i i
i
i
ACCUEIL  ACTIVITÉS  AIDE et RESSOURCES  DONS  DOCUMENTATION  NOUVELLES  MEMBRES  ENGLISH 
i
i
i
i Le suicide...
i
i
i
i
i
i
i Des outils pour la vie
i
i
i
i Les dossiers
i
i
i
i Les publications
i
i
i
i Les thématiques
i
i
i
i  
i
i
i
i Pour commander
i
i
i
i
i
Recherche
i

 
i
i Recherche avancée
i

i
i Revenir i Documentation i Le Vis-à-vie i Volume 14 i Mouvance
i

La revue le Vis-à-vie, vol. 14, nº 2, 2004

MOUVANCE DE LA VIE

Par Viviane Doré-Nadeau
Directrice, Mouvance


« Le message exprimé par les gestes a touché ma conscience et je ressentais les émotions dans mon intérieur s’exprimer et je me reconnaissais. »

Commentaire d’un jeune du Carrefour Jeunesse d’Iberville suite à la présentation
le 15 février 1996 de l’atelier spectacle États denses - Et ta danse ?

Page couverture

En 1998, un nouvel organisme, Mouvance, voit le jour dans le paysage québécois. Cet organisme à caractère artistique voué à la prévention du suicide, de la toxicomanie et de la violence fut conçu par une administratrice, une intervenante sociale et une artiste. La promotion de l’estime de soi se trouve au cœur de leurs préoccupations.

Viviane Doré-Nadeau est à l’origine de Mouvance. Cette comédienne, ayant été travailleuse de rue pendant trois ans à Montréal-Nord, a diffusé un solo de danse-théâtre afin de sensibiliser les jeunes à la prévention du suicide. Lors d’ateliers interactifs où un intervenant du milieu était présent, elle dansait le solo. S’ensuivait une période d’animation où l’on parlait de moyens de se sortir des phases difficiles, d’attitudes face à la vie, de relations avec les proches, et de comment reconnaître et aider un ami suicidaire. L’animation était axée sur le « senti » du personnage, à travers ses expressions et ses mouvements. Cet atelier avait pour but le développement de valeurs et d’attitudes positives face aux obstacles de la vie. Quelques centaines de jeunes, que ce soit dans des écoles, en centres jeunesse ou dans des maisons de jeunes, ont assisté à ces ateliers. L’expérience fut aussi répétée en milieu carcéral.

Mme Doré-Nadeau a aussi développé une série de dix ateliers d’estime de soi destinés aux jeunes du primaire. Ces ateliers amènent l’enfant à prendre connaissance de soi, à conscientiser ses sentiments dans différentes situations et ses qualités pour vivre en société. Les thèmes de la famille et des amis y sont abordés ainsi que la résolution de conflits. Les outils utilisés dans ces ateliers vont du conte, à des techniques de jeux théâtraux, en passant par des exercices de réchauffement physique, de relaxation, de visualisation, des chansons, des jeux et des dessins. Les enseignantes assistent à ces ateliers. Certaines y participent activement au grand plaisir de leurs élèves. D’autres réutilisent des activités en classe.

Mouvance reprenait ce travail amorcé depuis plusieurs années et le poussait plus loin. L’idée de création d’un cahier d’art à partir des ateliers-spectacles se développe et se précise de plus en plus. C’est ainsi que des photos du solo sont aménagées et incluses dans un cahier prenant la forme d’un photo-roman. Ici, on vise la création d’un cahier autonome auquel les jeunes contribuent activement.

Évaluation des ateliers

En 1999, Mouvance participe aux premières activités de la Stratégie québécoise d’action face au suicide financées par le MSSSQ. Ces activités novatrices que sont les ateliers de Mouvance sont alors expérimentées auprès de jeunes de la rue, de jeunes autochtones issus de la communauté Atikamekw et de jeunes fréquentant une maison de jeunes en région. Des jeunes considérés à risque suicidaire élevé ont participé à trois ateliers, parfois donnés à intervalles d’une semaine chacun, ou à chaque jour en communauté autochtone. Les intervenants de chaque milieu ont généralement participé activement aux ateliers. Les intervenants autochtones, plus particulièrement, ont aidé à la création des ateliers. Leur investissement a contribué à rendre ceux-ci intéressants pour les jeunes et aussi à les rapprocher d’eux.

