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La revue le Vis-à-vie, vol. 11 nº 1, 2001

Le thème de ce numéro est « Suicide et marginalité ».photo auteur

Implantation d’un protocole d’intervention auprès des jeunes suicidaires dans les Centres jeunesse

Jean Boilard
Conseiller principal
Association des Centres jeunesse du Québec


Le contexte
C’est en janvier 1998, à la suite de la secousse produite par le suicide d’un jeune de 14 ans, qu’un groupe composé de représentants du Collège des médecins, de l’Association des Centres jeunesse et du Protecteur du citoyen débutait ses travaux de révision du processus d’intervention auprès des jeunes suicidaires dans les Centres jeunesse. En cours de travail, les membres de ce groupe constataient des lacunes dans les pratiques des Centres jeunesse. Elles avaient trait, notamment à la documentation versée au dossier des jeunes traversant une crise suicidaire, à la transmission de l’information entre tous les adultes concernés par le dossier d’un jeune suicidaire, aux mécanismes de référence et d’accompagnement des jeunes vers les professionnels du réseau médical et hospitalier et, finalement, au contrôle des compétences du personnel de première ligne en regard des protocoles existants.

À la suite du dépôt du rapport et des recommandations de ce groupe de travail, en avril 1999, monsieur Pierre Lamarche, directeur général de l’Association des Centres jeunesse et le Dr Yves Lamontagne, président du Collège des médecins, convenaient de développer conjointement un nouveau protocole d’intervention auprès des jeunes suicidaires dans les Centres jeunesse. Des représentants de l’Association des hôpitaux et de l’Association des CLSC et des CHSLD étaient invités à se joindre aux personnes mandatées par les deux associations pour bâtir le protocole. Un an plus tard (mai 2000), le travail était complété. Les principaux interlocuteurs, touchés par l’application du protocole, ont maintenant entre les mains un protocole qui vient corriger les lacunes observées dans la pratique des intervenants et dans les processus organisationnels.

Les caractéristiques du protocole
Ce protocole repose sur le principe que plus jamais les intervenants des Centres jeunesse ne doivent se retrouver seuls face à la problématique des jeunes suicidaires. Ils doivent accepter leur niveau d’expertise face à la problématique et compter sur le soutien et l’expertise des autres intervenants, dans des rôles bien définis, pour contrer le suicide.

Ce protocole se démarque de ceux déjà en place dans les Centres jeunesse par les caractéristiques suivantes :

Il situe la problématique du suicide à l’intérieur de celles, plus larges, de la psychopathologie et de la détresse psychologique.
Il partage les responsabilités entre trois niveaux d’intervention. Il ne suppose donc pas que chacun des intervenants doit être en mesure d’effectuer la totalité de l’intervention, du dépistage au traitement.
En contrepartie, il s’appuie sur la constitution d’une équipe-soutien multidisciplinaire interne et externe au Centre jeunesse et d’un troisième niveau de spécialistes externes au Centre.
Il nécessite l’inclusion de ressources médicales et infirmières.
Il prévoit que l’équipe-soutien multidisciplinaire offre une disponibilité 24/7 aux intervenants du premier niveau.
Il définit certaines exigences à l’égard du mécanisme de circulation de l’information et de la référence.
Il précise la nature de l’information à verser au dossier du jeune.

Le fonctionnement du protocole
Le protocole vise deux types de situations : celle où il y a eu passage à l’acte suicidaire et celle sans passage à l’acte. Pour chacune de ces situations, le protocole :
Identifie les actions à accomplir et l’ordre de réalisation de ces actions;
Précise qui doit accomplir chaque action;
Spécifie quelle information doit être colligée et transmise à chaque étape du processus;
Pose les conditions d’un bon processus de transmission de l’information.

Le protocole prévoit trois niveaux d’intervention, allant de l’intervention générale à l’intervention spécialisée.

Premier niveau d’intervention
Le premier niveau est composé de l’ensemble des intervenants du Centre jeunesse. Ils se voient confier des responsabilités de dépistage, de référence et de collaboration au traitement. Tout intervenant qui travaille avec un jeune, en milieu interne ou à l’externe, fait partie de ce premier niveau d’intervention et il doit assumer les responsabilités confiées à ce premier niveau d’intervention.

Deuxième niveau d’intervention
Il est composé d’une équipe-soutien multidisciplinaire spécialisée en évaluation et en intervention sur la psychopathologie et le suicide. Plus précisément, les professionnels identifiés à ce niveau ont la responsabilité de recevoir, sur référence des intervenants du premier niveau, des jeunes suicidaires ou perçus comme tel, de les évaluer, de leur prodiguer les traitements requis, d’établir les grandes orientations du plan d’intervention et de conseiller les intervenants du premier niveau ou de procéder à la référence vers le troisième niveau si nécessaire. Les membres de cette équipe sont des professionnels recrutés sur la base de leurs compétences en ces domaines, mais l’équipe doit notamment comprendre des ressources médicales et infirmières. En fait partie d’office, le personnel du service de santé du Centre jeunesse, lorsque le Centre dispose d’un tel service. On l’aura compris, le deuxième niveau d’intervention peut compter des professionnels à l’emploi du Centre mais aussi intégrer des professionnels d’établissements partenaires : CLSC, hôpitaux, polycliniques, etc.

Le troisième niveau d’intervention
C’est celui des psychiatres et des pédopsychiatres. C’est à ce niveau que sont réalisés les évaluations et les traitements spécialisés, sur référence, d’un membre de l’équipe-soutien multidisciplinaire du 2e niveau. Les professionnels de ce niveau ont également la responsabilité de supporter l’intervention de l’équipe du deuxième niveau.

Et plus encore…

  • Le protocole précise les engagements que doit respecter l’établissement qui l’adopte (par exemple, « s’assurer que chaque intervenant connaisse bien le protocole », « fournir à ses intervenants les outils et instruments cliniques et de communication requis »).
  • Le protocole dresse la liste des dispositions organisationnelles à mettre en place en vue de son implantation (par exemple, « constituer une équipe-soutien multidisciplinaire de 2e niveau », « s’assurer que les intervenants en place sont en mesure d’appliquer les techniques de réanimation et de premiers soins »).
  • Le protocole fait le sommaire des responsabilités confiées aux différents acteurs appelés à intervenir auprès d’un jeune suicidaire.
  • Un formulaire de référence accompagne le protocole et en fait intégralement partie.

Les suites
Depuis l’approbation du protocole, l’Association des Centres jeunesse et le Collège des médecins ont mis sur pied un comité provincial de suivi. Le mandat sera d’exercer une activité de monitoring de l’implantation du protocole dans les différentes régions du Québec (échéance fixée à décembre 2001), de maintenir actif un forum de responsables régionaux et, enfin, de coordonner le développement d’un programme visant à évaluer les effets et les résultats du protocole.

Le monitoring de l’implantation du protocole se fera, notamment, en prêtant assistance aux régions où le recrutement des médecins est difficile. Ceci, en proposant tous les amendements au protocole que l’épreuve de la réalité pourrait révéler nécessaires et en suggérant des pistes de solution aux différents problèmes rencontrés.

En parallèle se poursuivent depuis plusieurs mois déjà, des travaux de révision du curriculum des programmes de formation actuels sur le suicide, afin de l’harmoniser au protocole provincial nouvellement adopté. Ces travaux vont bon train et un nouveau manuel du participant à ces formations devrait être disponible d’ici février 2001.

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57  9 août 2004 
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 (Rév. 01/06/04