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La revue le Vis-à-vie, vol. 11 nº 1, 2001Le thème de ce numéro est « Suicide et marginalité ». Les conduites suicidaires et les facteurs associés chez les jeunes de la rue de MontréalÉlise Roy, MD, MSc Depuis 1995, nous conduisons une étude de cohorte chez les jeunes de la rue de Montréal dont le but premier est danalyser lévolution des comportements associés à linfection au VIH. Déjà en 1997, nous observions un taux élevé de mortalité chez les participants, soit 13 fois plus élevé que chez les autres jeunes québécois du même âge (Roy, Boivin, Haley et Lemire, 1998). La cause principale des décès était le suicide. Bien que des études aient déjà permis dobserver de fortes prévalences de détresse psychologique, de dépression et de conduites suicidaires chez les jeunes de la rue (Health & Welfare Canada, 1993; Smart, Adlaf, Walsh et Zdanowicz, 1992; 1994; Rotheram-Borus, Koopman et Ehrhardt, 1991; Yates, MacKenzie, Pennbridge et Cohen, 1988; Farrow, Deisher, Brown, Kulig et Kipke, 1992), aucune navait documenté les suicides avérés. Nos résultats inédits nous ont incités à mieux documenter limportance des conduites suicidaires et les facteurs associés chez les jeunes de la rue de Montréal. Analyse descriptive des conduites suicidaires Léchantillon est constitué de 61,9 % de garçons, la moyenne dâge est de 20,1 ans. Voici, dans le tableau qui suit (TABLEAU 1), une brève description par rapport aux questions demandées sur le suicide pour léchantillon de ces 352 jeunes. Tableau 1 : Antécédents de conduites suicidaires (N=352) Au niveau des caractéristiques socio-démographiques, on observe que les deux groupes sont semblables. Chez les jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes, lâge moyen était de 19,9 ans, 57,0 % étaient des garçons et 96,2 % étaient nés au Canada. Chez les jeunes nayant jamais eu didées suicidaires, lâge moyen était de 20,3 ans, 62,4 % étaient des garçons et 95,2 % étaient nés au Canada. Une histoire de vie chaotique est en revanche plus fréquente chez les jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes. En effet, 75,9 % de ces derniers ont une histoire de fugue comparativement à 56,8 % des autres jeunes (différence statistiquement significative, p=0,005). Toujours chez ceux avec idées suicidaires sérieuses récentes, 70,9 % ont une histoire dexpulsion de leur foyer en comparaison à 48,0 % des autres jeunes (p=0,001). Labus sexuel est aussi plus fréquent chez les jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes avec 24,3 % qui ont déjà subi un abus sexuel par un membre de la famille ou une personne en position dautorité comparativement à 11,2 % de ceux nayant jamais eu de pensées suicidaires (p=0,013). Il en va de même pour labus sexuel par un étranger où ces proportions sont respectivement de 44,3 % et 19,4 % (p<0,001). À la question sur lorientation sexuelle, 22,4 % de ceux avec idées suicidaires sérieuses récentes ont dit être homosexuels ou bisexuels alors que cette proportion est de 6,7 % parmi ceux qui nont jamais pensé au suicide (p=0,001). Enfin, à propos des comportements à haut risque, soulignons quune histoire de prostitution (activités sexuelles en échange dargent, de drogue ou dautre chose) est rapportée par 50,6 % des jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes comparativement à 17,9 % des autres jeunes (p<0,001). Par ailleurs, linjection de drogues est plus fréquente chez les jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes (53,2 %) comparée à la fréquence chez ceux qui nont jamais pensé à se suicider (39,2 %). Cette différence est à la limite de la signification statistique (p=0,051). Nous avons comparé certaines variables portant sur la période des six mois (ou du mois pour lalcool) précédant lentrevue afin détudier les associations présentes dans la période où sont survenues les idées suicidaires sérieuses récentes. Nous constatons que 84,8 % des jeunes ayant eu ces idées ont été sans-abri dans les six mois précédant leur entrevue alors que cette proportion est de 71,2 % chez les jeunes nayant jamais eu didées suicidaires (différence statistiquement significative, p=0,026). Étonnamment, plusieurs jeunes (94,6 %) ont eu des contacts avec leurs parents durant cette période mais la proportion est aussi élevée dans les deux groupes. À propos de la consommation récente de substances psychoactives, il ny a pas de différence significative concernant la fréquence de consommation dalcool dans le mois précédant lentrevue entre les deux groupes. En effet, 6,3 % des jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes et 13,6 % des autres jeunes disaient avoir consommé de lalcool tous les jours (p=0,103). Le tableau est différent du côté de la consommation de drogue. Selon léchelle DAST (Skinner, 1982) (TABLEAU 2) que nous avons située dans les six mois précédant lentrevue, les jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes étaient plus nombreux à présenter une consommation problématique que les jeunes nayant jamais pensé au suicide. Tableau 2 : Échelle de consommation de drogues dans les six mois avant lentrevue Enfin, plus de jeunes avec idées suicidaires sérieuses récentes rapportaient avoir fait de la prostitution dans les six mois précédant leur entrevue (38,0 %) que les autres jeunes (13,6 %) (p<0,001). En conclusion, il semble que comparés aux autres jeunes de la rue, les jeunes ayant des conduites suicidaires sérieuses sont encore plus nombreux à rapporter des antécédents de vie chaotique. Par ailleurs, les statistiques sur lorientation sexuelle suggèrent quil y a plus de détresse psychologique chez les jeunes homosexuels ou bisexuels. Dans les mois contemporains à cet épisode didées suicidaires sérieuses, certaines conduites à haut risque, comme la prostitution et la consommation de drogues problématiques, semblent être associées aux pensées suicidaires. Bien que cette étude ne permette pas de conclure à une relation de cause à effet entre les phénomènes observés, elle démontre tout de même le besoin important de développer des services adaptés en santé mentale pour cette population vulnérable. Références Farrow, J.A. (Editor), Deisher, R.W., Brown, R., Kulig, J.W. et Kipke, M.D. (1992). Health and health needs of homeless and runaway youth. Journal of Adolescent Health, 13: 717-726.
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71 9 août 2004
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