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La revue le Vis-à-vie, vol. 11 nº 2, 2001

Le thème de ce numéro est « Suicide et approches cliniques ».photo auteur

Le suicide chez l’adolescent, que peut apporter la psychanalyse?

Reine-Marie Bergeron, M.Ling., M.Ps., D.E.A. Ps
Psychologue-Psychanalyste
Pour l’équipe d’Ado-cause


En analysant les paroles d’adolescents à partir de notre expérience clinique de psychanalystes, nous en sommes venus à constater qu’il y a réellement deux formes de suicide : d’une part il y a les adolescents qui ne veulent pas mourir, donc pas se tuer dans leurs tentatives de suicide, mais qui veulent arrêter la douleur immédiate ; d’autre part, il y a ceux qui profondément n’ont pas de raison de vivre et n’en voient pas. Cette distinction est fondamentale pour intervenir adéquatement auprès des adolescents, mais n’est pas facile à mettre en pratique.

Écouter est le métier du psychanalyste, écouter sans préjuger de ce qui sera dit, sans évaluer les comportements décrits ou agis. Dans ces conditions comment un psychanalyste peut-il venir en aide, par la seule parole, à une personne suicidaire ?

« Je déprime énormément que faire je consulte un psy mais rien n’y fait j’ai peur d’une 6e tentative de suicide », nous écrit un correspondant au forum « L’ado-causerie ». Cette personne fait tentative sur tentative jusqu’à ce que sa souffrance s’apaise. Mais elle craint qu’un accident lui arrive et qu’elle en meure. Le calcul ultime de ces tentatives est bien d’arrêter la souffrance mais pas de mourir. La douleur peut paraître parfois banale à l’adulte qui l’entend, elle doit être prise au sérieux. Le travail se concentrera sur le degré de tolérance à la douleur et aux événements mêmes qui produisent cette souffrance.

« J’ai le feeling que jamais personne ne m’aimera. La vie a aucun sens je veux juste mourir pour toujours. Personne me regrettera, mes parents pour un temps mais c’est tout j’ai pas d’amis je me sens toujours étrange dans le monde ». Nous avons ici la réflexion d’une douleur plus profonde et latente, il faudra toucher toutes les couches qui entourent un noyau de souffrance enfoui sous de multiples défenses organisées. Les suicides de ces personnes sont souvent plus tra-giques et sans retour : armes à feu, rails de train, par exemple. Ce sont également ces adolescents qui en entraînent d’autres dans un pacte de suicide : ils sont tellement convaincus que la vie ne vaut pas la peine d’être vécue qu’ils arrivent à en convaincre d’autres à les suivre dans leur démarche vers la mort.

Il faut aussi mentionner les cas de pathologie : un délire psychotique peut provoquer le suicide du sujet qui a perdu le sens de la réalité.

C’est ainsi que nous prenons conscience de la difficulté de l’écoute analytique : sans juger la personne en termes subjectifs, il faut pouvoir déceler la structure psychique qui préside à sa destinée. En clair, il ne s’agit pas de définir un comportement comme bon ou mauvais, après tout, ce qui peut être adéquat pour l’un peut parfaitement être nuisible pour l’autre, mais d’analyser les comportements de telle façon qu’ils soient viables pour la personne qui nous consulte, évidemment pas pour nous. Ce travail, c’est la personne qui le fait, pas nous. Nous avons tous une pulsion de vie énergisante, encore faut-il la découvrir quand elle nous est obscure.

Le psychanalyste essaie de situer le sujet dans sa structure psychique. Nous nous référons ici non pas au DSM IV, mais à une classification psychanalytique freudienne. Le symptôme est le reflet d’un mal-être fondamental dont il faut trouverl’origine et les composantes inconscientes. La psychanalyse prend en compte l’inconscient, cette autre partie inconnue de soi-même. L’inconscient nous fait parfois agir à contre-courant de notre volonté. Ainsi, le psychanalyste est formé à écouter un par un, à partir de l’inconscient, sans normaliser.

Toute personne a une histoire singulière, à nulle autre pareille. Jamais je ne pourrai me mettre à la place de l’autre. Cette constatation a pour conséquence que je ne peux pas dire à l’autre quoi faire, je ne peux que l’aider à découvrir ce qu’il peut faire pour aller mieux. Le fait même de parler, de mettre en mots le mal à être, le mal à vivre, apaise les maux, l’angoisse et la souffrance.

Voilà en quelques mots comment nous abordons la problématique du suicide chez l’adolescent : ce n’est pas le degré de souffrance qui détermine la profondeur du mal, mais la structure psychique du sujet. Tous veulent arrêter la douleur et l’angoisse, les uns circonstanciellement, les autres plus profondément, mais pour tous, le danger de mort est imminent et il faut intervenir avec les instruments qui nous sont accessibles.

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74  9 août 2004 
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 (Rév. 06/06/04