour améliorer le sort des itinérants au pays (2). Le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux a aussi investi des sommes importantes pour assurer une intervention plus efficace en regard de la détresse chez les jeunes itinérants (3). Dans les suites de ces priorités gouvernementales, nous avons décidé de nous intéresser à la problématique suicidaire chez les jeunes sans domicile fixe dans le cadre dun projet de maîtrise en psychologie. Le projet se poursuivra au doctorat et ce, sous la direction de Réal Labelle, professeur à lUQTR et chercheur au CRISE de lUQAM. Qui sont les jeunes sans domicile fixe ? Ces jeunes sont souvent partis sans le consentement de leurs parents et sont libres de revenir à la maison. Ensuite, il y a les évincés, encouragés, voire même forcés par leurs proches, à quitter le foyer faute de moyens financiers ou parce quils présentent des troubles importants de la conduite. Ces jeunes se retrouvent donc à la rue de façon involontaire. Dans le cadre de nos recherches, nous nous attarderons aux jeunes sans domicile fixe âgés entre douze et vingt et un ans qui nont pas vécu avec leurs parents (ou un substitut) au cours de la semaine précédant lentrevue et qui nont aucune résidence permanente au moment de la rencontre. Que savons-nous deux ? Or, on note une prévalence de 10 % à 37 % de jeunes sans domicile fixe ayant fait une tentative de suicide au cours de leur vie (5), en plus dun important taux didéations suicidaires (6). Ces données sont dautant plus inquiétantes du fait que ladolescent(e) ayant fait une tentative de suicide présente un risque élevé de refaire une tentative et de compléter un jour son suicide (7). À la lumière de ce risque, il devient important de pouvoir distinguer les jeunes ayant fait une tentative de suicide, de ceux présentant des idéations suicidaires et de ceux qui sont non-suicidaires. Cette spécification permettrait de bonifier lintervention en la rendant plus adaptée au vécu du jeune et au risque qui en découle. Dans une étude parue en 1998, dans le Journal of Youth and Adolescence, Yoder, Hoyt et Whitbeck (8) présentent les facteurs de risque associés aux conduites suicidaires pour un échantillon de deux cent quatre-vingt-dix-sept jeunes sans domicile fixe du Midwest américain. Les résultats montraient que labus sexuel par un proche, la proximité dun ami ayant fait une tentative ou sétant suicidé, labus de drogue et le fait de présenter des comportements internalisés tels que de la dépression et une faible estime de soi étaient hautement associés aux conduites suicidaires éventuelles. En 1999, Yoder (9) apporta des précisions sur ces facteurs, mais cette fois en séparant les jeunes selon : 1) quils aient auparavant fait une tentative, 2) quils présentaient des idéations suicidaires sérieuses et 3) quils étaient non suicidaires. Il a ainsi observé que les jeunes ayant fait une tentative de suicide présentaient significativement plus de risques que les deux autres groupes, davoir été victimes dabus physique ou sexuel par un membre de leur famille, davoir aussi été victimes de sévices sexuels une fois laissés à eux-mêmes et davoir un ami ayant fait une tentative de suicide. Pourquoi adopter ce mode de vie ? Selon cette théorie, chaque personne est tentée de sélectionner, dans un nouvel environnement, ce qui était présent dans les précédents, amplifiant ainsi certaines dispositions comportementales. Cette théorie a déjà été utilisée pour expliquer les problèmes vécus par les jeunes sans domicile fixe. Ainsi, plusieurs de ces jeunes sont issus de parents abuseurs et une fois laissés à eux-mêmes, ils sont portés vers des situations qui comportent des risques certains pour déventuels abus. De plus, la culture de la rue encourage les comportements antisociaux lesquels incluent labus dalcool et de drogues, en plus des moyens de subsistances déviants (prostitution, vol, commerce de la drogue). Laccumulation de ces situations stressantes aura pour impact de confronter ces jeunes à dimportants risques pour leur santé mentale. Cette théorie montre davantage les facteurs de risque associés à lerrance urbaine et présente une vision différente de ce que rapporte Parazelli (11). De fait, Parazelli présente davantage les facteurs de protection qui peuvent résulter dun tel choix. Il rappelle que la situation de ces jeunes est le résultat dun processus dexclusion institutionnel. Ces jeunes ont été rejetés, abandonnés et surtout incompris. Ils se retrouvent pourvus de modèles dautorité parentale contestables et possèdent peu de repères sociaux, à un âge où lidentité se trouve souvent en crise. Malgré tout et même si la socialisation trouvera son cours dans un milieu en marge, la rue représente pour ces jeunes un véritable point de repère à partir duquel va pouvoir sorganiser une quête de survie identitaire. Ayant trop souvent été victimes dabus, ces jeunes perçoivent en effet la rue comme la possibilité dexister en tant que sujet. Pour des adolescents fuyant des conditions difficiles, ce choix de vie peut être considéré comme une forme de protection sociale. Ainsi, il leur sera possible de se rebâtir une identité, même si linsécurité et les risques sont grands. Ces deux points de vue qui permettent une compréhension plus nuancée, montre la nécessité de poursuivre des recherches afin de déterminer ce qui protège ou ce qui met en danger lexistence de ces jeunes. Ceci encore une fois en vue daméliorer lintervention tout en diminuant le potentiel suicidaire. Suivant les résultats de ces recherches et lexpansion que connaît la province concernant cette délicate population, il semble souhaitable de mieux comprendre ces jeunes et les processus par lesquels ils deviennent suicidaires. Mieux comprendre pour mieux intervenir Ainsi, ce partenariat permettra de poursuivre les objectifs communs suivants : Notes 1. Ministère de la Santé et des Services sociaux (1998). Pour une stratégie de soutien du développement des enfants et des jeunes, Agissons en complices. Québec : Gouvernement du Québec.
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75 9 août 2004
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