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La revue le Vis-à-vie, vol. 12 nº 1, 2002Le thème de ce numéro est « Éthique et suicide ». Le suicide est-il un choix? Le droit des uns, le devoir des autresMario Beaulieu, Et si nous réfléchissions à haute voix? Répondre à une telle question sous-tend limportance de cerner le sens du mot choix. Dans le dictionnaire Le Petit Robert, le choix est défini comme suit: « Action de choisir, décision par laquelle on donne la préférence à une chose, une possibi-lité en écartant les autres. Faire un bon, un mauvais choix. Un choix difficile, déchirant. Faire son choix. Influer sur le choix de quelquun. » De cette définition découle donc la responsabilité de la personne qui fait le choix et la responsabilité des Autres face à ce choix. Maintenant, le suicide est-il un choix ? Bien quà contre-courant dune opinion largement répandue, et en introduisant beaucoup de nuances, nous avançons que le suicide est un choix. Il lest dans la mesure où la personne souffrante, malgré son état desprit, tout au long de son processus a fait des choix. Elle a éliminé des alternatives pos-sibles, elle a choisi de consulter ou de ne pas consulter un professionnel, elle a décidé de le crier haut et fort, elle a décidé de garder le secret, ou den dire si peu que son entourage ne pouvait que constater les dégâts. Elle a donc fait une multitude de petits et grands choix avant darriver à sa décision fatale. Bien sûr, dans son processus de sélection, de décision, elle a porté des jugements sur sa situation. La capacité de jugement quelle possède à ce moment de crise existentielle est très certainement affaiblie par sa souffrance morale, physique, psychologique et sociale. Malgré cette souffrance manifeste et même dans son expression la plus violente quest la tentative de suicide, la personne fait le choix de pour- À la lumière de nos propos, la personne souffrante nous semble donc responsable, du moins en partie, de ses choix. Mais est-elle lunique responsable ? Si cette personne vivait dans une société où le suicide est interdit, où il nest pas une solution « au cas où », elle nenvisagerait sans doute pas le suicide, elle choisi-rait une autre alternative pour vivre sa souffrance. Si cette option est acceptée et véhiculée dans notre in-conscient collectif, peut-on affirmer alors que la société québécoise (comme bien dautres !) est suicidogène ? Auquel cas, en tant que sociétaires, nous devrons indiscutablement nous questionner. Quelles valeurs transmettons-nous à nos enfants ? Quel modèle leur offrons-nous ? Quelle place donnons-nous à la souffrance ? Et cest précisément sur cette notion doption que nous avons le pouvoir et le devoir dinfluencer les choix de lautre. Il est temps de porter un jugement sur ce geste qui ne règle pas la souffrance, mais qui la transmet de génération en génération. Que de souffrance transmise aux autres, que de cris dans la nuit ; ceux des enfants, des frères, des surs, des mères, des pères qui devront, eux, apprendre à vivre avec cette douleur. Le suicide ne doit plus être encou-ragé par notre silence, par notre indifférence. Cette transmission de lindifférence et du silence face à la détresse psychologique de lautre est le fruit, certes, dun mécanisme de défense car, est-il nécessaire de le préciser, le suicide est lexpression dune souffrance qui dérange. Dire non au suicide est, et surtout, dire oui à la vie. Il nous faut donc apprendre à vivre dignement, à être présent à lautre, à être prêt à sarrêter et questionner celui qui pleure, celui qui sisole, celui qui nous exprime sa colère. Il nous faut alors revendiquer le droit daccès à du temps de qualité pour être disponible à ceux que nous aimons. Lengagement envers lautre doit être socialement encouragé. Mais en fait, la vraie question est peut-être de se demander qui est prêt à remettre en cause son confort personnel pour le mieux être de la collectivité ? Nous devons donc travailler à une société inclusive de chaque concitoyen, concitoyenne et ce, même sil nest pas apte à produire pour la « grande industrie. » Lindifférence est violence, N.B.: Il y a eu au Québec, entre 1977 et 1999, 27 312 suicidés; 21 275 hommes et 6 037 femmes.
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58 9 août 2004
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