|
|
Diffusion : immédiate
Montréal, le 13 février 2000 - C'est du 13 au 19 février que se déroule cette année la 10e édition de la Semaine provinciale de prévention du suicide, sous le thème " La souffrance n'a pas de genre... pourtant, 80 % des suicides sont commis par des hommes ".
Pendant ces sept jours, tous les centres de prévention du suicide du Québec, et aussi quelque 400 autres promoteurs des milieux scolaire, communautaire, de la santé, carcéral, des services sociaux et de la sécurité publique, de même que toutes les Caisses populaires adresseront, chacun dans leur secteur d'activités, un pressant message de prévention du suicide aux hommes du Québec.
Encore les hommes ?
Eh oui ! encore les hommes, pour une deuxième année consécutive. Car depuis les années 70, le taux de suicide des hommes a grimpé de 78 %. Et bien que les taux de suicide varient un peu d'une année à l'autre, la prévalence des suicides masculins se maintient, hélas ! très fermement. En effet, 4 suicidés sur 5 sont toujours des hommes, ce qui fait que l'on retrouve encore au Québec l'un des plus haut taux de suicide masculin de tous les pays industrialisés de la planète.Mais pourquoi ?
Qu'est-ce qu'ils ont ou qu'ils n'ont pas, les hommes québécois, à recourir trop souvent au suicide pour mettre fin à une souffrance devenue intolérable ? Car la souffrance fait inévitablement partie de tous les scénarios suicidaires, aussi bien féminins que masculins. Alors pourquoi, au Québec, la sursuicidité masculine est-elle devenue un véritable problème de société ? Est-ce une question d'âge ? de milieux sociaux-économiques ? de culture ? En fait, bien des facteurs interviennent dans la processus suicidaire des hommes et un certain nombre d'hypothèses visent à expliquer le phénomène complexe du suicide. Pour comprendre le problème de la sursuicidité masculine au Québec, il faut regarder de très près l'hypothèse de la socialisation.La socialisation masculine
Elle exerce son influence en facilitant, d'une part, l'émergence de certains facteurs de risque et, d'autre part, en inhibant certains facteurs de protection. En effet, de façon générale, la socialisation masculine véhicule l'idée que le suicide est plus acceptable chez les hommes que chez les femmes et, par le fait même, elle facilite l'adoption de ce comportement chez les hommes. La socialisation masculine tolère et encourage aussi chez les hommes l'agressivité et l'impulsivité, la consommation d'alcool et de drogue, tous des éléments considérés comme d'importants facteurs de risque du suicide.Elle favorise également une plus grande accessibilité aux armes à feu, ce qui diminue les chances de pouvoir secourir la personne à temps. La socialisation masculine augmente la vulnérabilité des hommes à la perte d'emploi et à la rupture amoureuse. Enfin, les années post-révolution tranquille semblent offrir de meilleures possibilités d'avenir aux femmes, alors qu'elles laissent les hommes dans un certain flou identitaire.
Quant à l'inhibition des facteurs de protection contre le suicide, la socialisation masculine y joue également un rôle important en contribuant à réduire l'éventail des mécanismes d'adaptation dont les hommes disposent. D'un côté, elle valorise l'autonomie et l'indépendance et de l'autre, elle stigmatise l'expression de la souffrance et la demande d'aide. Ce qui fait qu'en situation de crise, les hommes coupés des sources potentielles d'aide se privent d'un soutien qui pourrait s'avérer essentiel.
L'expression de la souffrance masculine
Chez les hommes, malheureusement, la souffrance est en général plus malaisément exprimée. En exigeant stoïcisme, indépendance et invulnérabilité, la socialisation masculine limite le répertoire émotionnel des hommes. En fait, elle ne les autorise à exprimer que les émotions qui leur permettent de garder ou de reprendre le pouvoir et le contrôle sur les autres et sur eux-mêmes, des émotions comme la colère et la jalousie, notamment. Ainsi, la souffrance des hommes se manifestera plutôt à travers l'agir, le travail compulsif, l'alcoolisme et la violence et, plus rarement, par les pleurs et la tristesse. Le suicide ne serait-il pas, en fin de compte, une tentative ultime de reprise de contrôle sur la vie, afin de mettre fin à une souffrance devenue intolérable ?Comme les hommes expriment trop souvent leur détresse par un agir impulsif et colérique, leur demande d'aide est mal interprétée par les proches et les intervenants, ce qui diminue considérablement l'efficacité des réseaux de soutien. Car une souffrance non-dite ou mal exprimée est plus difficilement reconnue et, par conséquent, beaucoup plus difficile à soulager. Ainsi, les hommes obtiennent plus difficilement des services adaptés à leurs besoins, parce que les signes de détresse qu'ils émettent sont moins bien décodés et reconnus.
Quel réseau social masculin ?
Lorsqu'une personne traverse une crise suicidaire, il est important qu'elle puisse compter sur des amis ou des membres de la famille pour l'aider à surmonter ses difficultés. Or, les hommes disposent d'un réseau social moins riche que celui des femmes, en bonne partie parce que ces dernières offrent et reçoivent un meilleur soutien émotif. L'Enquête sociale et de santé 1992-1993 nous apprend, en effet, que les hommes sont plus nombreux que les femmes à avoir un faible niveau de soutien social, à n'avoir aucun confident ou personne pour leur témoigner de l'affection. Les hommes rapportent également faire moins souvent de rencontres sociales, avoir une plus faible satisfaction dans les rapports avec les amis et un nombre moins important de personnes disponibles, en cas de besoin. Ces constats sont alarmants, car l'insuffisance et l'inadéquation du soutien social, ajoutées à un faible niveau de participation sociale, menacent le bien-être physique et psychologique des individus et augmentent considérablement les probabilités de détresse psychologique, d'idéations suicidaires et de tentatives de suicide.En conclusion
Ces hommes qui s'enlèvent la vie sont nos pères, nos frères, nos conjoints, nos collègues, nos amis, nos fils. Sans demander à la société québécoise de changer de façon drastique son regard et ses attentes face aux hommes, pourquoi ne pas entreprendre, hommes et femmes, des changements dans nos propres façons de concevoir la souffrance au masculin ? Pourquoi ne pas développer une nouvelle sensibilité à l'égard des hommes, de leurs angoisses et de leurs besoins ? Pourquoi les hommes eux-mêmes ne commenceraient-ils pas à remettre en question les construits sociaux qu'on leur a donnés ?La prévention du suicide chez les hommes passe par la reconnaissance sociale des effets pernicieux de leur socialisation et de l'extrême rigidité du rôle masculin. C'est sur cette base qu'une véritable mobilisation pourra s'organiser et mettre un frein à la progression alarmante des taux de suicide chez les hommes.
Soyons attentifs.
- 30 -
Pour supplément d'informations :
Olga Debiencourt
Responsable des communications
Association québécoise de la prévention du suicide
Tél. : (514) 528-5858
Téléc. : (514) 528-0958
Courriel : info@aqps.info
Accueil de l'AQPS : Fil de presse : SPS2000 : 000213 Souffrance