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La revue le Vis-à-vie, vol. 12 nº 1, 2002Le thème de ce numéro est « Éthique et suicide ». Le code de déontologie de lOrdre des psychologues du QuébecReine Dagenais Brodeur, M.Ps. Je voudrais présenter comment jen suis arrivée à mimpliquer en prévention du suicide. Je suis psychologue depuis 17 ans et tout a débuté à ce moment-là à la fin de mes études. À lUniversité de Montréal, alors que je prenais un cours de techniques dentrevue en troisième année de mon baccalauréat en psychologie, le chargé de cours que jattendais pour passer une entrevue ne sest jamais présenté. Japprends par la suite quil sest suicidé. Jétais en état de choc, ne pouvant croire quil avait fait cela. Javais jasé avec lui à quelques Tout cela ma amenée à réfléchir à la problématique du suicide, à essayer de comprendre comment on pouvait en arriver à se tuer. À ce moment-là, je mimplique à la table de concertation en prévention du suicide à lUniversité de Montréal jusquà la fin de mes études universitaires. Comme la problématique du suicide minterpelle, je minscris en octobre 1985 à la formation de Je me pose beaucoup de questions sur limplication sociale de mes collègues psychologues, car dans nos cours universitaires, lapproche en prévention du suicide nétait presque pas abordée à lépoque (1979 - 1982). Aujourdhui, je sais quil y a plusieurs cours qui se donnent en prévention du suicide ; mais si moi, jai davantage de connaissances dans ce domaine, cest suite à mon implication dans des centres de prévention du suicide (Suicide-Action Montréal, Le Faubourg). Si nous regardons la raison dêtre du code de déontologie des psychologues du Québec, cest la protection du public - la régulation et le contrôle de la pratique professionnelle - lautonomie professionnelle - le développement de lidentité Extrait tiré du cours « Déontologie et professionnalisme (1999) » ; larticle qui suit donne la position de lOrdre des Psychologues du Québec. Intervention en cas de suicide Dans un premier temps, nous allons répondre au premier volet et en ce qui a trait au second, nous avons demandé à madame Lynda Pomerleau, psychologue ayant une expertise reconnue auprès des personnes suicidaires, de nous présenter les étapes à suivre dans une situation de ce type. 1. Laspect déontologique Cette Charte est la loi qui guide les autres lois et a prépondérance sur les codes de déontologie. Conséquemment, lorsque vous avez une personne présentant de hauts risques suicidaires, il ny a pas à se questionner si vous devez respecter le secret professionnel ou non. Cependant, il est nécessaire, sinon essentiel, avant de révéler à quiconque que votre client est suicidaire, davoir un diagnostic et un tableau clinique justifiant une intervention ou un bris du secret professionnel. Si vous possédez de telles informations, vous êtes pleinement justifiés dagir et cela, bien entendu, dans lintérêt de votre client. En terminant, nous vous recommandons, comme vous le faites sûrement déjà dans de telles circonstances, de tenir un dossier détaillé de votre évaluation et de vos interventions. 2. Laspect clinique Lentretien initial est orienté vers la découverte de lévénement provocateur de la crise et des facteurs qui affectent sa capacité à résoudre son problème. Notre souci premier est de dépasser la quête dinformation et létablissement dun diagnostic pour avoir rapidement une action thérapeutique permettant au client de retrouver un peu despoir, de diminuer son niveau danxiété et de souvrir à des possibilités nouvelles. Il ne faut pas être obnubilé par la planification suicidaire, mais mettre surtout laccent sur la situation pro-blématique sans jamais nier ou sous-évaluer la planification suicidaire. Notre plan dintervention peut se composer des quatre étapes suivantes. Dabord, il faut établir rapidement le contact avec le client. Le thérapeute doit se montrer à la fois souple et flexible pour sajuster au cadre de référence du client, mais aussi être observateur et créatif pour susciter de nouvelles ouvertures. Deuxièmement, le thérapeute doit cerner la personnalité du client et identifier la problématique qui sous-tend la crise suicidaire. Il sagit dexplorer la nature du malaise actuel, didentifier lévénement déclencheur (rupture, perte, échec, etc.) et, par un survol rapide de son vécu personnel, découvrir comment son problème actuel sinscrit dans son histoire de vie. Il savère intéressant de connaître les réactions de son entourage pour identifier des partenaires susceptibles de le supporter et de le protéger si le client a des difficultés à contrôler ses impulsions suicidaires. Troisièmement, le psychologue doit évaluer le potentiel suicidaire, soit lintention et la planification suicidaire du client. Depuis quand y pense-t-il ? À quelle fréquence et dans quel contexte ? A-t-il déjà Lorsque le client présente un risque réel de passage à lacte, il faut établir des mesures de protection. Le thérapeute peut négocier avec lui un contrat temporaire de non-suicide afin de le protéger et de rendre la thérapie possible. Il sagit dun engagement clair et sans équivoque de ne pas recourir consciemment ou inconsciemment au suicide dici la prochaine rencontre ou durant tout le suivi. Il est préférable de négocier un contrat limité dans le temps et de ne pas oublier de le renouveler au besoin, car le client refuse dabandonner définitivement cette « porte de sortie ». Le thérapeute nest quun témoin de sa décision de sengager, sinon le client peut utiliser le contrat comme un moyen de chantage pour contrôler ou agresser le thérapeute. Ce dernier lui exprime le message quil croit que le client peut exercer un auto-contrôle sur ses impulsions suicidaires, quil a le droit de vivre et quil peut arriver, avec du temps et de laide, à résoudre ses difficultés. Le client peut avoir besoin temporairement de la protection de son entourage ou dun centre dhébergement, comme un centre de crise, pour diminuer son anxiété et retrouver une certaine confiance en ses capacités de sauto-contrôler. Quatrièmement, le thérapeute doit élaborer un plan dintervention avec des objectifs précis et concrets pour maintenir et renforcer lespoir du client quil peut recevoir de laide pour résoudre son malaise actuel. Laccent est ici mis sur laction de changement en établissant des objectifs réalistes et accessibles comme : développer ses capacités de saffirmer face à X, renforcer son estime de soi dans tel domaine, apprendre à exprimer sa colère et sa tristesse, finaliser le deuil de X, etc. Il faut aussi évaluer la position du client face à la thérapie, sa motivation et ses attentes. Les rencontres subséquentes permettront de poursuivre le travail cognitif et émotif en vue datteindre lobjectif visé. À partir dune plus grande connaissance de soi-même et de ses forces, le client pourra se donner le droit et les moyens de changer certaines injonctions ou perceptions passées et, ainsi, se redonner le droit dêtre lui-même et de vivre pleinement. Pour conclure, nous espérons quil y aura de plus en plus de psychologues qui seront informés sur la prévention du suicide, afin dêtre efficaces auprès des personnes suicidaires - le rôle des centres de prévention du suicide est dêtre des agents multiplicateurs en prévention du suicide.
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84 9 août 2004
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