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La revue le Vis-à-vie, vol. 14 nº 1, 2004

La prévention du suicide auprès des hommes en milieu de travail

Par Jean-Jacques Élie


Suite à une rencontre convoquée par la RRSSS Montérégie, un groupe d’une dizaine d’intervenants, constitué en grande majorité d’hommes intervenants et/ou délégués de différents milieux de travail (chercheurs, intervenants auprès d’hommes qui utilisent des comportements violents et en condition masculine, syndicats, ressource de prévention et de traitement en toxicomanie, policiers, centre de prévention du suicide, enseignants et association canadienne pour la santé mentale) s’est réuni pour réfléchir et déposer des recommandations au Comité régional de programmation sur la Stratégie d’action face au suicide pour rejoindre la clientèle masculine.

Très tôt dans les échanges, il est apparu que les facteurs associés au suicide chez les hommes sont directement reliés à la condition générale des hommes et à leur souffrance. Le Groupe exprime alors le souhait de pouvoir porter un regard tout azimut sur la condition masculine plutôt que de porter un regard uniquement sur la prévention du suicide. Il s’ensuivit des échanges animés. La rareté de retrouver autant d’hommes autour d’une table de travail pour parler des besoins des hommes (malheureusement c’est la problématique du suicide qui ouvre la porte pour parler de leur souffrance), l’absence des hommes dans les débats les concernant, la tendance de parler des hommes uniquement en terme de problèmes, les «modèles» proposés dans la littérature et les médias, l’homme toxique et immoral, alcoolique, pédophile, agresseur, parasite, dépendant, sont autant de sujets qui ont été abordés.

À la fin de cette première rencontre, l’enthousiasme est à son comble, opportunité nous est donnée de se rencontrer sur une base régulière pour échanger et discuter entre gars, presque exclusivement !

Par la suite le Groupe de travail s’est donné un cadre réflexif, principalement axé sur la question du processus de socialisation des garçons et des hommes, de la demande d’aide, de l’entraide et de son impact dans les milieux de vie. Au bout d’une quinzaine de rencontres, en «bons gars» le groupe a senti le besoin de passer à l’action et à l’automne 2002, il se dotait d’un cadre d’intervention privilégiant quatre zones (Sorel-Tracy, le grand Longueuil, Valleyfield-Beauharnois et la sous-région rurale du CLSC Jardins du Québec) et ciblaient les hommes en milieu d’usine.

L’approche privilégiée met l’accent sur le réseautage des ressources locales et celles des entreprises, comme les programmes d’aide aux employés (PAE) et les réseaux de délégués sociaux. De plus, des modules de formation / sensibilisation sont offerts aux entreprises afin d’outiller davantage les employés de toutes catégories à la demande d’aide et de faire connaître les ressources locales et régionales disponibles.

Le moyen privilégié pour atteindre ces objectifs : un sketch forum « Ché pus quoi faire ! » d’une durée d’environ une heure pour le volet sensibilisation et d’une durée de 4 heures dans un contexte de formation.

Scénario : deux hommes se retrouvent à un comptoir de restaurant. Ils vivent chacun des problématiques : l’un vit des difficultés conjugale et au travail, l’autre a perdu son emploi et a une compulsion dans le jeu. En huit minutes, on voit la détresse de ces deux hommes. À la fin, ils s’avouent ne plus savoir quoi faire et il y a un constat d’impuissance.

S’ensuit ensuite un échange dans lequel on aborde les questions suivantes : qu’est ce qui se passe, qu’est ce que ces deux gars vivent, pourquoi ils ne demandent pas d’aide, qu’est-ce qui risque d’arriver si la situation perdure, quels sont les indices de détresse de ces deux hommes et comment on pourrait aborder un compagnon de travail dans cette situation. Ces questions permettent d’aborder la demande d’aide et la socialisation.

Par la suite, il y a un retour de quatre minutes pour acter la fin du sketch « neuf mois plus tard » : les deux mêmes hommes se retrouvent au même resto et se racontent les démarches entreprises dans leur recherche d’aide et ils discutent de leurs valeurs.

Les ressources du milieu : au travail et dans la communauté

Les objectifs de la rencontre d’une heure :

sensibiliser à la détresse masculine et à ses indices

voir comment on peut accueillir et référer les hommes en détresse

briser le sentiment d’impuissance face aux difficultés des pairs

Les objectifs de la rencontre de quatre heures :

sensibiliser à la détresse masculine et à ses indices

voir comment on peut accueillir et référer les hommes en détresse

briser le sentiment d’impuissance face aux difficultés des pairs

reconnaître l’impact de la socialisation sur la demande d’aide

reconnaître la crise suicidaire

identifier le rôle de chacun par rapport à l’aide que l’on peut offrir

susciter l’intérêt pour démarrer des groupes d’entraide en milieu de travail

Depuis septembre 2003, les membres du Groupe ont décidé de transformer ce Groupe de travail en OSBL et un nouvel organisme a vu le jour : « Ressources Odyssée », nom choisit pour évoquer non seulement le cheminement intérieur et personnel mais aussi les nombreuses voies d’eau baignant la Montérégie.

Ressources Odyssée s’est donné comme mission de rejoindre les hommes dans les milieux de vie, de travail, d’éducation et de loisirs, afin de les sensibiliser à la demande d’aide dans le contexte de la prévention du suicide par la promotion de la santé mentale.

Ressource Odyssée

450-679-8068

514-381-5577

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54  9 août 2004 
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 (Rév. 3/15/2005