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La revue le Vis-à-vie, vol. 14 nº 1, 2004
UNE STRATÉGIE D’ACTIONS POUR SUSCITER LA DEMANDE D’AIDE DE LA PART DES HOMMES ET DE LEURS PROCHES EN MILIEU DE TRAVAIL
Par Laurent Garneau Responsable du secteur communautaire et de la campagne
Au Québec, les hommes présentent un taux de suicide quatre fois plus élevé que celui des femmes. Ils se confient peu et n’utilisent guère les ressources professionnelles à leur disposition dans des situations de stress, ce qui est reconnu comme étant un facteur de risque associé au suicide, comme c’est le cas pour d’autres problématiques telles l’alcoolisme, la toxicomanie, le jeu pathologique. En 1996, le Centre de prévention du suicide de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CPS 02) a conçu un plan d’action stratégique visant à amoindrir les effets de certains facteurs de vulnérabilité propres à la culture masculine. Une revue de littérature, des rencontres «terrain» auprès de groupes témoins ainsi que deux tribunes d’experts sur les problématiques associées au suicide chez les hommes ont permis de dégager des orientations et des moyens d’action permettant d’agir collectivement pour prévenir l’apparition et/ou l’accumulation de problèmes. L’évolution des mentalités et des valeurs étant un processus lent et progressif, il fallait miser sur des actions concertées, concrètes, simultanées et soutenues. L’impact des résistances à la demande d’aide ou si vous préférez, qu’est-ce qui nous empêche de prendre soin de soi (particulièrement de notre santé mentale au même titre que notre santé physique) et où cela peut nous mener (l’effet cumulatif) étant au cœur de nos préoccupations, il nous fallait travailler «en amont» et dans une perspective de décloisonnement des problématiques afin de créer un vaste mouvement de changement social autour d’une cible commune dans le respect de nos spécificités. L’ensemble de la démarche (réalisation, diffusion, formation) a été en bonne partie financé grâce à l’appui inconditionnel d’employeurs de la région; ce qui démontre bien l’intérêt manifesté envers le projet. De nombreux organismes ont utilisé le dépliant et les affiches dans leur milieu. Le Centre a répondu à de nombreuses demandes d’information, de formation et d’autorisation afin d’implanter la stratégie et/ou d’utiliser le matériel promotionnel dans diverses régions du Québec. Le Centre a été invité à siéger au Comité ministériel en matière de prévention et d’aide aux hommes dont le Rapport devrait être disponible au printemps, après plus d’un an et demi de consultation et de concertation au niveau provincial. C’est sous le slogan «Demander de l’aide…c’est fort!» que s’est articulée cette campagne d’information (l’aide c’est fort et le fait d’en demander c’est aussi d’être assez fort pour surmonter la peur du ridicule ou du jugement d’autrui). Le message est positif et incite l’individu en difficulté à poser un geste concret pour lui plutôt que d’attendre que ses proches le fassent à sa place. L’approche et les orientations privilégiées présentent donc la demande d’aide comme étant quelque chose de positif, légitime, humain et non pas un échec comme c’est encore trop souvent véhiculé dans une société axée sur la performance, l’individualisme et la compétitivité. La stratégie d’actions regroupe trois volets visant à renseigner les hommes et leurs proches de l’importance d’être à l’écoute, de leurs limites personnelles et de communiquer correctement et à temps leur demande d’aide : 1. Le volet éducation :
Six outils de communication sont utilisés, soit un message télévisuel, un message radiophonique, une affiche, un dépliant d’information (que l’on personnalise à son organisme), une carte d’affaire (regroupant des partenaires régionaux offrant de l’aide versus des problématiques associées au suicide) ainsi que la parution quotidienne dans les journaux desdits partenaires. 2. Le volet formation- information :
Un colloque régional regroupant plus de 300 personnes autour des réalités des hommes a été réalisé en février 1998. De nombreux ateliers de formation et d’information sont tenus afin de documenter les participants et les participantes sur les réalités actuelles des hommes et de développer des services qui répondent à leurs besoins. Le Centre poursuit ses efforts pour intégrer ce volet à des semaines thématiques en milieu de travail (santé-sécurité, santé mentale, qualité de vie, foire commerciale et industrielle…) ainsi qu’auprès des programmes d’aide aux employés. De plus, le personnel d’organismes oeuvrant auprès d’une clientèle fragilisée par une ou des situations problématiques reçoit une attention particulière (CSST, aide sociale, assurance emploi, SAAQ…). C’est également vrai pour les secteurs à forte concentration masculine (policiers, militaires, sportifs...). 3. Le volet soutien :
Depuis 1997, des réseaux paritaires d’aidants naturels (cadres-syndiqués) en milieu de travail ont débuté leurs activités. Les membres sont recrutés, sélectionnés, formés et soutenus par une structure permanente. Une formation de base (deux jours) leur est offerte. Un programme de promotion, de formation continue et de soutien est par la suite appliqué pour permettre aux personnes qui offrent naturellement de l’aide, de bien cerner les limites inhérentes à leur rôle et les possibilités d’appui disponibles. À l’heure actuelle, huit réseaux sont en mouvement dans notre région. Le réseau de délégués sociaux FTQ (syndiqués) bénéficie également de l’appui du Centre au besoin. Des groupes d’entraide et de soutien Transition ont été mis sur pied dans trois territoires du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Ils rassemblent des hommes confrontés à des situations difficiles et désirant un appui complémentaire à l’aide individuelle dans leur processus de résolution de problème. Un intervenant professionnel anime ces rencontres thématiques selon les besoins émis des participants. Par la suite, le Réseau Hommes Québec peut prendre la relève lorsque les hommes sont sortis de la tourmente et désirent poursuivre une implication en regard de la condition masculine en général. Dans le cadre de cette collaboration, des opportunités sont offertes en milieu de travail et ailleurs afin de promouvoir le RHQ en région. Les femmes sont des partenaires incontournables et majoritairement identifiées comme étant l’oreille attentive du conjoint. Elles sont bien placées pour identifier des signes de détresse et initier une démarche d’aide pour leur homme ou même d’autres membres de la famille. Cependant, dans un contexte de crise (séparation, divorce, dépression du conjoint…), elles se retrouvent parfois personnellement impliquées, inquiètes, impuissantes voire même épuisées. C’est dans cette optique que le Centre s’investit pour mieux faire connaître les particularités des hommes par rapport à la demande d’aide et renseigne aussi les proches par rapport aux limites personnelles reliées à l’aide (on peut aider quelqu’un à s’aider mais on ne peut le faire à sa place), aux pièges qui y sont associés (on ne peut faire partie du problème et de la solution) ainsi qu’aux possibilités de soutien lorsque cela s’avère nécessaire (il faut prendre soin de soi pour pouvoir continuer à aider). Un programme Sentinelles dans la communauté viendra sous peu contribuer à mieux outiller les proches d’une personne en difficulté ou même en détresse. Cette campagne a été identifiée comme interventions efficaces ou prometteuses dans les Priorités nationales de santé publique du ministère de la Santé et des Services sociaux de 1997 à 2002. Source : Centre de prévention du suicide 02 : www.cps02.org Laurent Garneau Responsable du secteur communautaire et de la campagne C.P. 993 Chicoutimi (Québec) G7H 5G4 Tél.(418) 545-9119 / Fax (418) 693-1505 Téléavertisseur : (418) 592-4245 Courriel : laurent.garneau@cps02.org
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54 9 août 2004
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