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La revue le Vis-à-vie, vol. 12 nº 1, 2002

Le thème de ce numéro est « Éthique et suicide ».photo auteur

Un code de déontologie : le résultat d’une réflexion approfondie

Alma LeBlanc, M.A. en éthique
Directrice générale
CPS du Bas-Saint-Laurent


Être plus qu’une voix au bout du fil,
une personne véritable,
un lien d’humanité

Un intervenant

Des enjeux importants
Intervenir régulièrement auprès d’une clientèle suicidaire suscite chez l’intervenant un questionnement à différents niveaux. Cette difficile problématique renvoie en effet au caractère sacré de la vie. Quelle est la posture de l’écoutant par rapport au suicide ? Doit-on sauvegarder la vie à tout prix ? Jusqu’où peut-on aller ? Comment l’intervenant peut-il se respecter, agir en accord avec ses propres options dans certaines situations limites ? Est-ce que ses choix et ses valeurs personnelles ne pourraient pas influencer le type d’intervention choisi ?

Est-il conscient de toutes les influences exercées par son environnement avant d’entrer en relation avec l’autre ? Une longue tradition chrétienne, les théories sociologiques telle celle de Durkheim, l’influence de la psychiatrie et des théories médicales, la responsabilité juridique et l’analyse des données épidé-miologiques sont autant de facteurs qui risquent de colorer à différents degrés son intervention.

L’autre, la personne suicidaire, peut confronter l’intervenant à plusieurs points de vue. Comment, en effet, concilier le droit à l’autodétermination, le droit au libre choix et à ses propres options, avec le caractère sacré de la vie ? Comment faire la meilleure intervention possible avec tous les types de clientèles ?

Les valeurs individuelles n’entrent-elles pas en conflit avec celles des suicidaires ? Jusqu’où peut aller la générosité ? A-t-elle des limites ?

Enfin, la mission d’un organisme édicte-elle une règle beaucoup trop stricte pour qu’elle puisse être suivie dans tous les cas, sans exception ? Peut-on concilier respect de la
dignité de la personne et prévention du suicide ? Jusqu’où va la notion de responsabilité ?

Est-il nécessaire de rappeler que la mission d’un centre de prévention du suicide comporte la nécessité d’affirmer sa préférence pour la vie ? Cette exigence peut amener, il est vrai, des enjeux importants. L’intervenant aura donc à vérifier ses propres valeurs qui lui permettent d’agir en conformité avec celles de l’organisme. Le sens qu’il donne à la vie influencera ses interventions tout autant que sa perception de la personne suicidaire. Il aura à se situer par rapport à la notion de respon-sabilité.

Un code de déontologie
La nécessité de définir quelques règles déontologiques permet à l’intervenant d’adopter une posture cohérente, dans le souci de soi, de l’autre et de l’organisme auquel il appartient.

Un code de déontologie est l’aboutissement d’une réflexion approfondie de l’ensemble des membres d’une organisation : administrateurs, gestionnaires, intervenants et bénévoles. Ce code doit refléter fidèlement les valeurs priorisées par l’ensemble des membres, ce qui en facilitera l’application quotidienne. Inutile de mentionner que la
décision de confier à un consultant le mandat de rédiger un code en
s’inspirant de ce qui a été fait dans des organismes semblables nous apparaît des plus questionnable.

L’expérience du CPS du Bas-St-Laurent
Une véritable concertation dans l’équipe du Centre de prévention du suicide du Bas-Saint-Laurent (CPSBSL) a fait ressortir l’utilité d’un code de déontologie pour baliser les interventions, pour prioriser des valeurs, pour améliorer la cohésion des interventions, pour respecter les droits, pour protéger les intervenants, pour permettre une réflexion et enfin pour assurer la crédibilité de l’organisme.

Le code de déontologie du Centre énonce en introduction les valeurs sur lesquelles s’appuieront les responsabilités de chacune des parties.

Le Centre affirme sa préférence pour la vie. Parce qu’il croit à la solidarité et à l’entraide, le CPSBSL offre aux personnes suicidaires ou à tout autre personne concernée par cette problématique des alternatives permettant de choisir la vie et d’en améliorer la qualité.

Le CPSBSL croit que toute intervention auprès d’une personne recourant à ses services doit s’ap-puyer sur les principes suivants :
• respect de la personne ;
• approche globale de la personne ;
• reconnaissance de sa capacité à gérer sa vie et à prendre elle-même ses décisions ;
• ententes de collaboration librement consenties ;
• enracinement dans la communauté.

Le CPSBSL a toutefois conscience que ces personnes sont généralement en crise et souvent ambivalentes face aux décisions à prendre. À cause de cette vulnérabilité qui altère le droit à l’autodétermination, les intervenants du Centre se reconnaissent une responsabilité ; c’est pour baliser cette notion de responsabilité que les règles et principes constituant le code de déontologie prennent toute leur importance.

Nous précisons plus particulièrement :
• les responsabilités de l’ensemble des intervenants envers les personnes qui font appel aux
services de l’organisme ;
• les relations interpersonnelles au sein de l’organisme et les respon-sabilités morales qui en découlent;
• les responsabilités morales des personnes qui font appel aux services du CPSBSL ;
• les responsabilités morales de l’ensemble du personnel à l’égard du CPSBSL ;
• les responsabilités morales de l’ensemble des intervenants à l’égard de la communauté.

Droit à l’autonomie, droit à la protection
Certains articles du code ont nécessité davantage de discussions et continuent de faire l’objet de mises à jour. Par exemple, nous reconnaissons l’importance d’obtenir le consentement de la personne avant d’entreprendre une action ou une intervention. Toutefois une évaluation clinique dans un contexte de crise, établissant l’incapacité temporaire d’un usager à donner un consentement libre et éclairé, peut justifier certaines mesures exceptionnelles. La loi sur la protection de la personne dont l’état mental présente un danger pour elle-même ou pour autrui (Loi C75) relève de la même logique.

En traduisant, de plus, une demande d’aide à nos services par un consentement implicite à nos principes d’intervention, l’impression de « trahir » l’usager en agissant contre sa volonté s’atténue chez la majorité des intervenants.

Maintenir un climat de réflexion
Tous les articles d’un code de déontologie doivent permettre à ceux et à celles qui travaillent auprès d’une clientèle suicidaire d’aborder et de solutionner le plus heureusement possible les problèmes d’ordre éthique qu’ils rencontrent dans leur pratique.

Nous sommes toutefois conscients que l’agir humain soulève un questionnement constant qui ne trouve pas nécessairement réponse dans un code, aussi bien rédigé soit-il.

Il est d’autant plus important, pour tous les intervenants, de maintenir un climat de réflexion et de discussion afin de favoriser la nécessaire remise en question, garantie d’un organisme en bonne santé !

Références

Fortin, P. (1995). Guide de déontologie en milieu communautaire.

Suicide-Action Montréal (1989). Code de déontologie.

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57  9 août 2004 
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 (Rév. 06/06/04