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La revue le Vis-à-vie, vol. 12 nº 1, 2002

Le thème de ce numéro est « Éthique et suicide ».photo auteur

Le suicide est-il un choix? Le droit des uns, le devoir des autres

Mario Beaulieu,
Agent de sensibilisation
Isabelle Morin, M. A.,
Agente de promotion et prévention, CPS de Québec


Et si nous réfléchissions à haute voix?

Répondre à une telle question sous-tend l’importance de cerner le sens du mot choix. Dans le dictionnaire Le Petit Robert, le choix est défini comme suit: « Action de choisir, décision par laquelle on donne la préférence à une chose, une possibi-lité en écartant les autres. Faire un bon, un mauvais choix. Un choix difficile, déchirant. Faire son choix. Influer sur le choix de quelqu’un. » De cette définition découle donc la responsabilité de la personne qui fait le choix et la responsabilité des Autres face à ce choix.

Maintenant, le suicide est-il un choix ? Bien qu’à contre-courant d’une opinion largement répandue, et en introduisant beaucoup de nuances, nous avançons que le suicide est un choix. Il l’est dans la mesure où la personne souffrante, malgré son état d’esprit, tout au long de son processus a fait des choix. Elle a éliminé des alternatives pos-sibles, elle a choisi de consulter ou de ne pas consulter un professionnel, elle a décidé de le crier haut et fort, elle a décidé de garder le secret, ou d’en dire si peu que son entourage ne pouvait que constater les dégâts.

Elle a donc fait une multitude de petits et grands choix avant d’arriver à sa décision fatale. Bien sûr, dans son processus de sélection, de décision, elle a porté des jugements sur sa situation. La capacité de jugement qu’elle possède à ce moment de crise existentielle est très certainement affaiblie par sa souffrance morale, physique, psychologique et sociale. Malgré cette souffrance manifeste et même dans son expression la plus violente qu’est la tentative de suicide, la personne fait le choix de pour-
suivre son geste, d’appeler un des siens, de contacter la police ou encore de se rendre à l’hôpital.

À la lumière de nos propos, la personne souffrante nous semble donc responsable, du moins en partie, de ses choix. Mais est-elle l’unique responsable ? Si cette personne vivait dans une société où le suicide est interdit, où il n’est pas une solution « au cas où », elle n’envisagerait sans doute pas le suicide, elle choisi-rait une autre alternative pour vivre sa souffrance. Si cette option est acceptée et véhiculée dans notre in-conscient collectif, peut-on affirmer alors que la société québécoise (comme bien d’autres !) est suicidogène ? Auquel cas, en tant que sociétaires, nous devrons indiscutablement nous questionner. Quelles valeurs transmettons-nous à nos enfants ? Quel modèle leur offrons-nous ? Quelle place donnons-nous à la souffrance ? Et c’est précisément sur cette notion d’option que nous avons le pouvoir et le devoir d’influencer les choix de l’autre.

Il est temps de porter un jugement sur ce geste qui ne règle pas la souffrance, mais qui la transmet de génération en génération. Que de souffrance transmise aux autres, que de cris dans la nuit ; ceux des enfants, des frères, des sœurs, des mères, des pères qui devront, eux, apprendre à vivre avec cette douleur.

Le suicide ne doit plus être encou-ragé par notre silence, par notre indifférence. Cette transmission de l’indifférence et du silence face à la détresse psychologique de l’autre est le fruit, certes, d’un mécanisme de défense car, est-il nécessaire de le préciser, le suicide est l’expression d’une souffrance qui dérange. Dire non au suicide est, et surtout, dire oui à la vie. Il nous faut donc apprendre à vivre dignement, à être présent à l’autre, à être prêt à s’arrêter et questionner celui qui pleure, celui qui s’isole, celui qui nous exprime sa colère. Il nous faut alors revendiquer le droit d’accès à du temps de qualité pour être disponible à ceux que nous aimons. L’engagement envers l’autre doit être socialement encouragé. Mais en fait, la vraie question est peut-être de se demander qui est prêt à remettre en cause son confort personnel pour le mieux être de la collectivité ? Nous devons donc travailler à une société inclusive de chaque concitoyen, concitoyenne et ce, même s’il n’est pas apte à produire pour la « grande industrie. »

L’indifférence est violence,
L’indifférence d’État est
violence d’État

Bernard Kouchner

N.B.: Il y a eu au Québec, entre 1977 et 1999, 27 312 suicidés; 21 275 hommes et 6 037 femmes.

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58  9 août 2004 
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 (Rév. 06/06/04