La revue le Vis-à-vie, vol. 11 nº 1, 2001
Le thème de ce numéro est « Suicide et marginalité ».
Projet dintervention concertée sur le suicide chez les jeunes aux prises avec de graves difficultés dadaptation sociale et affective
François Chagnon Ph.D.
Conseiller à lInstitut universitaire des Centres jeunesse de Montréal
Assistant directeur au CRISE Université du Québec à Montréal
Les jeunes en difficulté, notamment les jeunes que desservent les Centres jeunesse du Québec et leur réseau de partenaires forment un groupe à risque élevé de suicide. Une étude récente menée par un groupe de travail sur la problématique du suicide parmi les clientèles des Centres jeunesse a montré quau moins 32 % (57/177) des jeunes québécois de 18 ans et moins, décédés par suicide au Québec au cours des années 1995 et 1996 avaient reçu des services des Centres jeunesse; 79 % de ces jeunes recevaient encore des services au cours de lannée précédant leur suicide.
Les tentatives de suicide sont exceptionnellement élevées chez ce groupe de jeunes. Létude de Chagnon (1998) menée auprès de 160 adolescents admis en Centre jeunesse dans la région de Montréal entre avril 1995 et mai 1996 montre que 39 % (n = 62) des participants ont commis une tentative de suicide. Cinquante-neuf pour-cent de ces jeunes ont reçu des soins dun médecin à la suite de leur tentative de suicide et 47 % ont été hospitalisés à la suite de cet événement. Ces taux sont de 5 à 10 fois supérieurs à ceux observés chez les adolescents québécois.
Les conclusions dun groupe dexperts ayant examiné la problématique du suicide chez les jeunes du réseau des Centres jeunesse pointent les difficultés de concertation et le manque de formation comme des obstacles majeurs à lintervention sur le suicide auprès des jeunes en difficulté .
Un projet innovateur
Sur la base de ces constats, les Centres jeunesse de Montréal et le département de pédopsychiatrie de lhôpital Sainte Justine, en collaboration avec Suicide-Action Montréal, le CHUM ainsi que des partenaires de la communauté , ont initié à lautomne 1999, avec le soutien de la Régie régionale de Montréal-Centre un projet innovateur. Il sagit du Projet dintervention concerté sur le suicide chez les jeunes qui vivent de graves difficultés dadaptation sociale et affective.
Ce projet pilote vise à définir et à implanter, sur deux territoires de CLSC, un modèle dintervention concertée sur le suicide chez les jeunes usagers du réseau des Centres jeunesse de Montréal et de leurs partenaires de lintervention.
La clientèle cible est celle des jeunes âgés de 6 à 18 ans qui reçoivent, en raison de leurs difficultés, des services des Centres jeunesse de Montréal ou dun CLSC. Ces jeunes et leur famille sont également susceptibles de recevoir conjointement des services médicaux. La majorité de ces jeunes fréquentent lécole de leur quartier. Il sagit de jeunes qui présentent à des niveaux différents, un risque de suicide en raison de leur état de santé mentale et de leur histoire de vie.
Au cours de lannée 2000, 16 978 jeunes usagers et leur famille ont reçu des services des Centres jeunesse de Montréal. La grande majorité de ces jeunes étaient desservis dans leur milieu naturel, leur situation pouvant ainsi impliquer lintervention de nombreux organismes partenaires, notamment celle des CLSC, des milieux scolaires, des Centres hospitaliers et des Centres de prévention du suicide. Ce large continuum dinterventions comporte des difficultés particulières à différents niveaux lorsque la problématique en cause implique une composante suicidaire : dépistage, évaluation du risque, surveillance continue, planification de lintervention, traitement et intervention en situation de crise suicidaire.
Le projet se situe dans la lignée des orientations prioritaires de la Régie régionale de Montréal-Centre concernant les actions dispensées aux clientèles jeunesse, notamment le développement à Montréal dun Projet jeunesse. Il se développe dans loptique de la stratégie québécoise daction face au suicide, énoncée par le ministère de la Santé et des Services sociaux.
Vers un modèle intersectoriel dintervention concertée
Depuis lautomne 1999, une quarantaine dintervenants, gestionnaires, chercheurs et conseillers des Centres jeunesse de Montréal, des CLSC, des Centres hospitaliers, des milieux scolaires et des organismes communautaires ont participé activement à des travaux visant à déterminer un modèle intersectoriel dintervention concertée auprès des jeunes à risque de suicide. Ce modèle pourrait par la suite être généralisé à dautres territoires de CLSC. Le processus de travail comportait les quatre étapes suivantes :
1. Identification des problèmes et des solutions
2. Établissement des priorités et planification de la mise en uvre des solutions
3. Implantation du modèle
4. Évaluation
Lensemble des travaux sont chapeautés par un processus de recherche évaluative impliquant la collaboration du Centre de recherche et dintervention sur le suicide et leuthanasie (CRISE).
Le projet est actuellement à la phase de limplantation. Des mesures de suivi continu permettent den apprécier lévolution et dy apporter les correctifs nécessaires. Bien que le projet soit toujours en expérimentation, les travaux réalisés jusquà présent ont déjà mené à des réalisations tangibles :
- Révision des contenus de formation des intervenants
- Identification de méthodes afin dévaluer les formations
- Mise en place dun outil facilitant lobservation des comportements précurseurs du suicide
- Création dun outil de suivi des interventions
- Conception dun outil daide à la gestion du risque de suicide
- Mise en place déquipes réseaux intersectoriel
De pair avec lensemble de ces activités, un groupe de travail sous la direction scientifique de Rachel Bigras, examine plus spécifiquement la question de la problématique du suicide chez les enfants de 6 à 12 ans. Ces travaux ont pour but dassurer les adaptations nécessaires aux caractéristiques des enfants. Un rapport décrivant le développement et limplantation de lensemble du projet sera disponible en mai prochain. Enfin, les partenaires du projet amorcent dès maintenant la généralisation de celui-ci sur trois autres territoires de CLSC, à Montréal.
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