L’évaluation a montré que les ateliers ont aidé les jeunes à prendre conscience de l’importance de parler lorsqu’ils ne vont pas bien. Ils ont réfléchi sur leurs façons de réagir aux difficultés de leur vie. Lors de tous ces ateliers de sensibilisation en prévention du suicide, les ressources du milieu ont également été expliquées et démythifiées pour les jeunes.

Pour ce qui est de la pertinence et de l’efficacité d’un tel outil (mais aussi de l’ensemble de la démarche), elles ont été estimées à l’aide d’un pré et d’un post-questionnaire auxquels les jeunes ont répondu par écrit ou sur cassette audio. Les questionnaires ont permis de recueillir des données intéressantes sur leurs demandes d’aide et leurs acquis. Des questions leur étaient également posées sur les mythes qu’ils entretenaient face au suicide.

En ce qui concerne les jeunes Atikamekws de Wemotaci, ils ont parlé majoritairement de leur famille comme étant une ressource et un moyen de les ramener à la vie. Il a été noté que, dans ces milieux, les parents et les grands-parents devraient aussi être rejoints par ce type d’atelier afin de les sensibiliser et de les intégrer à cette démarche. Les jeunes ont également parlé de leurs craintes face à l’avenir, d’où l’importance d’avoir des modèles de réussite auxquels ils peuvent se raccrocher, à qui parler de leurs rêves et auprès de qui trouver les moyens de les réaliser.

Une jeune Atikamekw de 12 ans, ayant déjà fait trois tentatives de suicide, a indiqué avoir appris « que l’on peut changer facilement et ne plus avoir d’idées noires au moindre petit inconvénient ». En termes de nouveaux moyens pour faire face à ses problèmes, elle a répondu « persévérer ». Une autre jeune Atikamekw, âgée de treize ans et ayant fait huit tentatives de suicide, a répondu quant à elle « aller voir une intervenante au centre de santé ou aux services sociaux ».

Parmi les huit jeunes de la rue qui ont répondu au post-questionnaire, deux d’entre eux parlent de l’importance de consulter, un pour lui-même et un autre pour son ami. Une jeune répond que ça lui a permis de faire le point sur ce qu’elle a réglé et sur ce qui est à régler. Une psychologue, intervenante habituelle avec ce groupe, participait également aux ateliers.

Voici ce qu’un jeune de la rue a répondu sur l’enregistreuse : « J'ai retenu de bonnes informations pour le futur, si jamais je me sens un petit peu abandonné, ben, je sais un petit peu quoi faire aujourd'hui, c'est vraiment d'en parler, c'est ça qui règle pas mal les problèmes de notre société. C'est parler, jaser avec nos amis, aller voir des intervenants, du monde bien placé. Il y a aussi des affaires pour les jeunes, des trucs, Tel-Jeunes, c'est ces gens-là qu’il faut aller voir quand vraiment on est en train de " péter une coche ". Moi, c’est ça que j’ai appris sur l’atelier. Je trouve ça quand même très bon. »

Les jeunes ont aussi donné leurs commentaires et des suggestions ont été faites pour la création du cahier d’art. Ils ont transmis des poèmes, des dessins et des jeux à insérer au cahier.

Les intervenants ont communiqué leurs impressions lors d’un « focus group ». À Wemotaci, un intervenant a répondu que les ateliers ont donné aux jeunes une meilleure prise de conscience sur le goût de vivre, que ça a apporté de l’espoir, qu’ils ont compris qu’on peut s’en sortir en demandant de l’aide.

Les groupes rejoints étaient de petits groupes restreints, dans un contexte où des intervenants étaient déjà disponibles et poursuivaient après les ateliers leur engagement auprès des jeunes. Dans un tel contexte d’encadrement spécialisé, l’évaluation a identifié certains éléments bénéfiques et aucun élément néfaste à la clientèle. Ce rapport, intitulé Aide-moi à aider ton chum, a été rédigé en collaboration avec Marc Daigle et il est disponible au CRISE.

Les évaluations des ateliers donnés dans d’autres milieux révèlent que l’approche émotive et artistique du cahier d’art rejoint efficacement les jeunes à risque suicidaire. En milieu scolaire, cet atelier touche des jeunes capables d’exprimer leurs émotions et ceux ayant connu et/ou connaissant un proche suicidaire et/ou ayant vécu une phase suicidaire.

Mouvance en est à la finalisation du contenu du cahier qui reprendra les mêmes thèmes amorcés lors de l’atelier-spectacle. Ensuite, le cahier sera réévalué par quelques groupes de jeunes. Une fois finalisé, une copie de ce cahier sera envoyée dans tous les milieux s’adressant aux jeunes.

