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La revue le Vis-à-vie, vol. 14 nº 1, 2004
La prévention du suicide en milieu agricole
Par Maria Labrecque Duchesneau Agricultrice tatouée à la naissance
L’organisme « Au Cœur des Familles Agricoles » (ACFA) est l’aboutissement de trois années de grande collaboration entre le milieu agricole et les ressources de la santé. Que de chemin parcouru en si peu de temps pour corroborer mes constatations à l’effet que les producteurs et les productrices ne demandent qu’à être appuyés et encouragés dans les efforts qu’ils fournissent pour bien jouer leur rôle dans cette société qui est la nôtre ! À l’intérieur de cette population agricole, ils sont très nombreux à entretenir des préoccupations certaines quant à l’avenir de leur entreprise. D’un coté, la famille, laquelle partage une histoire d’ancêtres, d’évènements et de relations sur plusieurs générations, exerce des préoccupations sur les enjeux à venir. D’un autre côté, une réalité financière et la vision d’une cadence de travail toujours de plus en plus exigeante, qui freinent les désirs de pérennité. Dans cette quête d’être reconnus auprès d’une société de plus en plus exigeante et de moins en moins tolérante, les artisans de la terre ont besoin d’être encouragés, soutenus et revalorisés dans cette profession où, souvent, la survie est leur préoccupation première. La charge de travail prend beaucoup de place dans la vie des personnes qui gravitent autour d’une exploitation agricole. Le fait que les membres d’une famille agricole soient également les mêmes personnes oeuvrant dans l’entreprise agricole constitue souvent des sources de conflits et de stress au sein de la famille. L’élément crucial dans une entreprise agricole familiale est la façon de réagir aux conflits et de reconnaître les sources de stress afin de pouvoir en minimiser les effets et de rendre un climat plus harmonieux. Le stress a toujours fait partie de la vie en agriculture. La différence, c’est qu’aujourd’hui, les pressions au changement se font plus nombreuses. En effet, le rythme accéléré de leurs obligations, le taux d’endettement plus élevé, les exigences croissantes de la nouvelle technologie constituent une excellente porte d’entrée à l’épuisement professionnel. De plus, le producteur agricole voit fréquemment ses heures de travail grimper jusqu’à 90 heures/semaine et plus et ce, pour le même revenu en bout de ligne. Tous ces facteurs réunis et ajoutés au fait que les producteurs agricoles sont des personnes solitaires et isolées qui ne prennent pas le temps de consulter les ressources de santé existantes, contribuent à augmenter les possibilités de maladie, de fatigue chronique, de toxicomanie, d’épuisement professionnel, de violence (verbale, physique et mentale) ou de détresse psychologique. Selon Pickett, dans une étude portant sur le suicide et les fermes canadiennes, le Québec possède le triste record du plus haut taux enregistré et compte près de 25 % de tous les suicides au Canada. D’après cette même étude, on indique entre autres que les taux de suicides élevés ne seraient pas étrangers aux difficultés financières des fermes. Suicides pour la période de 1971 à 1987 au Canada*
* Le suicide sur les fermes canadiennes par William Pickett, Université Queen La spécificité et l’ensemble des problématiques vécues par les personnes travaillant en milieu agricole sont à la base du projet d’intervention proposé par cette initiative qui vise une meilleure santé et une meilleure qualité de vie de cette clientèle. De là est venue l’idée d’une démarche qui vise particulièrement l’élaboration d‘un réseau d’entraide agissant à l’intérieur même du milieu agricole. Créer de la flexibilité, garder des options ouvertes, bâtir avec les réseaux, développer des habiletés sont des éléments de stratégie réalistes. Pour s’y faire, la démarche proposée s’oriente fondamentalement sur une action de sensibilisation ayant pour but avoué la prévention de la détresse psychologique. « Au Cœur des Familles Agricoles » a ouvert la porte à des permissions et à des autorisations. La création de ce réseau d’entraide sert de courroie de transmission entre les travailleurs agricoles et les ressources existantes du réseau de la santé. « Au Cœur des Familles Agricoles » a su reconnaître leurs besoins et a mis en application un système de ressources axé sur l’autonomie et la compréhension en temps de détresse, tout en gardant un lien avec eux. Le succès de « ACFA » relève entre autres de l’implication des intervenants du réseau de la santé. En effet, ces derniers ont été rencontrés pour être sensibilisés à la spécificité du milieu agricole et ils ont participé à l’élaboration d’outils et de techniques d’approche spécifique. D’un autre côté, le fait de donner de la formation aux gens du milieu agricole et d’assurer le suivi par des formations continues a permis de les sensibiliser à la détresse psychologique en plus de leur démontrer que tout un chacun est capable de déceler cette détresse chez un ami, en prenant le temps de l’écouter. Aussi, à l’intérieur de ces formations, il leur a été fourni des outils et des techniques d’approches spécialement créés pour eux. Finalement, afin de rejoindre une clientèle encore plus vaste, des rencontres de cuisine ont également été organisées. Quant aux partenaires reliés activement à l’organisme, ils constituent par leur définition même, une force active et viennent soutenir les visées et les réalisations du programme. En soi, ils représentent le dynamisme et la richesse des idées préalablement proposées. C’est pourquoi « ACFA » offre des ateliers de formation à tous les intervenants intéressés à s’impliquer dans la réussite de la mission que s’est donnée « ACFA » de prévenir la détresse psychologique chez les travailleurs agricoles qui détiennent, selon les statistiques, un très haut taux de suicide. Lors de ces ateliers, les intervenants sont informés des approches spécifiques à adopter avec cette clientèle qui se confiera plus facilement à des personnes qui ont une idée du travail qu’exige la profession de producteur agricole. C’est ainsi qu’Ils apprennent leur mode de vie, les stress vécus selon la production et/ou selon la saison et plus encore. C’est donc avec joie que je constate qu’une simple idée, avec la collaboration de ces partenaires, a su devenir un organisme sans but lucratif reconnu par les travailleurs agricoles. Le réseau d’entraide ainsi créé vise maintenant à s’étendre dans tous les territoires agricoles du Québec, avec et pour ces hommes et femmes qui travaillent nos terres et qui oeuvrent souvent dans l’anonymat. Pour de plus amples informations, n’hésitez pas à entrer en contact avec moi, soit par téléphone ou par courriel. Agricolement Vôtre!
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54 9 août 2004
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