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i Revenir i Documentation i Le Vis-à-vie i Volume 14 i Nº 1 article 6  
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La revue le Vis-à-vie, vol. 14 nº 1, 2004

Prévenir les suicides lors des fermetures d’entreprise

Par Daniel Champagne,



« Sur les 100 000 façons de tuer un homme, la plus efficace est de le payer pour être chômeur », chantait Félix Leclerc. Bien que ces propos semblent exagérés, lorsque des fermetures d’entreprise se produisent (ou sont annoncées), des suicides viennent presque toujours assombrir une situation déjà tourmentée. Pour appuyer ces propos, les exemples foisonnent : des suicides sont survenus chez GM à Boisbriand, chez Seagram à Lasalle et chez Alcatel dans l’est de Montréal. Voici quelques facteurs qui pourraient expliquer ce phénomène.

Le travail répond à plusieurs besoins chez les humains et ses bénéfices vont bien au-delà du simple salaire. Il est évident que le travail contribue à combler nos besoins de base et peut nous permettre de réaliser nos projets de vie. Le travail est source de fierté, d’estime de soi, il forge notre identité. Il procure un sentiment de sécurité nécessaire à notre bien-être. En plus de la production de biens et services, le travail permet le rapprochement des gens. Dans notre société, le lieu de travail s’est substitué au perron d’église d’autrefois, en ce sens qu’il est désormais pour bien des gens le seul endroit qui les rattache à la société. Un tiers des toits, à Montréal, abrite une personne vivant seule, souvent le travail devient pour elle le seul moyen de briser l’isolement.

De nos jours, les entreprises délocalisent la production uniquement pour accroître leur rentabilité et diminuer leurs coûts. Des usines rentables et productives ferment. La désillusion chez les travailleurs et travailleuses s’installe rapidement car on les sacrifie sur l’autel du profit. A-t-on besoin de préciser que les trois entreprises citées au début de cet article sont de riches multinationales ? Un sentiment d’impuissance destructeur ronge les victimes (car il faut bien parler de victimes) devant le rouleau compresseur de la nouvelle économie mondialisée. Elles se sentent trahies par des employeurs pour qui elles ont été de loyaux serviteurs pendant une bonne partie de leur vie.

Dans un tout autre ordre d’idée, depuis quelques décennies, le rôle familial du père a été réduit à celui de pourvoyeur. Le père, dans bien des cas, est la source principale du revenu familial; met le pain sur la table; fournit un toit à sa famille, etc. Quand un licenciement le prive de l’unique outil (son salaire) dont il dispose pour accomplir son rôle, alors là… Un travailleur nous a déjà confié qu’il a eu des idées suicidaires quand il perdu son emploi, il s’était dit qu’au moins sa famille pourrait vivre de son assurance-vie...

La prévention, lors des fermetures, revêt une importance capitale. Cependant, le constat est triste: la prévention par les entreprises est inexistante ou inefficace. Elles mettent en place des programmes d’aide aux employés (PAE) où sont référés les «cas problèmes». L’aide dans certains PAE est prodiguée par téléphone. Ce type de PAE n’assure aucun suivi avec l’employé et fonctionne d’une façon terriblement impersonnelle. Dans d’autres cas, ils sont référés à des psychologues, ce qui aura pour effet de stigmatiser ces personnes en leur faisant croire que le problème se situe au niveau de leurs émotions. Pourtant, avant la perte d’emploi, ces gens fonctionnaient normalement. En « psychologisant » l’intervention, il y a témoignage d’une telle incompréhension de ce que vivent les gens que la situation risque de s’aggraver plutôt que de s’améliorer.

À la FTQ, nous avons développé des outils pour prévenir les suicides ainsi que les autres problèmes psychosociaux. Nous avons formé un réseau de délégués sociaux, constitué de travailleurs et travailleuses qui, en plus de leurs tâches habituelles, effectuent de la prévention, font de l’écoute active et référent si le besoin s’en fait sentir. Ces militants et militantes deviennent des sentinelles assurant une vigilance indispensable lors des fermetures.

L’autre facette de l’intervention que nous préconisons est la mise en place de collectifs d’entraide. C’est une démarche structurée de groupe qui vise à mobiliser les participants pour mettre des mots sur leurs maux. Ils permettent de développer une attitude proactive face aux crises, aux problèmes et aux changements en misant sur leur force potentielle pour trouver des solutions personnelles et collectives. C’est un lieu d’expression où chacune et chacun peut exprimer ce qu’il vit et où la colère est permise. Le but ultime est de rebâtir une solidarité qui s’est effritée et redonner une force morale au groupe. Les collectifs permettent aussi au syndicat d’identifier les personnes fragilisées par la crise pour mieux les soutenir.

Il est essentiel de miser sur la sensibilisation de nos membres à la souffrance des autres et à être à l’affût des signaux de détresse émis. Sur les 100 000 façons de prévenir le suicide, notre expérience nous démontre que la plus efficace est la prise en charge du milieu par le milieu.


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54  9 août 2004 
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 (Rév. 3/15/2005