Mouvance a aussi tenu à faire évaluer les ateliers d’estime de soi par les enseignantes. Après chaque série d’ateliers, elles ont évalué le contenu et les activités. Elles ont remarqué que ce projet aide les enfants à résoudre leurs problèmes, à se calmer plus rapidement, à mieux se sentir dans leur corps, à respecter les autres, à être plus conscients d’eux-mêmes et à avoir plus confiance en eux. Une enseignante a dit apprécier ce projet qui travaille des éléments extra-scolaires à leur développement tels la motricité, les sens, les sentiments, l’expression corporelle, etc.

En 2000, Mouvance déménageait à LaSalle et participait à la Table de concertation jeunesse de LaSalle. Une recherche dans le milieu est alors effectuée sur la prévention du suicide. Les intervenants sont questionnés sur leur formation et leur connaissance de protocoles de postvention. Les résultats de cette recherche sommaire figurent dans un cahier où l’on retrouve les ressources dédiées à la jeunesse de LaSalle ainsi qu’un petit contenu didactique de sensibilisation à la prévention du suicide.

Mouvance est financé par les secteurs public et privé. L’organisme ne reçoit cependant pas de financement de fonctionnement. Il reçoit des fonds pour différents projets spécifiques. Une employée travaille à temps partiel. Quelques autres travaillent à contrat. Les artistes travaillant chez Mouvance trouvent que la concertation est importante. Elles travaillent avec les intervenants et les chercheurs dans les domaines où elles développent des outils.

En guise d’épilogue, voici une petite devinette : il y a très longtemps dans l’Inde ancienne, un roi très sage nommé Akbar réunit ses conseillers (ce qu’il faisait régulièrement afin de garder leur esprit alerte). Il traça une ligne dans le sable. Il demanda à ses conseillers de faire en sorte qu’elle soit plus courte sans y toucher. Un de ses conseillers aussi très sage, nommé Birbal, trouva la solution. L’avez-vous trouvée ? Pensez-y bien avant de lire ce qui suit.

Face à cette devinette, les jeunes trouvent des solutions se rapprochant de celle trouvée par Birbal. Ils parlent de se reculer de la ligne; ainsi, elle paraîtra plus petite. Il est arrivé que des jeunes trouvent la solution. Ils se lèvent et vont au tableau où une ligne a déjà été tracée et ils dessinent une ligne plus longue à côté. Tant que nous sommes centrés sur le problème, il est difficile à régler. Il faut souvent du recul et du temps pour soigner nos blessures. La vie est plus longue que chaque période qui la compose.

Dans ce même ordre d’idées, pour terminer cet article, voici en grande première, un poème écrit par une jeune Atikamekw de Wemotaci qui paraîtra dans le cahier d’art :

Espoir

Ça me fait de la peine
De voir ta tristesse
Et ton désarroi
J’ai mal pour toi
J’aimerais tant
que tu ne souffres pas
La vie est si injuste parfois
Je n’ai pas de secret à te confier
Ni de recette miracle
à te donner
Mais tout ce que je peux
te dire
C’est que le temps
arrangera les choses
et atténuera ta douleur.

Au début tout te fera
penser à ton malheur
Mais, peu à peu
Tu verras
Le chagrin diminuera.
Un jour, tu pourras
De nouveau
Ouvrir ton cœur.
Bientôt tu retrouveras
Le goût de rire
et tu laisseras
Ces mauvais moments
Derrière toi.

À mon frère et à ma nièce de ta sœur (tante)
Anonyme
De Wemotaci


Les gestes, les images, la poésie, les contes nous révèlent à nous-mêmes et nous amènent à des prises de conscience, ils nous rallient car nous constatons que nous ne sommes pas les seuls à vivre ce que nous expérimentons. Prendre conscience d’une émotion (ou d’un état intérieur) est l’une des premières étapes qui nous amènent à agir dans le but d’améliorer notre bien-être.

Mouvance est toujours à la recherche de poèmes d’espoir pour le cahier d’art. Aussi, tout intervenant intéressé à valider le cahier d’art auprès de jeunes âgés entre 15 et 25 ans peut écrire à chezmouvance@sympatico.ca pour signaler son intention. Vos questions seront aussi les bienvenues.

i

i
54  9 août 2004 
i
 (Rév. 3/15/2005