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La revue le Vis-à-vie, vol. 14 nº 1, 2004

ÉDITORIAL

Par Germain Loiselle, enseignant

Enseignant et directeur du Réseau santé mentale et travail


« Travailler, ça fait pas mourir ».

« Travailler, ça fait pas mourir ». On vous a peut-être déjà lancé cette phrase afin que vous mettiez un peu plus de « cœur à votre ouvrage ». Même si l’on peut considérer que ce dicton populaire puisse parfois contribuer à relancer l’énergie, il arrive malheureusement des situations où le travail ou son environnement puissent contribuer au suicide.

Lorsque l’AQPS m’a demandé de collaborer à ce numéro spécial sur le suicide et le travail, tout de suite je leur ai dit que je n’étais pas un spécialiste de cette question et que je m’impliquais surtout en prévention dans le domaine de la santé mentale au travail. Ça tombait bien puisqu’ils ne cherchaient pas un expert. Ils m’ont expliqué qu’ils voulaient que ce numéro nous permette de réfléchir sur les efforts que nous pouvons déployer dans nos milieux de travail, pour prévenir le suicide.

Pourquoi consacrer un numéro complet au thème Suicide et travail ?

Bien sûr, on s’entend pour dire que le suicide est multifactoriel et multidimensionnel, mais certaines recherches, menées particulièrement en psycho dynamique du travail, indiquent qu’une mauvaise organisation du travail peut être considérée comme une des causes du suicide. Toute cette question doit toutefois être considérée dans un contexte global de la santé au travail.

Le travail peut-il mener au suicide ?


Au début des années 90, le Comité de la santé mentale du Québec, a demandé à un groupe d’experts d’établir un bilan et de tracer des orientations relativement à la santé mentale au travail. Leurs conclusions, publiées dans le livre « Pour donner un sens au travail », (Vézina, M., Cousineau, M., Laurendeau, M.-C., Mergler, D., Vinet, A.) se sont avérées fort intéressantes. Alors qu’auparavant, on avait tendance à analyser les problèmes de santé mentale au travail sous l’angle des problèmes personnels, les chercheurs ont mis en évidence le rôle déterminant de l’organisation du travail dans le développement de plusieurs pathologies.

Une enquête réalisée en 2001 par Santé Canada a révélé que 50 % des personnes interrogées estiment que leur milieu de travail est une source de stress majeure.

Le modèle intégrateur, présenté ci-dessous, nous permet de mieux comprendre que certains facteurs de risque professionnels et individuels peuvent contribuer à augmenter la tension psychique. On constate que si cette tension demeure élevée la personne affectée traversera trois phases allant des signaux d’alarme (réactions psychophysiologiques et comportementales), jusqu’aux atteintes irréversibles. Les auteurs identifient clairement le suicide comme faisant partie de ces atteintes. À ce sujet, Madame Marie-France Hirigoyen, psychiatre française de réputation internationale, mentionnait le cas d’un employé qui s’était suicidé suite au harcèlement moral dont il avait été victime de la part son employeur. Elle soulignait que cette expérience tragique avait contribué à l’adoption de la loi française contre le harcèlement moral au travail. (Voir l’article « Harcèlement psychologique L’organisation du travail y est pour quelque chose »).


Sur une note plus encourageante, les auteurs de Pour donner un sens au travail mentionnent que l’entraide entre collègues, la reconnaissance ainsi qu’une plus grande autonomie dans le travail peuvent constituer des facteurs de protection qui permettront une diminution de la tension psychique et, par le fait même, une diminution des risques de maladie.

La prévention, une lueur d'espoir


L’avantage que procure cette grille d’analyse, c’est de nous démontrer que nous ne sommes pas impuissants devant les problématiques de santé qui affectent le monde du travail. Dans une perspective de prévention comme il en existe en santé et sécurité au travail (SST), les syndicats et les employeurs peuvent, entre autres, développer des programmes de prévention en santé mentale au travail. On note d’ailleurs certaines expériences d’entraide entre pairs déjà en cours dans plusieurs milieux de travail. Il en sera question dans le présent numéro. En effet, nous aborderons l’importance de l’entraide dans les articles consacrés au rôle des syndicats et à celui de l’organisme Au cœur des familles agricoles.

Comme l’AQPS le fait souvent remarquer, il n’est pas nécessaire d’être expert pour s’impliquer, on peut tous s’occuper de la prévention du suicide en milieu de travail. C’est vrai pour la prévention du suicide et c’est vrai aussi pour beaucoup d’aspects qui peuvent affecter notre santé en général.

Pour aller plus loin dans la compréhension du phénomène et des pistes d’actions préventives, différentes personnes œuvrant dans des milieux diversifiés ont accepté d’écrire des articles qui nous permettront, je l’espère, de réfléchir sur le sens que notre société donne au travail, d’identifier des milieux (ou professions) considérés plus à risque et de présenter des initiatives de prévention du suicide dans différents milieux de travail.

Bonne réflexion !



Référence : Vézina, M., Cousineau, M., Laurendeau, M.-C., Mergler, D., Vinet, A. Pour donner un sens au travail, bilan et orientations du Québec en santé mentale au travail. Gaëtan Morin éditeur, 1992.

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54  9 août 2004 
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 (Rév. 3/15/2005